• Description


    écarteur de FarabeufL'écarteur de Farabeuf, le Fara', est, comme la <pince de DeBakey>, une star des blocs opératoires. Il sert, après l'incision, à repousser les tissus, la graisse et les muscles, dans les interventions demeurant superficielles. Comme les bonnes soeurs et les chaussures, le Farabeuf vient toujours en paires, même si parfois un seul est utilisé, des crochets complétant l'exposition.

    Le Farabeuf est ainsi l'instrument qui permet d'écarter les bords de l'incision. Il intervient après les crochets ; lorsque la voie d'abord devient plus profonde, il peut être remplacé par un écarteur de Dautrey. Aucune boîte n'est complète sans lui, et c'est un serviteur fiable, discret, et profondément utile.

    Louis Farabeuf


    Louis Hubert FarabeufLouis Hubert Farabeuf est né le 6 mai 1841 dans la bonne terre de la campagne de Seine-et-Marne. Élève au collège de Provins, il se révèle un bon élément, tant par ses talents académiques que par les amitiés solides qu'il y forgea. Des études de médecine débutées en 1859 dans une faculté archaïque où la méthode anatomo-clinique en est à ses balbutiements le voient devenir l'élève de Trousseau et de Velpeau. Ami de Jules Ferry, le républicain Farabeuf se trouve mêlé aux émeutes qui ont émaillé la vie du Second Empire.

    Externe, puis interne, de grands noms de la médecine française - Charcot, Vulpian, Fouchet - Louis Farabeuf suit le cursus mouvementé des carabins de l'époque. Chirurgien des hôpitaux, un titre encore récent, à partir de 1865, il achève sa formation auprès de Gosselin, à la Pitié-Salpêtrière, puis de Richet. Changeant d'hôpital, il se retrouve en 1867 chez Verneuil, à Lariboisière, un précurseur en matière d'asepsie en France. A cette époque, l'infection - la "pourriture d'hôpital" - constitue le premier ennemi du chirurgien, celui qui tue plus d'un opéré sur deux...

    Délaissant la chirurgie, Farabeuf se consacre à l'anatomie à partir de 1868. La guerre de 1870 le ramène toutefois à ses premières amours chirurgicales, avec la prise en charge de centaines de blessés de guerre. Il tirera plus tard son enseignement de ces urgences du champ de bataille.

    Agrégé en 1876, Farabeuf confirme sa réputation d'enseignant émérite. Il réformera d'ailleurs l'enseignement anatomo-chirurgical à partir de 1878, rendant la dissection obligatoire et validante, ainsi que l'enseignement pratique des techniques de chirurgie. Son Précis de Manuel Opératoire, paru en 1881, est longtemps resté une référence incontournable en la matière, et nombreux sont ses élèves célèbres ; Broca, Duval, Hartmann... Farabeuf expérimente également à cette époque les instruments demandés aux couteliers ; écarteurs, rugines et daviers portent son nom. Sur le plan de la clinique, la classification des luxations du pouce ainsi que la luxation sous glénoïdienne de l'épaule ont principalement marqué les mémoires.

    Signature de Louis Hubert FarabeufAnatomiste de renom, il est élu membre titulaire de la Société de Chirurgie en 1877, année où il commence à s'impliquer dans la vie politique en tant que conseiller général républicain radical de Seine-et-Marne. Il abandonnera ces responsabilités dix ans plus tard, lorsqu'il sera nommé professeur titulaire d'anatomie.

    Passionné d'obstétrique - d'où le fameux signe de Farabeuf marquant l'engagement du foetus - il rédige en 1886 une Introduction Anatomique à la Pratique des Accouchements, bible des accoucheurs pour de nombreuses années à venir.

    Mais ce maître de l'anatomie est également brusque, voire emporté, dans ses rapports avec ses étudiants. Deux étudiants ajournés, l'un pour avoir dû lire une lame histologique sans microscope (même à l'ECN, ils n'oseraient plus...) et l'autre après avoir été traité de couillon et d'andouille (tiens, le vocabulaire n'a pas trop changé...) portent plaine auprès du doyen. La sanction ne se fait pas attendre : Louis Farabeuf est suspendu de ses fonctions en 1902, dans un climat de tensions personnelles avec le ministre, ami intime de son successeur.

    De sa retraite forcée, Farabeuf étudie les vaisseaux des organes génito-urinaires. Présentés en 1905, ces travaux seront les derniers. Louis Farabeuf est mort en 1910 d'une occlusion sur iléus biliaire.


    Article en version pdf 

    5 commentaires
  • Description


    pinces de DeBackeyLa pince de DeBakey - la DeBak', la pince à disséquer, voire la pince tout court - est à la chirurgie ce que le trombone est à MacGyver. Sa longueur varie de la taille d'une main à quasiment celle d'un avant-bras, elle peut être dotée ou non de griffes, et une boîte sans DeBakey est un scandale.

    La DeBak' est utilisée aussi bien pour les points de suture que pour les dissections, parce que cet instrument universel n'a qu'une fonction : remplacer les  doigts du chirurgien pour tenir une structure plus ou moins fragile. Plus robuste que sa cousine la <pince d'Adson>, la DeBakey est elle aussi munie de stries facilitant la préhension, et ses mors, plus larges, agrippent solidement tissus et vaisseaux. Atraumatique, la pince maintient sans léser.
    C'est la DeBakey qui sert le plus souvent à l'hémostase, en l'absence de bipolaire. "Feu sur ma pince" ; une suave odeur de cochon grillé charme les narines de tous, et le saignement s'arrête.

    Michael DeBakey


    Michael E. DeBakeyMichael Ellis Debakey, né en 1908 en Louisianne, est l'un des maîtres de la chirurgie cardiaque.

    Ce fils d'immigrés libanais, diplômé de l'Université de Tulane à la Nouvelle-Orléans, a fait ses premières armes sous la houlette de René Leriche, (voir l'article <pince de Leriche>) à Strasbourg, puis de Martin Kirschner, à Heilderberg. Dès ses années de formation à Tulane, DeBakey inventa la pompe au coeur des appareils de circulation extra-corporelle, rendant ainsi possible la chirurgie à coeur ouvert.

    De retour à Tulane en 1937, il y demeura jusqu'en 1948. Il fit en 1939, avec son mentor Alton Ochsner, les premières hypothèses d'imputabilité du tabac dans le cancer du poumon. La Deuxième Guerre Mondiale le vit sous les drapeaux de 1942 à 1946 ; DeBakey en profita pour fonder les M.A.S.H. (Mobile Army Surgical Hospital) en 1945. Sans lui, la série éponyme n'aurait jamais vu le jour, et avouez que ça aurait été dommage...

    Une fois rendu à la vie civile, Michael DeBackey rejoignit le Baylor College of Medicine de Houston, l'un des grands centres mondiaux de recherche clinique et biomédicale. Il en dirigea le département de chirurgie de 1948 à 1993.
    Pionnier de la chirurgie cardiaque et vasculaire, il fut parmi les premiers à réaliser des pontages coronariens et, en 1953, réussit la première endartériectomie carotidienne. Ses premières recherches sur les pompes le conduisirent à utiliser le premier avec succès un coeur artificiel chez un patient. Il inventa également l'utilisation des stents dans l'angioplastie, de même que les prothèses vasculaires en Dacron, après avoir bricolé la première sur la machine à coudre de sa femme !

    Michael DeBakey a également popularisé la chirurgie tout au long de sa carrière. Dans les années 60, lui et son équipe furent parmi les premiers à filmer leurs interventions. De nombreuses fonctions officielles achevèrent d'assoir l'image publique de DeBakey. Près de 9000 patients ont rempli la carrière de ce "magicien du coeur", comme l'a appelé
    le président russe Boris Yeltsin après son quintuple pontage.

    Aujourd'hui âgé de cent ans, Michael DeBakey a souffert d'une dissection aortique à 97 ans - pathologie dont la classification en trois stades porte son nom. Devenu le patient opéré d'une dissection le plus âgé au monde, après une intervention qu'il avait mise au point des années plus tôt, Michael DeBakey est toujours chancellier émérite du Baylor College et directeur du DeBakey Heart Center.

    Dernière minute : monsieur DeBakey est mort le 12 juillet 2008 - la chirurgie a perdu l'un de ses maîtres, et le monde médical un grand homme.

    Aller plus loin


    Wikipédia (en anglais)
    La pince de DeBakey

    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique