• Capucines

    Les capucines ont traversé l'été, la saison est finie, ou presque. A la première gelée, l'eau de leurs tiges craquantes va cristalliser en un millier de paillettes froides et elles mourront, de cette belle mort des fleurs d'été qui deviennent molles et sombres, mais n'ont enduré nulle agonie longue et laide...

    Depuis qu'elles ont germé, depuis qu'une trentaine de tiges pâles a rompu l'écorce noire de leurs graines, les fleurs sont parties à l'assaut du ciel et de la haie. S'enroulant autour du grillage par de solides lianes, les capucines ont envoyé leurs longs bras en exploration à travers les lauriers du voisin, jusqu'à ce qu'une fleur écarlate s'épanouisse, non sans impudence, au sommet de la haie, et regarde le soleil en face au plus profond du ciel.
    Leurs feuilles rondes, d'un vert mat et doux, ont dissimulé le grillage sous leurs trois cent assiettes plates. La pluie y a perlé, sous les orages de printemps, en sphères de cristal indéchiffrables pour autre que les papillons qui s'y abreuvent, et la grêle les a battues, laissant, par endroits, une déchirure ronde à l'endroit où la glace céleste a frappé...

    Lorsque les capucines ont enfin fleuri et que leurs premières fleurs ont offert leurs pétales à la lumière d'été, une cascade de cuivre s'est mêlée aux écailles des feuilles frissonnantes... La forme baroque des fleurs, fragiles et odorantes, oscillait à la moindre brise et le bourdonnement d'une abeille suffisait à faire trembler les impalpables barbes qui ornent leur coeur. Sous un déluge de clarté, les capucines ont étalé les couleurs du drapeau irlandais et l'ont dépassé en éclat, car même la pluie de l'été n'a affaibli leurs teintes violentes.

    Elles ont longtemps gardé la face, malgré l'automne et les froids, ignorant avec entêtement le lever toujours plus tardif du jour et paradant avec grâce sous le ciel gris. Et elles restent encore belles aujourd'hui, mais de la beauté fanée d'une femme jadis rayonnante et que la vie a éteinte. Les longs tentacules partis dans la haie, coupés par le voisin, font semblant de ne pas remarquer leurs moignons blancs pointés vers le ciel, et l'armure de feuilles s'est éclaircie. Alors que les tiges pâlissent, les feuilles rondes ont perdu peu à peu leur velours et se sont un peu - si peu - desséchées et durcies. Mais les fleurs pâlies abreuvent encore de leur nectar les papillons au vol fatigué, et, aujourd'hui, ont profité du soleil avec des allures de convalescentes. Il ne leur reste que peu de temps avant le gel, quelques semaines tout au plus. Jusqu'au bout espérant, les capucines resserreront avec dignité leur jupe écarlate et, de leurs feuilles tremblant au froid, proclameront que l'été n'est pas mort, puisqu'il reviendra.

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