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Foighidinn
par Stockholm, le 10 Mai 2008 à 12:58
Il y avait une fois - puisque toutes les histoires commencent ainsi, même les plus véridiques - il y avait une fois, donc, aux temps d'Edgar le Pacifique, roi d'Écosse, un roi nommé Leving. Son royaume était petit ; un cavalier hardi le traversait en une journée - et le seigneur de ces montagnes et de ces glens avait quatre fils. La grande Histoire a retenu le nom des trois plus jeunes : Thurston, Hugh et German. L'aîné, lui, bien que fils de roi et héritier du trône, est anonyme. Son père l'a voué à l'anathème, et ses frères lui ont succédé. Vous comprendrez pourquoi.
A cette époque, peu après l'an Mil, les fils de roi ne se mariaient point par amour, mais par soif d'alliances et de richesses. Et le vieux sire n'avait qu'un désir : marier son fils aîné à une riche héritière. Il lui présenta en vain, dans sa cour sauvage, les plus belles damoiselles de l'Écosse. Les filles des Normands aussi, ces riches barons venus du sud, il les lui montra, et nombre d'entre elles auraient troqué la molle cour de leurs pères pour une couronne de reine écossaise. Mais l'aîné refusait tous les partis ; riches et laides, jeunes et belles, aucune ne lui plaisait. Car l'aîné avait déjà trouvé l'amour... Ailsa NicLeòid, fille de berger en robe grise, plus fraîche que les fleurs, plus belle que l'aurore, plus gaie que l'oiseau un matin d'été. Et Ailsa, que les gardes auraient refoulé si elle avait voulu entrer au palais de pierre, Ailsa, immensément pauvre, pensait à son bien-aimé en voyant les jacinthes fleurir au printemps, car elles avaient la couleur de ses yeux, et elle devenait riche de cette flamme. Mais Ailsa voyait ces prétendantes en robes de soie, et elle avait honte de sa robe de laine - elle voyait leurs bijoux briller, et regrettait de n'avoir que ses tresses pour ornements. Mais plus que tout, c'étaient leurs fards qui la torturaient. Comment un fils de roi pourrait-il jamais préférer ses lèvres dépourvues de rouge à celles, roses et douces, des grandes dames de la cour ? Et Ailsa se rendait malheureuse ainsi...
L'aîné décida donc de lui offrir un baume pour ses lèvres, si cela pouvait l'apaiser. Le fils de roi chercha donc parmi les marchands de la cour, et les vendeurs ambulants, lequel aurait un rouge pouvant plaire à sa bergère. Mais aucun n'allait, trop rouge, trop criard, car aucun rouge ne pouvait être à la hauteur des lèvres rosées d'Ailsa NicLeòid...
Un jour, en rentrant de la chasse, le regard de l'aîné se porta sur une fleur du sous-bois. Sa couleur, d'un rose très pâle, était aussi tendre que les lèvres de sa mie, et le prince cueillit la fleur pour en faire un baume. Le soir, il écrasa les pétales et les fit macérer dans le miel et l'alcool - puis il filtra la décoction, enlevant les pétales et ne gardant qu'une fiole de liquide d'un rose devenu ardent. Il prit ensuite un baume velouté et y mélangea quelques gouttes, à peine, du philtre des fleurs. Le rouge était prêt ; sa couleur était celle du ciel au matin, et derrière son parfum de miel perçait encore l'odeur fraîche, un peu amère, des fleurs du sous-bois...
Aussitôt le soir venu, l'aîné donna rendez-vous à sa bien-aimée Ailsa ; les amants se rencontrèrent sous les frondaisons basses des noisetiers, où les étoiles brillaient entre les feuilles. Lorsqu'Ailsa sut que le prince lui avait apporté du rouge, ses yeux étincellèrent, et, certaine d'être belle, elle devint éblouissante. L'aîné prit un peu de baume et le passa sur les lèvres de la bergère ; à la lumière de la lanterne, il vit qu'elle était belle. Souriante, elle s'approcha de lui et, se sentant l'égale des dames de la cour, lui offrit ses lèvres pour la première fois. Las ! A l'instant où le prince l'enlaçait, Ailsa porta la main à sa tempe et, poussant un profond soupir, s'effondra, pâle autant que la brume montée de la mer. Les fleurs étaient empoisonnées, et le baume un philtre mortel... "Qu'ai-je fait !" cria l'aîné, serrant le corps inanimé dans ses bras. "Seigneur, qu'ai-je fait !"
Le fils de roi porta Ailsa chez ses parents, bergers, et l'étendit dans la paille de l'étable. Alors qu'il l'étendait, enveloppée dans sa cape grise, Ailsa poussa un nouveau soupir, et il sut qu'elle vivait. Son coeur battait, mais elle était comme morte - entre la vie et la mort, son âme errait, Dieu sait où, et son corps était comme une maison vide dont le maître a fui.
L'aîné appela le médecin de la cour, mais celui-ci, un noble vieillard, ne put que secouer la tête et dire que pareille maladie le dépassait - aussi le prince alla-t-il voir la sorcière.
Lorsqu'il entra dans sa maison, la sorcière s'occupait à filer - mais le rouet tournait seul et sans aide...
- Que désires-tu, fils de roi ? lui demanda la sorcière.
- Je veux savoir de quel mal est atteinte Ailsa NicLeòid, que j'aime, et comment la guérir.
- Nous le saurons bientôt, fils de roi. Assieds-toi et attend.
La sorcière alluma un feu dans la cheminée ; lorsqu'il ronfla et que les flammes jaunes éclairèrent la pièce, elle y jeta une poignée d'herbes et prononça un mot. Aussitôt, une épaisse fumée grise s'éleva des flammes ; dans l'odeur piquante qu'elle dégageait, le prince entendit la sorcière prononcer encore un mot. Dans la fumée se refléta son image, tel qu'il avait été ce malheureux jour où il avait vu la fleur, et les sous-bois aussi, verdissants, et les pâles fleurs empoisonnées, si belles, de la couleur exacte des lèvres d'Ailsa. Son image cueillit l'image de la fleur, puis il se vit préparant le baume fatal - oh, comme il aurait voulu crier à son image de cesser ! Et voilà le rendez-vous, et la jeune fille qui s'écroule ! Puis la fumée se dispersa, laissant le prince face à la sorcière, dont le visage était devenu grave.
- Je sais maintenant le mal qui ronge ta bien-aimée, fils de roi. C'est la Fleur des Fées que tu as cueillie, encore que l'on dise que le Peuple des Collines l'appelle Fleur des Morts. Aucun poison plus mortel n'existe ; la dague et la hart tuent moins sûrement. Mais le miel et le baume ont affaibli le poison, c'est pourquoi il n'a pas tué. Ton aimée n'est pas morte, mais elle ne peut vivre, car le venin circule dans ses veines et n'en partira pas.
- N'y a-t-il pas un remède, ô savante femme ?
- C'est ce que nous allons voir, dit la sorcière. Attends-moi ici, fils de roi, et ne touche à rien dans la pièce tant que je ne suis pas de retour.
La sorcière fut longtemps partie ; lorsqu'elle revint, elle avait un saumon entre les mains. Prenant la dague du prince, elle ouvrit le ventre du poisson et lut dans ses entrailles. Lorsqu'elle eut fini, son regard triste était empli de compassion.
- Seule une fleur peut défaire ce qu'a fait la Fleur ; tout poison a son antidote. Celui de la Fleur est le perce-neige écarlate, que nous appelons la Fleur Rouge. Elle ne pousse que sur les plus hauts sommets, là où l'herbe a reculé devant la neige, entre les pierres noires des montagnes. Et si, jadis, le perce-neige écarlate était courant, il est aujourd'hui disparu. Rien ne peut sauver Ailsa NicLeòid. Elle dormira, son coeur deviendra à chaque battement plus faible et plus lent, et ce jusqu'au moment où il cessera de battre pour l'éternité. Rien ne peut la sauver, fils de roi ; ce n'est au pouvoir d'aucun art, même le plus puissant. Dieu lui-même n'y pourrait rien.
L'aîné quitta la sorcière, déchiré entre la rage et le désespoir. Il retourna voir Ailsa, encore plus belle que dans la vie, bien que le poison la rende pâle, et partit loin, très loin.
Son père le roi, furieux, le fit chercher par tout le royaume et au-delà. Mais ses cavaliers revenaient chaque jour bredouille ; nul n'avait vu le prince, l'héritier avait disparu. C'est alors que le roi, apprenant l'histoire d'Ailsa NicLeòid, déshérita son fils à tout jamais, et que son nom fut effacé des livres royaux.
L'aîné était parti loin, là où les montagnes sont les plus hautes. Il escaladait inlassablement les pics les plus élevés, risquant cent fois sa vie dans les rochers instables, méprisant les précipices et les tempêtes, et cherchant toujours si un perce-neige écarlate ne pousserait pas sur le sommet nu et sans vie. Mais jamais il ne trouva son bonheur... Il avait visité les plus hauts monts d'Écosse : le Ben Lomond, le Cairn Gorm, et les montagnes de Glen Coe. Il avait bravé les démons du Ben Nevis, le plus haut de tous, et ceux du Lochnagar, mais jamais son regard avide ne trouva la Fleur Rouge qu'il cherchait. Et lorsqu'il eut grimpé sans succès sur la dernière montagne d'Écosse, son regard se porta, par delà le détroit de Sleat, sur les îles de l'Ouest... A Skye se trouvent les Cuillins, sauvages et nues, où le pied le plus aventureux hésite. Et Sgurr Dearg - le Pic Rouge - en est le plus inaccessible. Sept années avaient passé depuis la nuit fatale ; l'hiver était venu et reparti déjà six fois, et le monde reposait maintenant sous un épais manteau, pâle comme les joues de la bergère mourante. Mais le prince espérait toujours, et Skye était son dernier espoir.
Un pêcheur le transporta dans sa barque, et déposa le fils de roi sur les sables noir de Glenbrittle, au pied des Cuillins Noires, dont les pics acérés mordent le ciel et le défient.
Comment l'aîné traversa les tourbières gelées et marcha entre les bruyères, noires d'hiver, je vous laisse l'imaginer. De même que la longue marche sur les pentes raides où l'herbe avait pelé sous la neige, ne laissant que des pierres roulant sous le pied, où, pour trois pas en avant, on en fait deux en arrière... Glenbrittle et les pentes des Cuillins sont des endroits agréables en été, lorsque les alouettes et les mouettes se pourchassent en criant, mais, l'hiver, ils deviennent proprement démoniaques. Les vieux fantômes hurlent dans le vent où tourbillonnent les brumes, et la neige se plaque à vous pour vous étouffer de sa poudre glacée.
Après avoir manqué tomber cent fois dans l'abîme, après avoir passé la dernière limite de l'herbe et longé les crêtes de rochers instables, l'aîné parvint au sommet. Sgurr Dearg était au bout de cette arrête de pierres noires instables, où la tempête du vent est telle que la neige ne parvient pas à s'y accumuler. Et le prince suivit ce sommet de mort, et franchit tant bien que mal les rochers élevés du Pinacle Inaccessible.
Le sommet du Sgurr Dearg était un endroit terrible, hostile. La neige fouettait les roches de basalte, et une couche de glace les recouvrait par endroits. Rien ne pouvait vivre là, rien, jamais.
Et pourtant, lorsque le prince se laissa tomber de désespoir sur la neige glacée, il vit, dans l'anfractuosité d'un roc, la plus petite tache pourpre... Une fleur poussait là, un perce-neige, et chacun de ses pétales était plus rouge que le sang.
L'aîné cueillit la fleur avec une infinité de précautions ; pour la protéger du vent et du froid, il la déposa dans un linge replié qu'il rangea contre sa peau.
Descendre de la montagne était encore plus difficile et périlleux que d'y monter, mais le prince ne s'en rendit pas compte, tant la joie qui l'habitait était grande. Il avait trouvé le remède, Ailsa guérirait ! Mais alors qu'il traversait de nouveau la mer, sur la barque du pêcheur, une sourde angoisse l'étreignit. Et si le remède s'avérait pire que le mal, et si le perce-neige achevait de tuer Ailsa ?
D'après la sorcière, un seul pétale suffisait à contrer le poison ; le perce-neige en avait trois, et le prince décida qu'il essayerait le remède sur lui avant que de le donner à la mourante.
Une fois arrivé à terre, il voyagea en toute hâte vers le royaume de son père ; nul ne le cherchait plus, l'aîné pouvait voyager en paix.
Sept années de sommeil n'avaient pas changé Ailsa ; légère et pâle, elle reposait sur son lit de paille comme il l'avait laissée. Le prince s'agenouilla à ses côtés et sortit le perce-neige ; la fleur avait à peine séché, et sa corolle à demi flétrie était plus rouge que jamais. Il faillit donner sur le champ un pétale à la jeune fille et se retint, il fallait goûter avant.
D'une main qui tremblait un peu, l'aîné arracha un pétale de la fleur et le porta à sa bouche. Le goût en était doux ; le prince ferma les yeux, et sentit la fleur fondre et se disperser, amenant une vigueur nouvelle à son corps fatigué.
Puis il regarda Ailsa, et cueillit le second pétale pour le déposer dans sa bouche.
Hélas ! L'attente, ces quelques instants, avaient complété les sept années de lent empoisonnement ; la tête d'Ailsa roula sur le côté et, sans même un soupir, elle mourut avant d'avoir goûté l'antidote.
La patience du prince l'avait tuée...
L'aîné crut que son coeur allait se briser de douleur. Mais, n'étant ni de verre ni de porcelaine, il continua de battre. Et, alors que l'amant regardait, éperdu d'horreur, le corps de sa bien-aimée, le pétale du perce-neige qu'il avait mangé acheva son effet. Le coeur du prince battait désormais moins vite, mais plus fort ; pour dix battements d'un homme normal, ce coeur n'en fournissait qu'un. Un homme dont le coeur bat dix fois plus lentement voit son espérance de vie se décupler ; le prince était condamné, par sa patience, à vivre dix vies d'homme avant que de mourir. L'inattention d'une minute à peine avait tué Ailsa, et une existence de mille ans ne pourrait la racheter.
L'aîné quitta le pays et continua à vivre, prenant le nom de Foighidinn, qui veut dire patience. On dit qu'il vit encore, bien que son existence doive s'approcher de son terme, et qu'il garde le dernier pétale du perce-neige écarlate avec un soin jaloux. A quelles fins, nul ne le sait. Mais, le jour où il mourra, l'un de ses descendants - car il s'était marié plus tard - héritera du précieux remède. Et l'on dit - car on dit beaucoup de choses - qu'il ira le déposer au sommet du Sgurr Dearg, et que de la fleur desséchée renaîtra l'espèce entière des Fleurs Rouges des montagnes.
D'après le court-métrage Foighidinn de Simon Miller (2005), avec Aonghas Padraig Caimbeul, Raonaid NicLeoid, Fiann MacLeod.
4 commentairesLe dernier MacInnes
par Stockholm, le 6 Avril 2008 à 20:21
Le clan MacInnes, originaire de l'ancien royaume irlandais de Dalriada, est implanté dans les Hébrides depuis le Moyen-Âge, lorsque les drakkars vikings terrorisaient encore la population... Mais ils n'ont plus de chef depuis le milieu du XIVème siècle. Voici l'histoire.
Le chef MacInnes de l'époque s'occupait de politique. Depuis son château d'Ardtornish, à Morvern, les évènements survenant dans toute l'Écosse ne le laissaient pas indifférent... Et voilà qu'un certain Robert Stuart, petit-fils du grand Robert Bruce et neveu du roi David, semble en position de monter sur le trône. En effet, le roi David était prisonnier en Angleterre, et Robert régentait le royaume... Il a une fille en âge d'être mariée - une alliance doit être établie. Mais MacInnes est déjà marié, et il a des fils. Répudier sa femme est impossible, car quels motifs invoquer ? La solution est là, à portée de main : John d'Islay, chef du clan MacDonald et Seigneur des Iles, un vieil allié... Celui-ci aussi est marié, elle s'appelle Amie, ils ont des fils, mais qu'importe, la raison d'État l'emporte, et John divorce d'Amie, sur les conseils de MacInnes. Oh, le divorce est équitable, pour l'époque, et les fils d'Amie garderont l'héritage, même si la jolie Margaret Stewart lui portait une douzaine d'enfants.
Oui, mais Amie ne l'entend pas de cette oreille. On ne divorce pas impunément d'une femme comme elle ! Se venger, oui, mais comment ? John d'Islay était très bien en cours, s'attaquer à lui aurait été maladroit. Mais celui qui l'avait conseillé au sujet du fatal divorce en payerait le prix...
Au moment de faire ses valises et de quitter le château du Loch Finlaggan, Amie se répandit en commentaires désobligeants sur cette demeure dont on la chassait. C'était humide, la vue était moche, les gens désagréables mais alors mais à un point ! C'était bien simple, même les visiteurs s'en apercevaient ! Tenez, MacInnes, la dernière fois qu'il était venu, il n'avait rien dit à John par politesse, mais il avait trouvé que ça puait dans sa chambre, au point qu'il avait cru dormir dans un chenil ! ce qui faisait également le procès de la décoration intérieure...
Le sang du Seigneur des Iles ne fit qu'un tour. MacInnes osait critiquer son hospitalité ? Il osait dire qu'on faisait coucher les invités dans un chenil amélioré ? L'insulte était patente ! Ça n'allait pas se passer comme ça !
C'est le clan MacLean qui se chargea des meurtres... Le sang coula au beau château d'Ardtornish, sur le détroit de Mull battu par les vents. MacInnes et ses fils furent assassinés, et les MacLean reçurent les terres d'Ardgour en signe de reconnaissance. Depuis, le clan MacInnes est dépourvu de chef, et Amie MacDonald a indirectement obtenu satisfaction.
Une belle vengeance écossaise...
aucun commentaireDix mille visiteurs
par Stockholm, le 22 Mars 2008 à 22:45Et dix mille mercis à vous, qui vous acharnez à lire régulièrement mes critiques de livres/films, qui supportez patiemment les articles de gaélique (le prochain arrive demain, juré, craché), qui cliquez sur mes liens bizarres et regardez mes vidéos.
Vous en avez, de la constance !
Et pour fêter ça, une petite vidéo ressortie des archives : champagne !
C'est reparti pour un tour !
2 commentaires17 Mars 2008
par Stockholm, le 17 Mars 2008 à 19:48 (modifié le 18/03/2008 à 14:07)
Je sais ce que je veux faire. C'est tout.James Horner - Main Title
3 commentairesLe Taureau de Glenelg
par Stockholm, le 7 Mars 2008 à 20:29 (modifié le 08/03/2008 à 20:50)
Dans des temps reculés, Rory Mòr (le grand Rory), l'un des chefs MacLeods, un descendant de l'époux la fée, avait hérité de son ancêtre un certain succès auprès des dames... Peu pressé de se marier, il courtisait inlassablement les femmes de son entourage, et ne tarda pas à tisser des liens fort peu conjugaux avec l'épouse d'un homme de son clan, Frasier de Glenelg. Le mari, peu coopératif, se montrait d'une jalousie peu pratique pour les deux amants, et MacLeod et sa maîtresse avaient donc peu d'occasions pour se voir.
Mais, un jour, la chance leur sourit... En effet, le mari, ayant affaires ailleurs, partit en voyage, leur laissant le champ libre.
MacLeod décida donc, fort raisonnablement, de passer la nuit auprès de sa belle. Il arriva chez elle le soir, et ils goûtèrent aux joies de l'amour avant de tomber endormis.
Etant tout de même chef de clan, Rory Mòr avait pris la sage précaution d'emporter avec lui l'un de ses amis, pour guetter, on ne sait jamais, un sale coup des MacDonald était toujours possible. Le pauvre type - l'histoire a oublié son nom - avait passé sa soirée et sa nuit à faire le guet (j'espère qu'il avait prévu la ration de whisky pour se désennuyer !). Et, à l'aube, au moment où il commençait à dodeliner de la tête, il vit Frasier, le mari, arriver au loin sur la route (Sans doute qu'il n'y avait pas de brouillard ce jour-là.) Son sang ne fit qu'un tour, et il courut réveiller son seigneur pour le tirer du lit de sa conquête. Jamais MacLeod ne s'était habillé aussi vite...
Le voilà courant à travers Glenelg, filant du côté opposé à la route, et n'ayant qu'une hâte, quitter le terrain découvert des tourbières pour éviter la colère compréhensible de l'époux légitime. MacLeod manqua tomber une ou deux fois dans l'eau couleur whisky, mais il finit s'être éloigné assez pour ralentir un peu et reprendre son souffle. Tout ça pour se trouver nez à nez avec une autre bête à corne - un taureau de belle taille, qui n'appréciait pas franchement la présence de cet intrus dans son champ. La rumeur voudrait d'ailleurs que son propriétaire n'ait été autre que le mari cocu.
Rory MacLeod était coincé : derrière lui, les tourbières et le mari, devant, un taureau prêt à charger. Et, bien sûr, il n'avait pas emmené son épée avec lui pour une nuit d'amour...
Mais, s'il n'avait pas d'épée, il avait un dirk glissé dans sa ceinture, comme tout Ecossais qui se respecte. La lame d'un dirk est à peine plus longue que celle d'un poignard, mais elle est particulièrement tranchante, et c'est avec cette simple dague que MacLeod se prit à jouer au torero.
La suite, comme on dit, appartient à l'Histoire.
MacLeod a tué le taureau et, étant doté d'un naturel jovial, il coupa l'une des cornes du taureau pour la garder en souvenir de la nuit où il avait fait cocu le mari de la belle. Il a ramené la corne à son château de Dunvegan et l'a faite monter en coupe, sans doute pour boire à ses succès, et le taureau est devenu l'emblème des MacLeods...
Depuis, chaque héritier MacLeod doit boire le contenu de la coupe, remplie de vin rosé, pour accéder à l'âge d'homme. Quand on sait que la contenance est de plus d'un litre, et qu'il faut vider la corne d'un seul trait, sans reprendre sa respiration ni s'étrangler, on apprécie mieux la robustesse des seigneurs de Dunvegan !
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Quelques textes, des livres et des films, de la musique et du gaélique... 
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