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    Une planche de Saturday Morning Breakfast Cereal, qui tape dans le mille, comme toujours. Au menu, le journalisme de vulgarisation scientifique, et en particulier médical :

    How science reporting works


     


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  • Décidément, je suis fan de xkcd :

    Surgery


    Avec une spéciale dédicace à Jérémie, qui fait les deux dans la vie !

    (Cliquer sur l'image pour agrandir)

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  • Repris du site américain cracked.com, le top 10 des gestes et traitements débiles. Je remets les têtes de chapitre en français, la flemme de tout traduire :

    #10. Les sirops calmants pour enfants à la morphine...
    ... parce que forcément, la dépression respiratoire, ça calme ;

    #9. Le mercure en per-os...
    ... parce qu'un bon empoisonnement n'a jamais tué personne, pas vrai ?

    #8. Le sirop anti-tussif à l'héroïne...
    ... parce que c'est vrai que ça soigne la toux, et vous reprendrez bien un peu de sirop ?

    #7. Les ceintures électrifiées pour soigner l'impuissance...
    ... parce que le *doigt* dans la prise, ça soigne ? Nouveauté inside !

    #6. La lobotomie comme panacée en psychiatrie...
    ... parce que quand on n'a plus de cerveau, on n'est plus fou (enfin, « d'après les auteurs », comme on dit). La neuropsychologie préhistorique dans toute sa gloire. 

    #5. L'urine en per os...
    ... parce que si le patient est diabétique, ça lui fait son dessert ; 

    #4. Les saignées en systématique...
    ... parce que rien ne vaut une bonne petite déplétion pour soigner un malaise vagal (A noter qu'il s'agit d'un traitement efficace et reconnu de l'hémochromatose, la porphyrie et l'OAP récalcitrant, mais là on sait ce qu'on fait) ;

    #3. Les taenias pour faire maigrir...
    ... ouais, enfin bouffer des œufs de taenia pour perdre quelque kilos, il faut être motivés, je dis ; 

    #2. La trépanation pour traiter les migraines...
    ... au cas où il y ait un sous-dural chronique en-dessous, sans doute ; 

    #1. Les godemichés pour soigner l'hystérie...
    ... 'fin ça, ça n'aura sans doute tué personne, contrairement aux points 10, 9, 8 et 4.


    C'est une liste sympa que nous ont fait les chroniqueurs de Cracked, mais j'aurais quelques retouches à apporter. En terme de folie brute, il y a aussi des trucs qui ont marché, qui étaient géniaux, mais qui demandaient un bon grain pour les faire. Je propose donc de :
    •  remplacer le 2 (trépanations) par la chirurgie (pour l'ensemble de son œuvre). Parce que le premier être humain qui a eu l'idée d'ouvrir quelqu'un pour 1) voir comment c'est fait dedans et surtout 2) en profiter pour le soigner, ne devait pas être très net ;
    • rajouter au 3 (les taenias) les hormones thyroïdiennes en pilules amaigrissantes ;
    • rajouter au 9 (le mercure) la mithridatisation sous toutes ses formes, vu que là aussi, il faut un grain. Et on pourrait éventuellement placer l'homéopathie dans le même sac, puisque, à la base, c'est l'histoire de soigner le mal par le mal.

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  • Description 

    Les anneaux de Delbet permettent le traitement orthopédique des fractures de la clavicule. Ils se positionnent comme des bretelles de sac à dos ; la lanière les reliant doit être suffisamment resserrée pour rejeter les épaules du patient en arrière.

    Comme de juste, un port prolongé d'environ trois semaines impose au patient de resserrer les anneaux de manière quotidienne, sinon, ça se détend et ça sert à rien...

    Pierre Delbet (1861-1957)
     
    Pierre DelbetPierre Delbet est né le 5 novembre 1861 dans la bourgade de La Ferté-Gaucher, en Seine-et-Marne, à 80 kilomètres de Paris. Son père, Ernest, était lui aussi médecin (il passa sa thèse le 13 juin 1854) ; il fut maire de la commune et député radical, de 1873 jusqu'à sa mort en 1908. De son épouse, Maria-Olympe Aviat, il n'eut qu'un fils, Pierre, qui s'illustra dans l'antisepsie et la cancérologie.

    C'est en 1889 que Pierre Delbet passa sa thèse. Agrégé en 1892, il devint chirurgien des hôpitaux l'année suivante et professeur en 1909, à 48 ans.

    Puisqu'il s'agissait de l'époque bénie où il était possible d'être à la fois chirurgien et amateur d'ions, et que Pierre Delbet nourrissait une passion pour le magnésium, il trouva dans cet élément chimique une source inépuisable d'inspiration. En 1915, au cœur de la boucherie de la Grande Guerre, il testa différentes solutions destinées à nettoyer les plaies fortement souillées des soldats, sans léser davantage les tissus — le chlorure de magnésium s'avéra la solution la plus adaptée à cela. Il s'était dès 1889 inquiété de la toxicité cutanée des antiseptiques usuels de l'époque :

    « Si ces cellules, raisonne-t-il, sont sensibles aux antiseptiques, le lavage des plaies, en les détruisant, diminue la résistance à l'infection. Si elles sont plus sensibles que les microbes, si proportionnellement elles succombent en plus grand nombre que les agents pathogènes, les antiseptiques, au lieu de diminuer l'infection, peuvent l'augmenter. »

    « D'une manière générale, les organismes vivants sont d'autant plus délicats qu'ils sont plus perfectionnés. D'après cette loi, il est probable que les microbes, protophytes élémentaires, résistent mieux aux antiseptiques que les cellules des êtres supérieurs. La logique conduit à conclure que l'application locale des antiseptiques est nuisible. » 

    Médaille Pierre DelbetLa conclusion est un peu hardie ; toutefois, il faut replacer les évènements dans leur contexte. A la fin du XIXe siècle, l'asepsie, pour être à peu près rentrée dans les mœurs, connaissait encore ses détracteurs. Il s'agissait toujours d'une approche moderne, un peu nouvelle, sans grand recul sur les produits utilisés. L'idée d'asepsie et d'antisepsie était excellente ; toutefois, des solutions trop agressives pour les tissus étaient couramment utilisées, favorisant parfois nécrose locale et donc infection. Le 6 septembre 1915, il présentait donc à l'Académie des Sciences un article intitulé Cytophylaxie (le lire sur Gallica). Pour lui, le chlorure de magnésium stimulait localement les globules blancs, et donc les défenses immunitaires.

    De l'application locale au passage per os, il n'y avait qu'un pas, que Delbet franchit hardiment. On peut même dire que c'est la faute des infirmières. Écoutons plutôt Pierre Delbet nous raconter ce qui s'est passé :

    « Je me rappelle avec précision, écrit-il dans son livre Politique préventive du cancer, comme une date importante de ma vie, le jour, le moment où, pour la première fois, je l'administrai par la bouche.
    « J'avais dans mon service de l'hôpital Necker un blessé dont l'état était grave et qui refusait les injections. Je dis un matin :  " Essayons de lui donner la solution par voie buccale ”. A ce mot, la surveillante, Mme Boivin, et deux infirmières esquissèrent un sourire. " Pourquoi riez-vous ? — Nous en prenons toutes ” répondit Mme Boivin. “ Et pourquoi ? — Ça nous donne du cœur à l'ouvrage ! — Qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'en prendre ? — Nous avons remarqué que les malades à qui on en injectait éprouvaient une sorte de bien-être. Alors nous avons essayé d'en boire et ça nous a produit le même effet. ”
    « C'est à ce hasard qu'est due l'extension de la méthode cytophylactique. Cette solution que l'on appelait “ ma drogue ”, j'en administrai à tous les blessés de mon service, j'en pris moi-même et j'en fis prendre à tous ceux qui me sont chers. Les surveillantes et infirmières, enchantées de la sensation d'euphorie, d'énergie, de résistance à la fatigue qu'elles éprouvaient, firent de la propagande. Très vite, un grand nombre de personnes prirent régulièrement “ ma drogue ”, et je récoltai une ample moisson de faits à quoi je ne m'attendais guère et qui m'ont inspiré de nouvelles recherches. »  

    Niveau de preuve nul initialement. La démarche est toutefois assez représentative de l'esprit de l'époque. Ça peut peut-être marcher ? Eh bé on y va, les enfants !

    Son épouse, Germaine Camescas, fille de préfet de 23 ans sa cadette, mourut en 1914. Le couple n'avait pas eu d'enfant.

    La douleur, Pierre DelbetToujours en 1915, on retrouve une trace, dans le Bulletin des Armées, du souci de Pierre Delbet pour l'antisepsie. On rappelle en effet aux soldats ses recommandations — application immédiate de teinture d'iode sur toute blessure. Comme quoi, il n'y a pas que le magnésium dans la vie. Il y a aussi la Bétadine (ou plutôt, ici, son ancêtre).
    Et on peut trouver ici un compte-rendu pittoresque du passage de l'armée allemande devant la maison de sa mère (hélas, ici dans sa version anglaise), publié initialement dans le courrier des lecteurs du Figaro !

    Ses publications sont aussi diverses que l'activité chirurgicale peut l'être. Chirurgie artérielle et veineuse, névralgie du trijumeau, hémarthrose du genou, pathologie digestive basse, prostatectomie, et bien sûr plusieurs ouvrages sur l'asepsie... C'est varié, on se dit qu'il ne devait pas s'ennuyer devant son planning opératoire.

    Sculpteur, il a offert l'une de ses oeuvres au musée d'Orsay, une allégorie de la douleur, thème assez pertinent pour un chirurgien ! Comme toujours, cliquez sur l'image pour agrandir.

    Médaille Pierre DelbetAprès guerre, les centres d'intérêt de Pierre Delbet, reflétés par ses traités publiés, se sont déplacés de la traumatologie vers la cancérologie. Il tenta de convaincre, sans succès, l'Académie de Médecine (qu'il avait rejoint en 1921) de la nécessité de mettre en place une politique de prévention des cancers.

    Il est mort en 1957 à Paris, à l'âge de 96 ans. Une médaille à sa mémoire fut issue en 1970 ; le recto figure un peu plus haut dans le billet. Au verso figurent les représentations allégoriques de la Vérité et de la Beauté.

    Il existe à Paris une rue Delbet ; j'ignore d'après qui elle est nommée, s'il s'agit d'Ernest Delbet (le père), de Pierre Delbet, ou de... quelqu'un d'autre !

    Parce qu'un docteur Paul Delbet a lui aussi vécu à cette époque ! Né en 1866, mort en 1924, il s'est vu, lui aussi, consacrer une médaille... Sa famille était originaire de la région de Neussargues ; cousin de Pierre Delbet, il était un anatomiste et médecin de renom. Lequel des deux hommes a légué son nom à la lame et aux anneaux ? J'avoue douter. Paul était chef de clinique chirurgicale à Necker, ainsi que rédacteur à l'Action française. Hélas, Pierre possédant aussi Paul dans sa liste de prénoms, certains auteurs ont visiblement confondu les deux cousins, attribuant à Paul des recherches de Pierre.

    Allez, si j'étais sérieuse, je ferais la biographie de Paul Delbet, dans le doute, et avec cette histoire de manteaux de César ! 

    L'article au format pdf 

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