• Description 

    Les anneaux de Delbet permettent le traitement orthopédique des fractures de la clavicule. Ils se positionnent comme des bretelles de sac à dos ; la lanière les reliant doit être suffisamment resserrée pour rejeter les épaules du patient en arrière.

    Comme de juste, un port prolongé d'environ trois semaines impose au patient de resserrer les anneaux de manière quotidienne, sinon, ça se détend et ça sert à rien...

    Pierre Delbet (1861-1957)
     
    Pierre DelbetPierre Delbet est né le 5 novembre 1861 dans la bourgade de La Ferté-Gaucher, en Seine-et-Marne, à 80 kilomètres de Paris. Son père, Ernest, était lui aussi médecin (il passa sa thèse le 13 juin 1854) ; il fut maire de la commune et député radical, de 1873 jusqu'à sa mort en 1908. De son épouse, Maria-Olympe Aviat, il n'eut qu'un fils, Pierre, qui s'illustra dans l'antisepsie et la cancérologie.

    C'est en 1889 que Pierre Delbet passa sa thèse. Agrégé en 1892, il devint chirurgien des hôpitaux l'année suivante et professeur en 1909, à 48 ans.

    Puisqu'il s'agissait de l'époque bénie où il était possible d'être à la fois chirurgien et amateur d'ions, et que Pierre Delbet nourrissait une passion pour le magnésium, il trouva dans cet élément chimique une source inépuisable d'inspiration. En 1915, au cœur de la boucherie de la Grande Guerre, il testa différentes solutions destinées à nettoyer les plaies fortement souillées des soldats, sans léser davantage les tissus — le chlorure de magnésium s'avéra la solution la plus adaptée à cela. Il s'était dès 1889 inquiété de la toxicité cutanée des antiseptiques usuels de l'époque :

    « Si ces cellules, raisonne-t-il, sont sensibles aux antiseptiques, le lavage des plaies, en les détruisant, diminue la résistance à l'infection. Si elles sont plus sensibles que les microbes, si proportionnellement elles succombent en plus grand nombre que les agents pathogènes, les antiseptiques, au lieu de diminuer l'infection, peuvent l'augmenter. »

    « D'une manière générale, les organismes vivants sont d'autant plus délicats qu'ils sont plus perfectionnés. D'après cette loi, il est probable que les microbes, protophytes élémentaires, résistent mieux aux antiseptiques que les cellules des êtres supérieurs. La logique conduit à conclure que l'application locale des antiseptiques est nuisible. » 

    Médaille Pierre DelbetLa conclusion est un peu hardie ; toutefois, il faut replacer les évènements dans leur contexte. A la fin du XIXe siècle, l'asepsie, pour être à peu près rentrée dans les mœurs, connaissait encore ses détracteurs. Il s'agissait toujours d'une approche moderne, un peu nouvelle, sans grand recul sur les produits utilisés. L'idée d'asepsie et d'antisepsie était excellente ; toutefois, des solutions trop agressives pour les tissus étaient couramment utilisées, favorisant parfois nécrose locale et donc infection. Le 6 septembre 1915, il présentait donc à l'Académie des Sciences un article intitulé Cytophylaxie (le lire sur Gallica). Pour lui, le chlorure de magnésium stimulait localement les globules blancs, et donc les défenses immunitaires.

    De l'application locale au passage per os, il n'y avait qu'un pas, que Delbet franchit hardiment. On peut même dire que c'est la faute des infirmières. Écoutons plutôt Pierre Delbet nous raconter ce qui s'est passé :

    « Je me rappelle avec précision, écrit-il dans son livre Politique préventive du cancer, comme une date importante de ma vie, le jour, le moment où, pour la première fois, je l'administrai par la bouche.
    « J'avais dans mon service de l'hôpital Necker un blessé dont l'état était grave et qui refusait les injections. Je dis un matin :  " Essayons de lui donner la solution par voie buccale ”. A ce mot, la surveillante, Mme Boivin, et deux infirmières esquissèrent un sourire. " Pourquoi riez-vous ? — Nous en prenons toutes ” répondit Mme Boivin. “ Et pourquoi ? — Ça nous donne du cœur à l'ouvrage ! — Qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'en prendre ? — Nous avons remarqué que les malades à qui on en injectait éprouvaient une sorte de bien-être. Alors nous avons essayé d'en boire et ça nous a produit le même effet. ”
    « C'est à ce hasard qu'est due l'extension de la méthode cytophylactique. Cette solution que l'on appelait “ ma drogue ”, j'en administrai à tous les blessés de mon service, j'en pris moi-même et j'en fis prendre à tous ceux qui me sont chers. Les surveillantes et infirmières, enchantées de la sensation d'euphorie, d'énergie, de résistance à la fatigue qu'elles éprouvaient, firent de la propagande. Très vite, un grand nombre de personnes prirent régulièrement “ ma drogue ”, et je récoltai une ample moisson de faits à quoi je ne m'attendais guère et qui m'ont inspiré de nouvelles recherches. »  

    Niveau de preuve nul initialement. La démarche est toutefois assez représentative de l'esprit de l'époque. Ça peut peut-être marcher ? Eh bé on y va, les enfants !

    Son épouse, Germaine Camescas, fille de préfet de 23 ans sa cadette, mourut en 1914. Le couple n'avait pas eu d'enfant.

    La douleur, Pierre DelbetToujours en 1915, on retrouve une trace, dans le Bulletin des Armées, du souci de Pierre Delbet pour l'antisepsie. On rappelle en effet aux soldats ses recommandations — application immédiate de teinture d'iode sur toute blessure. Comme quoi, il n'y a pas que le magnésium dans la vie. Il y a aussi la Bétadine (ou plutôt, ici, son ancêtre).
    Et on peut trouver ici un compte-rendu pittoresque du passage de l'armée allemande devant la maison de sa mère (hélas, ici dans sa version anglaise), publié initialement dans le courrier des lecteurs du Figaro !

    Ses publications sont aussi diverses que l'activité chirurgicale peut l'être. Chirurgie artérielle et veineuse, névralgie du trijumeau, hémarthrose du genou, pathologie digestive basse, prostatectomie, et bien sûr plusieurs ouvrages sur l'asepsie... C'est varié, on se dit qu'il ne devait pas s'ennuyer devant son planning opératoire.

    Sculpteur, il a offert l'une de ses oeuvres au musée d'Orsay, une allégorie de la douleur, thème assez pertinent pour un chirurgien ! Comme toujours, cliquez sur l'image pour agrandir.

    Médaille Pierre DelbetAprès guerre, les centres d'intérêt de Pierre Delbet, reflétés par ses traités publiés, se sont déplacés de la traumatologie vers la cancérologie. Il tenta de convaincre, sans succès, l'Académie de Médecine (qu'il avait rejoint en 1921) de la nécessité de mettre en place une politique de prévention des cancers.

    Il est mort en 1957 à Paris, à l'âge de 96 ans. Une médaille à sa mémoire fut issue en 1970 ; le recto figure un peu plus haut dans le billet. Au verso figurent les représentations allégoriques de la Vérité et de la Beauté.

    Il existe à Paris une rue Delbet ; j'ignore d'après qui elle est nommée, s'il s'agit d'Ernest Delbet (le père), de Pierre Delbet, ou de... quelqu'un d'autre !

    Parce qu'un docteur Paul Delbet a lui aussi vécu à cette époque ! Né en 1866, mort en 1924, il s'est vu, lui aussi, consacrer une médaille... Sa famille était originaire de la région de Neussargues ; cousin de Pierre Delbet, il était un anatomiste et médecin de renom. Lequel des deux hommes a légué son nom à la lame et aux anneaux ? J'avoue douter. Paul était chef de clinique chirurgicale à Necker, ainsi que rédacteur à l'Action française. Hélas, Pierre possédant aussi Paul dans sa liste de prénoms, certains auteurs ont visiblement confondu les deux cousins, attribuant à Paul des recherches de Pierre.

    Allez, si j'étais sérieuse, je ferais la biographie de Paul Delbet, dans le doute, et avec cette histoire de manteaux de César ! 

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    Pince PéanLa fonction principale de la pince de Péan est l'hémostase. La pince possède de gros mors mousses dont l'intérieur est strié perpendiculairement à l'axe des branches. Ces mors sont larges, discrètement évasés ; leur rôle est de serrer sans léser les tissus adjacents.

    On l'utilise également pour faire le champ, ou à chaque fois qu'une compresse montée est nécessaire, au même titre qu'une pince Collin (dont les stries internes seront, elles, obliques).

    Les kits de pansement des infirmières dans les services comportent généralement une Péan en plastique en renfort de la sacro-sainte
    <Kocher>.

    Pour tout avouer, j'ai mis des plombes à savoir que ça s'appelait une Péan... Au début, on ne me la demandait jamais, alors je l'appelais l
    a-jolie-grosse-avec-le-bout-rond-et-les-rayures-horizontales-qui-reste-dans-la-boîte. Pas très flatteur pour monsieur Péan, cette pince ayant à son époque représenté une avancée technique majeure.


    Jules-Émiles Péan


    Jules-Émile Péan Jules-Émile Péan est né le 29 novembre 1830 à Marboué, petite commune d'Eure-et-Loir proche de Châteaudun.

    Regardons un instant son portrait. Péan a 63 ans là-dessus. Un peu gros — un petit régime ne serait sans doute pas du luxe, même su les favoris, fort en vogue à l'époque, ne sont pas flatteurs de ce côté-là.

    Fils de meunier, destiné par son père à devenir agriculteur,puis notaire, une noble profession, il choisit pourtant la médecine, puis la chirurgie. Jules Péan est l'un de ces chirurgiens français qui, au XIXe siècle, ont tant fait avancer la médecine. Pozzi, plus tard, dira de lui « 
    On peut dire que directement ou indirectement c'est à son école que se sont formés tous les maîtres contemporains de la chirurgie abdominale ».

    Père de la laparotomie, inventeur (contesté) de la forcipressure et, plus particulièrement, de la crémaillière (incontesté) qui sert à maintenir les pinces hermétiquement clampées (j'ai pensé à lui en me servant d'une Kocher pour ouvrir un confit d'oie, l'autre jour — le caoutchouc s'est déchiré, mais la pince a tenu), il s'est largement opposé à Pasteur.

    Externe en 1852, interne provisoire en 1853 à Lariboisière (les FFI existaient déjà !) puis interne des Hôpitaux de Paris en 1855 (deuxième au concours...), il eut pour maître le professeur Denonvilliers, chirurgien et anatomiste de renom. Il fit un passage à la maternité, puis chez Auguste Nélaton, l'un des grands noms de l'époque, et le premier à désinfecter les plaies, chirurgicales ou non, à l'alcool.

    Dès 1863, il réalise la première splénectomie réussie.

    Henri Gervex, Avant l'opérationIl débuta sa carrière médiatique en 1864, par l'opération d'un kyste de l'ovaire de 10 kilos, chez une patiente de 30 ans que l'on croyait tuberculeuse. Le case report, comme on dirait aujourd'hui, publié à l'Académie de Médecine, eut l'effet d'une bombe dans cette vénérable institution. C'est peut-être à cette intervention célèbre que pensait le peintre Henri Gervex lorsqu'il peignit en 1887 son tableau intitulé Le Docteur Péan enseignant à l'Hôpital Saint-Louis sa découverte du pincement des vaisseaux (ou, de manière plus sobre, Avant l'opération), aujourd'hui conservé au musée d'Orsay. Il a inventé sa pince en 1868, et s'en servit avec succès pour ses laparotomies.

    Péan ramena le taux de mortalité des ovariectomies de 100 % (pas merveilleux) à 3-4 % (déjà plus acceptable).

    Sa recette ? Elle paraît logique, et repose sur deux piliers de la chirurgie contemporaine : la propreté et le clampage des vaisseaux. Le patient ne se saigne pas à blanc, ne meurt pas de choc septique non plus, et ne fait pas non plus le duo gagnant, l'hématome surinfecté. Mais ce qui paraît aujourd'hui évident, et fait partie de la vie de tous les jours, était à l'époque un concept révolutionnaire. On n'a pas encore trouvé mieux que sa crémaillière pour clamper ce qui saigne (et le reste aussi d'ailleurs). Pour ce qui est de la propreté (on ne parle pas encore d'asepsie, mais de simples règles de bon sens), Péan ne disséquait pas des cadavres avant d'opérer (paraît-il qu'il n'aimait pas ça), il se lavait les mains à l'eau et au savon, puis à l'alcool (le Stérilium n'a donc rien inventé), avant d'ouvrir, et il opérait loin de la pourriture d'hôpital, comme on disait à l'époque, celle qui tuait un opéré sur deux (quel joli nom pour les infections nosocomiales !), d'abord chez lui, rue Lepic, puis dans un pavillon séparé de l'hôpital Saint-Antoine. Il opérait à mains nues, les gants de latex n'ayant pas encore été inventés, et évitait autant que possible de mettre les mains dans le patient, opérant à bouts d'instruments ; il utilisa le premier un instrumentiste pour nettoyer les instruments durant l'intervention.

    Par contre, il se faisait payer cher. Très cher. Plus cher que n'importe quel autre chirurgien de l'époque, et la légende veut qu'il ait discuté des honoraires jusque sur la table d'opération. Il pratiquait également le reversement d'une partie des honoraires aux correspondants, et fut critiqué pour ce manquement cruel à la déontologie médicale. Ça ternit un peu le mythe, mais il était plus que doué et ses patients mouraient moins que ceux des autres. Ceci dit, avec cet argent, il a construit l'Hôpital International — 50 lits destinés à soigner gratuitement tous les malades, renommé en Hôpital Péan après sa mort, aujourd'hui démoli. Et il appliquait le serment d'Hippocrate en soignant gratuitement les indigents.

    Toulouse-Lautrec, Une opération des amygdalesEn 1865, le 24 mai, il fut nommé au Bureau Central et mena une activité en partie hospitalière, mais principalement libérale. Chef de service à Saint-Louis en 1873, il ne fut jamais universitaire, mais forma néanmoins nombre de chirurgiens lors de ses séances du samedi matin, à Saint-Louis. Il avait inventé les conférences de préparation à l'internat (ainsi qu'à l'externat, qui était un concours à l'époque), alors qu'il était encore interne. Les D4 de chez Hippocrate, Conf'Plus, Atout'Conf & Cie n'auraient pas la même vie si Péan n'était pas passé par là. Il fut parmi les premiers à opérer avec ses internes afin de les former in situ. Et, quand il organisait annuellement des repas de service chez lui, ceux-ci se terminaient immanquablement par des jeux d'argent — mais c'était lui qui donnait des bourses pleines d'or à ses internes.
    C'est en 1868 qu'il perfectionna la pince qui porte son nom, à partir du modèle inventé par Charrière en 1858 et modifié par Kœberlé en 1864, en remplaçant le clou qui tenait la pince fermée par une crémaillière, de maniement plus aisé. Il en généralisa également l'usage pour l'hémostase, jusque-là anecdotique, et en créa de multiples avatars, droite, en cœur, en T...

    Il décrivit la maladie gélatineuse du péritoine en 1871.

    Partant du principe novateur que toute tumeur pouvant être enlevée devait l'être, ce qui était à rebours des idées de l'époque, il réalisa la première résection gastrique (pylore et antre) avec anastomose gastro-duodénale termino-terminale. Si cette intervention porte aujourd'hui le nom de Bilroth, c'est parce que le patient de Péan mourut... Bilroth réalisa avec succès la seconde intervention de ce type un an plus tard. Dans le même ordre d'idées, en 1888, il réséqua en deux temps une volumineuse tumeur maligne de la face, enlevant au passage le maxillaire, le zygomatique, et le plancher de l'orbite (probablement sans reconstruction ad hoc derrière, les gueules cassées de la Grande Guerre n'étant pas encore passées par là) ; le patient survécut (mais à quel prix...). L'année suivante, il réalisa l'exérèse d'une tumeur cérébrale responsable d'épilepsie.

    En 1890, il fut le premier à poser une prothèse d'épaule. Elle était en caoutchouc durci ; l'indication était une tuberculose atteignant l'articulation. Le patient récupéra une bonne fonction articulaire. Son cas fut présenté à l'Académie de Médecine en 1894.

    Signature PéanJules-Émile Péan est mort le 30 janvier 1898, suite à une pneumonie contractée lors d'une partie de chasse à son domaine du château de Boulages, en Seine-et-Marne, géré par sa sœur Rose. Sa dernière intervention fut une néphrectomie partielle — il ne finit jamais son programme de la matinée. Ses obsèques eurent lieu de 3 février.

    Marié à Henriette Guirou de Buzaringue, il en eut trois filles. Commandeur de la Légion d'Honneur, personnalité brillante et contestée, il demeure aujourd'hui l'un des très grands noms de l'école chirurgicale française du XIXe siècle, de ceux qui ont participé à la création du visage de la chirurgie moderne.



    Aller plus loin


    Portrait de Jules Péan, par Jacques Poilleux, secrétaire de l'Académie Nationale de Chirurgie
    Illustres Anciens de l'APHP, par Philippe Monod-Broca 

    Article disponible au format pdf

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  • Description
    Pince de Bengolea (Bengo)
    La pince de Bengolea - la Bengo - fait partie des pinces hémostatiques, appliquant le principe de la forcipressure développé par Péan. Elle est toujours longue et fine ; ses mors peuvent être dotés ou non de griffes, et, si la variante la plus utilisée est courbe, elle existe aussi en droite. Les mors sont plus fins que les branches ; clampée, la pince est ainsi effilée et pointue, malgré son bout mousse.

    Dans l'éternel combat entre la ligature et la cautérisation, la pince de Bengolea est un atout majeur pour la cause des ligatures. Une fois un vaisseau gênant repéré, disséqué et dégagé, deux Bengo sont utilisées pour le clamper. La première est placée autant que possible en amont, s'il s'agit d'une artère ; si c'est une veine, la première Bengo sera positionnée en aval. Une deuxième pince est clampée à côté de la première - l'hémostase est alors assurée et il est possible de sectionner le vaisseau sans effusion de sang.
    Chaque moignon de vaisseau sera ensuite ligaturé au fil résorbable bobine, et les pinces lâchées.

    De par la finesse de ses mors, la pince de Bengolea a également bien d'autres usages que sa fontion hémostatique première. Elle peut ainsi faire fonction de dissecteur, en isolant des structures ou en confectionnant un trajet de tunnelisation, de drain... Elle peut également mettre en tension des structures comme le péritoine ou des ligaments.

    Les Bengolea ont ainsi un rôle à jouer aussi bien dans la chirurgie viscérale digestive ou urologique qu'en coelioscopie, ou lors de chirurgies plus fines comme la maxillo-faciale. Seule la taille de la pince varie, mais ses fonctions restent partout polymorphes.

    Adrián J. Bengolea


    Adrian J BengoleaAdrián Bengolea Demaría (cliquer sur la photo pour agrandir) est un chirurgien argentin né en 1887 d'un père médecin. Il était le quatrième enfant d'une fratrie de neuf A partir de 1908, il fit ses études à l'hôpital général Bernardino Rivadavia, de Buenos Aires, à l'origine "l'hôpital des femmes", fondé en 1774.
    Bengolea valida son doctorat en 1911, et passa l'aggrégation dans le service du docteur Luis Villa. Il épousa María Cristina de Elía Ocampo en 1914 ; le couple aura cinq enfants.

    En 1918, il devint chef de clinique chez Arturo Zabala ; chef-adjoint en 1923, il accéda à la cheferie de service (j'adore cette expression...) l'année suivante, puis en 1936 au poste de directeur de l'hôpital Rivadavia. Il ouvrit, durant cette décade, les services de nutrition et d'endocrinologie, ainsi qu'un centre anti-cancéreux.
    Bengolea attacha une grande importance à la recherche méthodologique, suivant en cela son ami Bernardo Houssay - co-prix Nobel de Médecine en 1947 pour la découverte du rôle des hormones hypophysaires sur la glycémie - et imprima son impulsion à la chirurgie expérimentale.
    Entre 1921 et 1947, Bengolea avait par ailleurs visité trois fois l'Europe. Ouvert aux nouvelles techniques, il s'attachait à ce qui est aujourd'hui appelé la formation médicale continue, s'intéressant aux nouvelles techniques et à leur application.

    Adrian Bengolea fut président de la Société Argentine de Chirurgie, et en tant que tel rapporteur au congrès international de chirurgie de Stockholm en 1939.
    En 1944, Bengolea figura parmi les cent trente-trois signataires d'une pétition demandant du gouvernement du président de facto Ramirez "une démocratie réelle par l'application fidèle des directives de la constitution nationale, et une solidarité américaine par la réalisation loyale des promesses internationales signées par les représentants du pays." Dans l'Argentine totalitaire des années 1940 - la "décade infâme" - l'opposition au régime des divers présidents de facto était un acte lourd de conséquences, et Adrian Bengolea fut démis de ses fonctions de directeur de l'hôpital Rivadavia en 1946, lors de l'accession de Juan Perón au pouvoir.

    Bengolea continua toutefois à exercer, travaillant sur la prise en charge chirurgicale de la cholécystite chronique et les carcinomes du col utérin. Il rejoignit les rangs de l'Académie Nationale de Médecine argentine en 1947, trois ans avant son décès subit en 1950, à l'âge de 63 ans.

    Sources


    Grandes Figuras de la Cirurgia Argentina (espagnol)
    A Padre Views South Americans (anglais)
    AJ Bengolea sur PubMed

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    Pince d'AllisLa pince d'Allis a beau avoir une tête de pince (si on peut dire), sa fonction la range dans la grande famille des écarteurs. D'accord, une Allis va pincer, et solidement - il suffit de regarder ses mors pour comprendre que ce qui est dans une Allis y reste - mais elle va servir à récliner un plan. En chirurgie du cou, par exemple, l'Allis va mordre les muscles peauciers du cou au bord de l'incision pour permettre de les soulever - voire carrément les récliner. Contrairement à la majorité des pinces, l'Allis n'existe que droite, et en deux longueurs (16 et 19 centimètres).

    L'Allis est toutefois une pince extrêmement traumatique pour les tissus ; il vaut mieux ne pas trop l'utiliser sur la peau et le tissu sous-cutané, pour ne pas risquer de déchirer le contenu des mors... Même lorsqu'elle tient du muscle, une épaisseur raisonnable de fibres est nécessaire pour éviter de se retrouver, en fin d'intervention, avec un trou autour des mors. Après, c'est chiant pour suturer... Normal, en somme, pour une pince destinée à l'origine à la chirurgie digestive ! La chirurgie viscérale a besoin de pinces solides.
    Mais rien ne peut remplacer une Allis. Lorsque les crochets sont trop fins et ne permettent pas de soulever suffisamment un plan, et lorsque le plan de l'intervention est trop superficiel pour permettre l'utilisation des Dautrey et des <Farabeuf>, l'Allis est là.

    On utilise généralement deux Allis au Pays des Merveilles (désolée, il fallait que je la fasse). Placées assez écartées sur les bords de l'incision, elles permettent de récliner une bonne longueur de plan.
    Les pinces d'Allis trouvent également leur place en chirurgie viscérale, qu'elle doit digestive ou gynécologique. Mais leur rôle est toujours le même, qu'elles mordent un plan musculaire ou une section de duodénum - tenir et exposer, tel est la fonction des Allis.

    Oscar Huntington Allis


    Oscar Huntington AllisOscar Huntington Allis est né le 9 septembre 1836 à Holley, dans l'état de New-York, aux États-Unis. Ses <proches ancêtres> comptaient parmi les fondateurs Puritains de la colonie de Salem, dans l'état du Massachusetts, alors qu'il n'y avait encore que treize états dans la toute jeune Amérique...

    Selon le cursus de l'époque, Oscar Allis obtint une maîtrise d'Arts (Master of Arts) en 1864, après une scolarité au Lafayette College. C'est deux ans plus tard, en 1866, qu'il acheva ses études au Jefferson Medical College. Ce diplôme lui ouvrit les portes de l'internat de l'Hôpital Général de Philadelphie. Une fois sa formation achevée, Allis figura parmi les fondateurs de l'Hôpital Presbytérien de Philadelphie.

    Allis était avant tout un orthopédiste ; il fut l'une des autorités de son temps sur les fractures et les luxations, et reçu en 1895 le prix Samuel Gross pour sa monographie sur la réduction des luxations de hanche. Quelques années plus tôt, en 1870, il avait étudié les syndactylies - avec des études de cas illustrées de photographies et non de gravures.

    Tout comme Farabeuf, Oscar Allis a laissé son nom à de nombreux instruments - ces pionniers de la chirurgie moderne avaient tout à inventer, depuis la sémiologie clinique de l'école française jusqu'aux techniques chirurgicales américains. Outre la pince, les anglophones connaissent le signe d'Allis dans les fractures du col fémoral, qui se traduit par une relaxation du fascia lata entre la crête iliaque et le grand trochanter - il est alors possible d'enfoncer son doigt dans le fascia (soit entre le grand troch et la crête iliaque pour ceux qui n'ont pas suivi). Et, parce que l'anesthésie n'était jamais loin de la chirurgie en ces temps héroïques, Allis en a profité pour mettre au point un inhaleur à éther.

    C'est toutefois en tant que chirurgien viscéral qu'Oscar Allis a mis au point sa pince. Celle-ci fut créée pour réaliser des anastomoses intestinales avec suture de la paroi sur toute son épaisseur (Intestinal anastomosis with suturing of the entire thickness of the intestinal wall - Method and Instruments, by Oscar H. Allis, M.D. DisColon Rectum 1986;29:776-779*). Et quand on voit la pince à l'oeuvre, on comprend tout de suite qu'elle est destinée à tenir de la paroi intestinale : si les muscles pauciers du cou sont parfois transpercés, la musculeuse intestinale ne souffre pas. La longueur des mors est optimale, et leur profondeur aussi ; utilisée en chirurgie digestive, la pince d'Allis est un petit morceau de perfection.

    Au plan de sa vie personnelle, Oscar Allis épousa Julia Waterbury Thompson ; leur fils, Oswald Thompson Allis (1880-1973), fut un théologien presbytérien reconnu qui fonda le Séminaire Théologique Westminster à l'emplacement de la maison familiale de Philadelphie.

    Allis est mort le 16 mai 1921, à l'âge de 84 ans, d'une hémorragie cérébrale (ce que j'aime, avec les médecins, c'est que les collègues biographes précisent toujours les causes du décès, ça change du traditionnel "décédé des suites d'une longue maladie").

    * republication, et non pas article original, bien entendu...



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    C'est difficile... Si vous avez des sources, je suis preneuse !

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