• Burn out et spécialités chirurgicales

    Allez, c'est l'heure de la biblio ! Tadam !

    (Pas d'inquiétude, ça reste un article light, et j'ai l'impression de bosser en faisant ça, c'est bon pour le moral).

    Parce que c'est facile de dire que les orthos sont des obsessionnels de l'asepsie et des rayons X.
    Parce que c'est facile de dire que les cardiaques sont des obsessionnels-compulsifs, tous autant qu'ils sont.
    Parce que c'est facile de dire que les maxillos sont des glandeurs détendus du slip qui n'opèrent jamais la nuit.
    Parce que c'est facile de dire que les thoraciques ne font que du cancer et que c'est déprimant (et d'abord c'est même pas vrai)
    Parce que c'est facile de dire que les chir ped se coltinent les familles à longueur de journée et que ça les use.
    Parce que c'est facile de dire que les neurochirs sont tous des insomniaques qui opèrent 23h/24 et le vivent bien. 

    Voici des faits !

    Ou, plus précisément, le niveau de burn out et de dépression inhérents à chaque spécialité, d'après les prestigieuses Annals of Surgery. 

    Lisons d'abord l'article ici sur le site de la revue, ou sur Medscape pour les abonnés (gratuit pour les étudiants, je le rappelle). Et comme nous avons une tablééééééteuh graphiiiiiiqueuh, faisons péter l'histogramme :

    Burn out et spécialités chirurgicales

    Remarque préliminaire : les States — qui font tout toujours mieux que la France — ont des spécialités qui n'existent pas chez nous. Personne dans son bon sens ne fait ici que de la transplantation ou que des polytrau. En dehors de ça, les spés sont à peu près superposables, même si je me pose des questions quant à ces digestifs qui ne feraient que du côlon/tube digestif. Qui ferait le foie et le pancréas ?

    Sans surprise, ce sont ces trauma surgeons qui ont le taux de burn out le plus élevé, à plus de 50 %. Chai pas pourquoi, mais je ne comprends pas pourquoi travailler en permanence dans l'urgence vitale des fameux trauma centers serait stressant. Les mecs, quand ils arrivent à cinquante ans, ils doivent trop rêver de la petite appendoc tranquille le dimanche matin, entre le café et la visite.

    Les transplanteurs exclusifs n'ont pas trop de burn out, par contre, qu'est-ce qu'ils dépriment. En proportion, ils dépriment juste un peu moins que les thoraciques/CCV. Est-ce que par hasard ce seraient des spés avec un taux de mortalité qui te plombe l'atmosphère ? (Je serais curieuse de voir les taux comparés de burn out des chir ayant une activité exclusivement tho et exclusivement CCV, d'expérience personnelle il devrait y avoir une différence). Les chir ped, eux aussi, dépriment proportionnellement beaucoup au regard des autres spés.

    Mais il y a aussi des surprises. En France, l'ORL et la CMF sont des spécialités réputées "tranquilles", de "petite chirurgie" (même si un gros chantier de carcino de la face, c'est pas "petit", 'fin bon, c'est ça les idées préconçues). Si l'uro est traditionnellement regroupée dans les spés de "vraie chirurgie" (soit souvent celles du DES de chir générale), elle offre une image plus calme que le viscéral, sans doute en raison du côté médical qui lui est inhérent (j'adore ce mot). Et pourtant, que de stress : ce sont les médaillés de bronze du burn out.

    Et dans tous ces chirurgiens répondeurs, combien ne referaient jamais ce métier si l'occasion leur en était donnée ?

    Burn out et spécialités chirurgicales

    Superbe histogramme qui pique les yeux, c'est fait pour, j'ai décidé de faire pleurer mon lectorat, et qui nous permet d'affirmer que les transplanteurs sont de gros masochistes, tout comme les pédiatres et les trauma surgeons. Ceux-là sont en burn out et dépriment à fond la caisse, mais ils aiment ça. Ou plutôt ils aiment leur spécialité au point de la faire passer avant leur bien être. Dans la meilleure lignée des clichés, les plastiques feraient volontiers autre chose de leur vie s'ils se retrouvaient de nouveau à 18 ans. Quels abîmes de vocation inassouvie doivent les hanter.

    Ou pas.

    Après tout, ce n'est pas un échantillon représentatif pour toutes les spés. Les conditions de travail étant drastiquement différentes entre les États-Unis et l'Europe, les résultats sont difficilement extrapolables. Et j'aimerais voir un profil psychologique des internes de chaque spé, avant qu'ils ne soient usés par le système ; ce serait marrant de voir se dégager l'orthopédiste type, l'ORL type...

    Enfin en gros, je crois qu'on peut dire que, si on choisit une spé exigeante et difficile au plan des horaires, au plan des interventions, au plan de la mortalité (d'autant plus si ce sont des patients jeunes), on a intérêt à aimer son boulot et à prendre des vacances de temps en temps, sinon ça va pas rester jouable longtemps.


  • Commentaires

    1
    **Mimi** Profil de **Mimi**
    Dimanche 23 Octobre 2011 à 21:56

    J'aime ta vision de la biblio :) Je ferais bien la même pour chaque staff...

    Bon, et pour le fond, on est vraiment des gros maso alors ? (mais est-ce si inattendu...?!)

    Au fait, dans ta liste des clichés, il manque une spé, ça m'aurait intéressée  

    Et j'ajouterais que comme facteur de risque de ras-le-bol, il y a aussi "faire une spé où tu dois réopérer tes patients 15 fois pour que ça finisse mal presque à chaque fois" (le célébrissime protocole PR(RRRRR)A(AAA)D). Hum.

    (sinon, pas mal ta nouvelle déco. Oui je sais ça fait un moment mais quand même)

    2
    Un Ancien
    Dimanche 23 Octobre 2011 à 22:47
    Intéressant et inquiétant.
    J'aimerai disposer des mêmes stats en France.
    Le burn out doit il être considéré comme un EPR ? (ou plus exactement comme situation porteuse de risque).

    A méditer à l'heure des choix...
    3
    Lundi 24 Octobre 2011 à 16:40

    Damned, we're screwed...

    4
    NP
    Mardi 25 Octobre 2011 à 20:10
    Là je rigole, je vois pas tout bien sur le téléphone mais il me semble qu'encore une fois les OPH ne sont pas des chirurgiens, même à la petite semaine et dans une salle de pansements. Personne ne nous aime, c'est trop dur !
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    5
    Mardi 25 Octobre 2011 à 22:00

    @ Mimi : pas encore de clichés sur les cowboys et cowgirls de vasculaire :p Quand j'y aurai passé six mois je pourrai en parler ! Vous en êtes encore à PR(RRRR)AD ? Les nôtres ont évolué : APRRRAD (Angioplastie)... Et merci pour la déco :)

    @ Un Ancien : idem, je rêve de voir des stats françaises, s'intéressant aux seniors et aux juniors, avec recherche d'une corrélation à la charge de travail et à la fréquence/gravité des complics post op.

    @ Simooooooon : yep.

    @ NP : faut croire qu'aux States les OPH n'opèrent pas ! Désolée de ne pas avoir relevé dans la discussion, on vous aime quand même, même si vous ne faites pas le DES de chir gé :) Comme les ORL, les neurochir... C'est la Famille !

    6
    Mercredi 26 Octobre 2011 à 07:26

    @ Mimi : j'oubliais, j'aimerais t'envoyer un mail/MP.

    7
    **Mimi** Profil de **Mimi**
    Lundi 31 Octobre 2011 à 18:46

    Me revoici, mon adresse mail doit apparaître cachée dans un coin non ? Je la note à chaque fois dans le formulaire des commentaires...

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