• Description

    metz courbes
    Les Metzenbaum. Mes chouchous : j'ai mis près d'une semaine à retenir leur nom. Ils sont beaux, ces ciseaux, non ? Fins, beaucoup plus que les Mayos, mais pas trop. Des lames d'une courbure profondément esthétique, relativement courtes par rapport au manche, d'où une précision affinée... J'adore les Metz. En voir une paire me remplit de joie. En plus, ce sont des stars de la maxillo - que demande le peuple ?

    Les ciseaux de Metzenbaum coupent, c'est un fait établi, mais ce n'est pas comme ça qu'on s'en sert. Ces ciseaux servent à disséquer, traduction, à écarter les tissus et individualiser les plans. Couper ne sert qu'à détruire - pour disséquer, il faut écarter sans dommages. C'est là que les Metzenbaum interviennent. En ouvrant les lames, les tissus mous sont repoussés par les bouts mousses. Tout l'art est de bien positionner les ciseaux avant de les ouvrir ; la pointe fermée doit se trouver sur la ligne du plan à ouvrir, et le plan des lames doit être orienté en conséquence. Ce sont les Metzenbaum qui décollent les structures et les individualisent. Ce sont les ciseaux de la finesse et de la précision.

    Ceci dit, les Metz peuvent aussi être utilisés en coupe. Après avoir ligaturé un vaisseau, ils le sectionnent pour mieux avancer. Et, s'ils taillent parfois dans les tissus, ce n'est pas leur fonction première.

    Une variante des Metzenbaum est utilisée en coelioscopie ; ce sont les mêmes, mais avec le manche des instruments de coelio. On peut également les raccorder à la monopolaire - vive l'odeur de cochon grillé (ou pas) - pour effectuer l'hémostase tout en progressant en coupe ; ils sont alors recouverts d'une couche noire isolante, et seules les lames conduisent le courant. D'ailleurs, c'est plutôt emmerdant à nettoyer. Mais ils sont tellement beaux qu'on leur pardonne facilement...



    Myron F. Metzenbaum


    Myron F MetzenbaumMyron Firth Metzenbaum est un chirurgien américain né le 1er avril 1876 à Cleveland, dans l'Ohio. Diplômé en 1900 de l'école de médecine de la Western Reserve Universitu,  après avoir effectué son internat à l'hôpital Saint Alexis, Metzenbaum effectua un post-doctorat en Europe (1901),   travaillant ainsi à Vienne et Londres, et se spécialisant dans la chirurgie de la tête et du cou.

    De 1903 à 1905, Myron Metzenbaum enseigna l'anatomie à l'université de Cleveland. Il travailla sur des sujets variés, à l'époque où la frontière entre ORL et maxillo était encore floue (d'ailleurs, elle l'est toujours un brin) ; c'est ainsi que Metzenbaum décrit des méthodes de reconstruction du nez comme du larynx.
    Qui dit chirurgie de la face dit cancérologie, et Metenbaum publia en 1904 le fruit de ses recherches sur l'utilisation médicale du radium - six ans seulement après sa découverte par Marie Curie.
    Il innova par ailleurs en déterminant une méthode pour corriger les luxations du septum nasal cartilagineux chez l'enfant, publiée en 1911. Et, avec ses fameux ciseaux, Metzenbaum perfectionna l'amygdalectomie.

    Mais la reconstruction est une voie tentante lorsqu'on se met à toucher au visage, et Myron Metzenbaum n'y coupa point... Il compara en 1929 la réinsertion d'un septum luxé et sa résection sous-muqueuse, en faveur du traitement conservateur. En 1936, il étudia la reconstruction d'un nez anciennement traumatisé, à l'aide des os et du cartilage existant. Ces travaux contribuèrent à assurer à Myron Metzenbaum une place d'autorité internationale sur les techniques de reconstruction faciale.

    Comme l'anesthésie n'était jamais bien loin de la chirurgie en ces temps héroïques, Myron Metzenbaum développa l'utilisation de l'éther en tant qu'anesthésiant à son hôpital du Mont Sinaï (1903) et fut également un pionnier de la chirurgie sous analgésie. Toujours dans un axe médico-chirurgical, Metzebaum étudia aussi l'utilisation de la scopolamine dans la chirurgie ORL.


    Sculpteur amateur, Myron Metzenbaum avait bien trouvé de quoi utiliser ses mains dans sa vie professionnelle. Marié en 1912, il eut deux filles, Louise et Jane, avec son épouse Elsa.
    Myron Metzenbaum est mort le 25 janvier 1945, en nous laissant une belle paire de ciseaux...


    Aller plus loin


    Les ressources disponibles en ligne étant assez éparses, une bibliographie complète est impossible. Pour ceux qui ont un abonnement PubMed, l'article Myron F. Metzenbaum, MD: innovative surgeon, caring physician. (Metson R, Otolaryngol Head Neck Surg, 1994 Jun;110(6):477-81.) contient sans doute une biographie complète de Myron Metzenbaum. J'aimerais bien pouvoir le lire, d'ailleurs.

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  • Blogueuse amatrice de chirurgie cherche personne disposant d'informations sur le docteur Adson, prénom inconnu, probablement chirurgien vasculaire du début du XXe siècle, ayant travaillé sur le syndrome du défilé costo-claviculaire (manoeuvre d'Adson) et ayant laissé son nom à une petite pince à disséquer.

    Edit : c'est bon, j'ai trouvé, PubMed rules.

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    pince KocherLa pince de Kocher est d'une particulière robustesse. En général droite, avec ou sans griffes, elle est grosso modo utilisée pour tirer sur les trucs. Péritoine, tendons... La Kocher écarte un plan en traction, clampe des vaisseaux ; elle fait ce que les Leriche et autres Kelly sont trop faibles pour réaliser, mais s'arrête net lorsque la délicatesse est nécessaire. Sans elle, point de salut ; c'est l'auxilliaire indispensable des écarteurs quand on se met à parler de viscéral intéressant. La Kocher peut également servir de pince repère - bien qu'elle soit un peu épaisse pour tenir un fil, on a du mal à trouver mieux pour les lacs.
    Bref, la Kocher, c'est le gros bras du bloc opératoire. Et Dieu sait qu'elle fait bien son travail. Mais si ses mors épais sont tout ce que demande le peuple pour maintenir avec efficacité, ils peuvent parfois représenter un handicap. Pour suturer avec une aiguille fine, par exemple...

    Dans les kits de suture à usage unique (oui, les merdes qu'on donne aux urgences, où les ciseaux sont en plastique et où la pince à disséquer est pire que la pince à épiler de ma salle de bains), une Kocher remplace parfois le porte-aiguille. Ce qui peut vous faire adoooooorer de l'aide-soignant(e) lorsque, à une heure du matin, vous avez à suturer une plaie de face bien merdique, à la limite de l'avis maxillo, et que vous exigez un vrai plateau à suture, après avoir essayé de bidouiller avec la merde jetable. Pour ces cas-là, en cas d'aide récalcitrant, je conseille de sortir du box en restant en stérile (attention, bien ouvrir la porte avec le coude sinon on a l'air con avec la faute de la mort kitu), se planter au milieu des urg et gueuler jusqu'à ce que plateau à suture s'en suive. La classe étant de retourner aussitôt après dans le box et de remercier tout gentiment la personne qui vous apporte le plateau (on peut fermer la porte en la poussant violemment avec le pied si la garde a été dure, mais c'est optionnel).

    La Kocher, c'est aussi la pince qui tient le rouleau de collant à la poche inférieure droite de la tenue de toute infirmière qui se respecte. Très multifonction, comme objet, vous voyez.

    Emil Kocher

     
    E. T. KocherEmil Theodor Kocher est né en 1841 dans la ville suisse de Berne. Docteur en médecine en 1865, il succéda sept ans plus tard à Lücke, son maître parti à Strasbourg, en tant que Professeur Ordinaire de Chirurgie et Directeur de Clinique Chirurgicale. Emil Kocher conserva ce poste jusqu'à sa retraite, malgré les nombreuses invitations de services et d'hôpitaux étrangers.

    Les premiers travaux de Kocher sur l'hémostase par torsion des artères ont marqué son époque ; dans l'éternel combat ligature/cautérisation, c'était un point de plus pour les héritiers d'Ambroise Paré... Ainsi, Billroth, le mélomane qui a créé la chirurgie abdominale, s'est-il intéressé à ces réalisations. Et la manoeuvre de Kocher, qui permet d'exposer les structures du rétropéritoine après une incision longeant le duodénum, est dans la même veine. Après avoir récliné la tête du pancréas et le duodénum vers la gauche, les structures les plus postérieures deviennent accessibles, qu'il s'agisse des gros vaisseaux ou de la queue du pancréas (au fait, vous savez ce qui est petit et rose avec une queue qui pointe à gauche ?)

    Au plan anatomique, les recherches de Kocher ont abouti à la plus simple des techniques de réduction des luxations antérieures de l'épaule - et utilisable quelque soit l'ancienneté.

    Lorsque Kocher commença à pratiquer la chirurgie, la première phase de la bataille de l'asepsie était gagnée - la théorie était établie et acceptée par tous, mais restait à passer à la pratique. Si les travaux de Lister avaient abouti à l'utilisation de solutions chlorées dans le traitement des plaies septiques, et que les premiers fils stériles avaient fait leur apparition, le plus gros restait à faire pour vaincre la "pourriture des hôpitaux". Kocher fut l'un des premiers à supporter l'asepsie totale ; en 1892, en collaboration avec Tavel, un pionnier bactériologiste, il contribua à défricher l'Amazonie des infections chirurgicales. Il réalisa ainsi des travaux essentiels sur l'ostéomyélite aiguë (1874).

    Parce que les hôpitaux de Berne formaient également les médecins militaires, Emil Kocher étudia les plaies par arme à feu, aboutissant, en collaboration avec von Schejring, à des recherches approfondies sur les conséquences des projectiles de petit calibre à forte énergie cinétique, ainsi que sur celles des missiles. Kocher proposa ainsi en 1874 à Rome, au Congrès International de Médecine, des pistes pour l'amélioration des projectiles dans le sens de la réduction du délabrement des plaies. Ses travaux suivants, publiés en 1880 et 1895, constituent la synthèse de ses observations.

    Et parce que la pratique chirurgicale de l'époque était polyvalente, Emil Kocher ne s'est pas limité à la traumatologie de guerre. Outre l'hémostase, l'asepsie et le reste, les hernies ont largement bénéficié du chirurgien suisse. Qu'il s'agisse d'introduire la théorie novatrice de l'étranglement herniaire (1877), d'établir le protocole opératoire ou d'étudier les hernies chez l'enfant (1880), Kocher était là... La chirurgie digestive lui doit des avancées majeures ; ainsi, la pylorectomie avec stomie gastroduodénale, l'excision du rectum (1874), mais aussi le traitement radical des cancers (1909), la cholecystectomie ou l'ablation simple de calculs biliaires distaux ont été des avancées majeures réalisées par Emil Theodor Kocher. La mobilisation du duodénum (méthode de Kocher...) a également fait partie de ses intérêts digestifs... Qui dit lithiase biliaire dit iléus - une occasion de prolonger les travaux sur l'étranglement herniaire. Et tant qu'on est dans les hernies, autant aller voir du côté de la pathologie des OGE masculins.
    Mais, parce qu'à cette époque un chirurgien se devait d'être polyvalent et généraliste, Kocher s'est également intéressé aux épilepsies post-traumatiques, aux possibilités offertes par le traitement chirurgical, aux traumatismes crâniens ainsi qu'aux trépanations. De la neurochirurgie à l'orthopédie, il n'y a parfois qu'un pas, et Kocher a changé le traitement du varus, après avoir publié des observations approfondies sur le coxa vara.

    Se souvenir uniquement de Kocher pour ses travaux sur la chirurgie de la thyroïde apparaît ainsi bien réducteur... Car, bien qu'il ait créé la chirurgie des goîtres (la Suisse est loin de la mer) et étudié la physiologie de la thyroïde, liant le crétinisme à un défaut de fonctionnement (un crétin des Alpes est atteint d'hypothyroïdie congénitale, faut le savoir), il ne s'agit pas de la majeure partie de ses travaux, loin de là.

    Devant ce palmarès de travaux impressionnants, tant par leur profondeur et leur transversalité que par la variété des thèmes traités, le prix Nobel que reçut Kocher en 1909 apparaît comme une évidence. Véritable pionnier, il a considérablement fait avancer la chirurgie - ainsi que certaines parties de la médecine - à une époque où la médecine moderne était en train de naître. Emil Kocher est l'un de ces hommes sans qui le contenu de nos cours serait bien différent - touche-à-tout de génie, il est, comme la pince qui porte son nom, un incontournable.

    Kocher est mort à Berne en 1917, au plus fort de la boucherie de la Grande Guerre. Les plaies balistiques et souillées ont sans doute été un peu mieux traitées grâce à lui - et son Traité de Chirurgie, qui a connu six éditions traduites dans toutes les langues, cache sous un titre discret, ce qui a été un vademecum de la chirurgie abdominale et orthopédique pour les praticiens de ce temps.

    Plus d'information


    Site du Prix Nobel
    Free Health Encyclopedia


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    écarteur de FarabeufL'écarteur de Farabeuf, le Fara', est, comme la <pince de DeBakey>, une star des blocs opératoires. Il sert, après l'incision, à repousser les tissus, la graisse et les muscles, dans les interventions demeurant superficielles. Comme les bonnes soeurs et les chaussures, le Farabeuf vient toujours en paires, même si parfois un seul est utilisé, des crochets complétant l'exposition.

    Le Farabeuf est ainsi l'instrument qui permet d'écarter les bords de l'incision. Il intervient après les crochets ; lorsque la voie d'abord devient plus profonde, il peut être remplacé par un écarteur de Dautrey. Aucune boîte n'est complète sans lui, et c'est un serviteur fiable, discret, et profondément utile.

    Louis Farabeuf


    Louis Hubert FarabeufLouis Hubert Farabeuf est né le 6 mai 1841 dans la bonne terre de la campagne de Seine-et-Marne. Élève au collège de Provins, il se révèle un bon élément, tant par ses talents académiques que par les amitiés solides qu'il y forgea. Des études de médecine débutées en 1859 dans une faculté archaïque où la méthode anatomo-clinique en est à ses balbutiements le voient devenir l'élève de Trousseau et de Velpeau. Ami de Jules Ferry, le républicain Farabeuf se trouve mêlé aux émeutes qui ont émaillé la vie du Second Empire.

    Externe, puis interne, de grands noms de la médecine française - Charcot, Vulpian, Fouchet - Louis Farabeuf suit le cursus mouvementé des carabins de l'époque. Chirurgien des hôpitaux, un titre encore récent, à partir de 1865, il achève sa formation auprès de Gosselin, à la Pitié-Salpêtrière, puis de Richet. Changeant d'hôpital, il se retrouve en 1867 chez Verneuil, à Lariboisière, un précurseur en matière d'asepsie en France. A cette époque, l'infection - la "pourriture d'hôpital" - constitue le premier ennemi du chirurgien, celui qui tue plus d'un opéré sur deux...

    Délaissant la chirurgie, Farabeuf se consacre à l'anatomie à partir de 1868. La guerre de 1870 le ramène toutefois à ses premières amours chirurgicales, avec la prise en charge de centaines de blessés de guerre. Il tirera plus tard son enseignement de ces urgences du champ de bataille.

    Agrégé en 1876, Farabeuf confirme sa réputation d'enseignant émérite. Il réformera d'ailleurs l'enseignement anatomo-chirurgical à partir de 1878, rendant la dissection obligatoire et validante, ainsi que l'enseignement pratique des techniques de chirurgie. Son Précis de Manuel Opératoire, paru en 1881, est longtemps resté une référence incontournable en la matière, et nombreux sont ses élèves célèbres ; Broca, Duval, Hartmann... Farabeuf expérimente également à cette époque les instruments demandés aux couteliers ; écarteurs, rugines et daviers portent son nom. Sur le plan de la clinique, la classification des luxations du pouce ainsi que la luxation sous glénoïdienne de l'épaule ont principalement marqué les mémoires.

    Signature de Louis Hubert FarabeufAnatomiste de renom, il est élu membre titulaire de la Société de Chirurgie en 1877, année où il commence à s'impliquer dans la vie politique en tant que conseiller général républicain radical de Seine-et-Marne. Il abandonnera ces responsabilités dix ans plus tard, lorsqu'il sera nommé professeur titulaire d'anatomie.

    Passionné d'obstétrique - d'où le fameux signe de Farabeuf marquant l'engagement du foetus - il rédige en 1886 une Introduction Anatomique à la Pratique des Accouchements, bible des accoucheurs pour de nombreuses années à venir.

    Mais ce maître de l'anatomie est également brusque, voire emporté, dans ses rapports avec ses étudiants. Deux étudiants ajournés, l'un pour avoir dû lire une lame histologique sans microscope (même à l'ECN, ils n'oseraient plus...) et l'autre après avoir été traité de couillon et d'andouille (tiens, le vocabulaire n'a pas trop changé...) portent plaine auprès du doyen. La sanction ne se fait pas attendre : Louis Farabeuf est suspendu de ses fonctions en 1902, dans un climat de tensions personnelles avec le ministre, ami intime de son successeur.

    De sa retraite forcée, Farabeuf étudie les vaisseaux des organes génito-urinaires. Présentés en 1905, ces travaux seront les derniers. Louis Farabeuf est mort en 1910 d'une occlusion sur iléus biliaire.


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