• Au bloc : l'arrivée bis

    Si jamais cet article vous avait vendu du rêve (Mais dans quel grand hôpital cela se passe-t-il ???), voici ce qui se passe la suite de la semaine :

    Arrivée à huit heures moins deux dans le vestiaire (ohmondieujevaisêtreenretard). Et là, surprise : plus de tenues vertes taille 1. A la place, au choix :
    — tenue verte taille 5
    tenue usage unique, incarnation du Mal.
    Et ce, dès le mardi.

    Pourquoi donc ? Ne se sont changés, lundi, que deux internes, une externe, et deux anesthésistes. Cinq tenues. Ne me dites pas que la lingerie n'en a pas davantage ?

    Ce mystère a été élucidé par ma Co. Ne craignant rien, elle s'est approchée d'une aide-soignante et a crânement demandé : 
    — Euh... voui... bonjour, 'scusez-moi, mais, euh, pourquoi il n'y a jamais de tenues dans les petites tailles dans le vestiaire ?
    — Ah, ben c'est tout simple, enfin ! Personne ne se change là-bas, alors c'est pas la peine d'en mettre ! 
    — ??? [Co suffoquée]
    — Nous, on se change dans notre vestiaire. Les infirmières et les ASH aussi, et les IADEs au réveil. Personne ne se change en thoracique.
    — Ben, y'a les internes, pis nos seniors, les anesthésistes, et les externes aussi... 
    — Oh, si vous y tenez absolument, on vous mettra des tenues, a répondu l'aide-soignante, non sans désinvolture. Maintenant, j'ai une salle à faire, alors, hein.
    Morale de l'histoire : si on ne veut pas se promener à poil dans le bloc, ou en tenues usage unique (ce qui est pire), il faut pleurer pour avoir des tenues. 

    Ce qui me rappelle une anecdote arrivée il n'y a pas longtemps. Polytraumatisé arrivé au scanner, pneumothorax compressif, patient instable (fracture rénale), bref, un drain à poser dans de brefs délais, en salle de réveil.
    Je prends les devants et vais prévenir le réveil. Puis il faut chopper l'IBODE d'astreinte pour qu'elle amène le matériel de drainage. 
    J'arrive au réveil en surchaussures et surblouse, le monde est prévenu, mais pas d'IBODE en vue. On me dit d'appeler l'une des quinze salles de repos du bloc central ; ça sonne dans le vide et personne ne répond. 
    — Ah, pourtant, elles y sont, me répond quelqu'un du réveil (probablement IADE, mais, sous la tenue verte, tout le monde se ressemble).
    — Bon... ben je vais aller voir...
    Je regarde à droite et à gauche, personne (entendez, pas de madame ou monsieur le cadre de santé) dans le couloir. La salle de repos est à dix mètres. Une petite quinzaine de personnes y sont assises autour d'un gâteau au chocolat. Je n'en connais pas une, comme de juste. J'ai parlé dans le vide.
    — Oui, bonjour, je suis l'interne de thoracique d'astreinte, Stockholm... 'Scusez-moi de vous déranger, mais il y a un patient à drainer assez rapidement, alors si quelqu'un, enfin l'IBODE d'astreinte, quoi, pouvait préparer de quoi faire... Un drain double courant, calibre chai pô, 28, puis une boîte douze pinces, s'il vous plaît, non ne me regardez pas comme ça j'ai peur...
    Une digne personne a posé son café, m'a regardé d'un œil torve et froid et a énoncé :
    — Vous êtes en civil dans un bloc opératoire. 
    La température a chuté de dix degrés dans la pièce. Je l'ai regardée. J'ai repris courage et j'ai lancé :
    — Je n'en ai pas pour longtemps, et c'est urgent.
    — Peut-être, mais c'est un bloc opératoire.
    — Peut-être, mais vous n'avez pas répondu au téléphone.
    Quinze paires d'yeux hostiles, issus sans doute de neurochir, vasculaire, orthopédie, urologie et le reste, ont continué à me fixer.
    Alors, un ange est arrivé, sous la forme d'une IBODE de chez nous (qui avait oublié un truc dans son casier) :
    — Stockholm ! Coucou, comment ça va ? Tu es d'astreinte ? 
    — [soulagement] Oui, oh dis, s'il te plaît, il me faudrait de quoi drainer...
    — Bien sûr ! Viens avec moi ! On va passer par le circuit sale ! 

    Bref, si les externes se balancent au bas de la chaîne alimentaire dans les services de médecine (et je ne parle même pas des D1), au Bloc Central Du Grand Hôpital c'est l'Équipe Soignante qui est au sommet de ladite pyramide. Et gare à ceux qui se mettent en travers de son chemin. C'est simple, ils n'ont pas besoin de tenues.

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  • Commentaires

    1
    Mottate
    Samedi 19 Juin 2010 à 21:14
    Ouah, c'est plus du rêve que vous vendez, là, c'est au delà des mots, ça va être l'émeute générale pour prendre votre place ! La vie du Grand Hôpital, ça pardonne pas, on dirait...
    2
    *Mimi*
    Samedi 19 Juin 2010 à 22:43
    Aaaah, enfin le retour des pyjamas en papier ! 
    Et des étagères vides au vestiaire... (dans mon périph : le plein en tenues est fait à 10h... logique pour un lieu qui commence à vivre à 7h !)

    PS : Le gâteau au chocolat, il est plus propre que ta surblouse ??? Deux ans sans CHU, je commençais à oublier l'ambiance überfunky qui y règne - surtout au bloc. Merci pour la piqûre de rappel, je serai moins déroutée à mon retour à la Maison Mère...
    3
    Lundi 21 Juin 2010 à 22:15
    "à l'impossible nulle n'est tenue" (pas pu résister)
    avant d'aboutir en oph (tenue bleue de shtroumpf...)je détestais le bloc et son ambiance...
    à ma vacation hospitalière un jour par quinzaine régulièrerment c'est la bagarre pour trouver une blouse à mon nom(tt le monde me pique mes blouses) jusqu'à ce que l'aide soigante responsable des blouses m'offre une cache pour mes blouses ...faut dire que j'avais décidé de consulter "en civil" si on continuait à me chourer mes blouses.
    j'aime le gateau au chocolat dans un environnement "stérile"
    pour les interventions oph  les hygiénistes en font un max egalement : douche betadinée des doigts de pied aux cheveux ; mais une fois en post op immédiat j'ai examiné un patient porteur d'un kyste énorme sébacé  degueu sur la paupière qui n'avait défrisé personne.
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