• Chef-Chéri a mal à la tête

    L'autre jour, je traînais dans le couloir du bloc lorsqu'une infirmière — la cinquantaine, gironde, et qui jouerais volontiers au docteur avec les internes mâles — est sortie de salle presque en courant pour téléphoner.

    — Ouiii allô, c'est IBODE Gironde, au bloc... Est-ce que vous pourriez nous faire passer rapidement du paracétamol effervescent ?... VOUS N'EN AVEZ PAS ? OHMONDIEUPOURQUOITANTDEHAINE.

    Et elle a raccroché.

    — Qu'est-ce qui se passe ? Tu as mal à la tête ?
    — Pas moi, a-t-elle répondu, les yeux agrandis de terreur au-dessus du masque. C'est Chef-Chéri.

    Chef-Chéri, il faut le préciser, a une certaine tendance naturelle à balancer les pinces à travers le bloc quand quelque chose ne lui va pas (record : trois DeBakey et deux Rezzano en une seule intervention). Quand il est de bonne humeur, c'est le pied d'opérer avec lui, mais quand ça ne va pas, ça ne va pas. Je ne l'avais jamais vu avec la migraine, mais j'imaginais assez facilement la situation de crise qui pouvait en découler.

    — La cardioplégie est dans dix minutes, se lamenta IBODE Gironde. Je voudrais pouvoir lui donner au moins un gramme de paracétamol à la paille.
    — Il n'y a pas que l'effervescent, il y a aussi les sachets, ça se dissout pareil.

    Bien que je sois une fille, IBODE Gironde m'a regardée comme si elle m'aurait volontiers roulé un gros patin mouillé. (Oui, j'ai reculé de quelques centimètres)

    — Je  rappelle le service, dit-elle.

    Elle composa fébrilement le numéro du bureau infirmier. Et là, c'est le drame ! Il ne restait qu'un seul sachet de 500 milligrammes ! Et les minutes passaient !

    — Y'a aussi l'Acupan, dis-je. Mais c'est vraiment dégueu, et pis il risque de gerber.
    — Non non, surtout pas, IL NOUS FAUT DU DOLIPRANE.

    We need Doliprane Inception

     

    La solution est venue de la réa qui, par chance, conserve quelques machins per os pour les patients sortants. 

    Chef-Chéri a donc bu son petit Doliprane à l'aide d'une sonde d'aspiration verte coupée au bout, et glissée sous le masque. Le remède fut sans doute efficace, puisque mon co-interne est sortie de salle en un seul morceau, et non pas psychologiquement démembré.

    Enfin je me moque, mais être malade sur le champ, ça reste l'horreur intégrale.

    Ave, Caesar, malalateti te salutant.


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