• Aux grands mots...

    J'étais en D4, en stage en réanimation médicale, le service où tu as ton ticket d'entrée si ce que tu as est à la fois 1. bien grave et 2. super chelou. J'ai beaucoup aimé, malgré mon niveau abyssal en antibiothérapies.

    Ce que j'aimais aussi, c'était faire Sherlock Holmes sur les dossiers des patients entrés la nuit. Genre non seulement on sait pas ce qu'il a, mais on ne connaît pas ses antécédents, ni même, une fois, son identité. J'aimais bien retrouver le médecin traitant au hasard de l'annuaire : "ah, c'était telle brigade de pompiers, on va les appeler pour savoir où ils l'ont retrouvé inconscient dans la rue, et ensuite appeler les médecins traitants des alentours pour savoir s'ils le connaissent."

    Un jour, on connaissait le médecin traitant grâce à l'ordonnance apportée par la famille du patient. Ma mission : lui téléphoner pour avoir les antécédents. En D4, j'étais une petite chose timide, particulièrement au téléphone.
    — Ouiii bonjour excusez-moi de vous déranger, je vous appelle du service machin, je suis externe. Cette nuit, votre patient, monsieur Truc, est rentré chez nous en défaillance multi-viscérale. On n'a pas ses antécédents, je me demandais si...
    — Ouais, alors le CHU qui m'appelle, ça commence à bien faire, hein.
    — Je voulais pas vous déranger, monsieur... C'est juste qu'on sait rien de lui...
    — Non mais c'est que j'ai pas que ça à faire, moi ! Bon, alors lui, il est diabétique, hypertendu, coronaropathe, insuffisant rénal chronique, il vit chez sa mère, il s'est pété l'avant-bras il y a deux ans, et il a des séquelles de diplégie cérébrale infantile.
    J'ai noté tout ça avec application, en tirant la langue comme les bons élèves, et j'ai demandé avec ma petite voix d'externe timide :
    — Excusez-moi, c'est quoi, une diplégie cérébrale infantile ?
    — Quoi, vous savez pas ça ? répliqua le gentil médecin traitant du monsieur intubé. La vache, de mon temps, l'externat c'était un concours ! Et vous allez passer l'internat et vous savez pas ça ? C'est à votre programme ! Apprenez d'abord vos cours, vous poserez des questions après !
    Il m'a raccroché au nez.

    Pour ne pas passer pour une tanche, j'ai cherché sur internet. Quand j'ai été un peu plus renseignée, je suis retournée voir mon interne.

    Et quand j'ai eu besoin d'un ou deux vaccins, j'ai changé de médecin traitant. Après l'avoir eu au téléphone comme ça, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais plus trop envie qu'il me soigne.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Janvier 2012 à 08:18

     Et bam pour le médecin traitant. Un patient de moins, un. Ce n'est pas nécessairement face à un patient qu'on évalue les capacités relationnelles d'un médecin. Ni face à un collègue. C'est bien face à quelqu'un de statut inférieur ... L'étudiant est à la quête de savoir, il fait une démarche volontaire de savoir dans le feu de l'action ce que c'est ... Il est en droit de poser la question, et un médecin dont le Serment parle de transmettre le savoir (et pas seulement s'il a le malheur de vouloir bosser en CHU). C'est le minimum vital que de répondre au moins brièvement à cette question.

    Bref, il est vilain.

    2
    docholiday
    Samedi 7 Janvier 2012 à 09:06

    Vu du côté du médecin traitant; en guise d'explication et non pas d'excuses, vu que le comportement du monsieur est un peu rude... Nous apprécions beaucoup que notre interlocuteur du CHU ou du CH se présente lors de son appel téléphonique. Il nous est plus agréable de communiquer avec un individu qu'avec l'institution CHU. Et dans ce cas précis, le fait d'annnoncer son identité aurait certainement aplani les difficultés relationnelles... et maintenu Stockholm dans la patientèle d'un agité du bocal!

    3
    Ssa
    Samedi 7 Janvier 2012 à 12:46

    Ah ben ça, ça doit être particulièrement décevant quand on croit connaître son "gentil médecin traitant" et qu'on découvre sa face cachée. J'aurai vraiment pas aimé: perso je suis très méfiante de nature mais après quelque chose comme ça il me serait d'autant plus difficile de faire confiance à un nouveau médecin traitant. Bon après on peut toujours se dire que la colère était dirigée contre le CHU et pas contre la personne qui appelle, ce qui est souvent le cas dans d'autres situations.

    4
    grumpy
    Lundi 16 Janvier 2012 à 20:44

    Ben oui, ça arrive qu'en pleine journée pourrie on en ai marre du téléphone; et oui, on jette salement le/la gentil/le externe ou interne... du Chu . Médecin installé, c'est pas toujours facile, d'ailleurs regardez! les petits jeunes ne viennent plus visser leur plaque. Ceci dit, moi je suis contente qu'on me phone de l'hosto pour avoir les ATCD voire mon avis sur mon/ma patient/e; ça me change de la remarque sympa d'un con  frère medecin (à l'hôpital militaire) à un mien patient; "bon: généraliste Me X ,cardio Me Y ,pneumo Me Z et alors vous n'avez pas de vrai médecin vous!"

    5
    tete...
    Vendredi 3 Février 2012 à 10:04

    bisous bisous


    un interne secret de neuro

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