Chirurgie & Cie
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La pince d'Adson
par Stockholm, le 22 Août 2008 à 18:46Description
La pince d'Adson appartient, comme la <DeBakey>, à la famille des pinces à disséquer. Mais comparer une Adson et une DeBakey, c'est comme mettre côte à côte une Smart et un monospace. J'entends déjà les grincheux "Oui, mais il y a aussi de petites DeBakey". D'accord pour les puristes, mais même une DeBak' de format réduit possède des mors plus épais que l'Adson.
C'est en effet dans ses mors que réside la spécificité de l'Adson. Avec ou sans griffes, ils ont la finesse de pattes d'insectes. D'après le site d'un fabriquant, leur diamètre est de deux millimètres, pour une pince de 15 centimètres de long - l'un des plus grands modèles, car les Adson les plus courantes sont un peu plus courtes (12 cm) et un tantinet plus fines. Ce sont ces mors qui donnent à la pince d'Adson son air reconnaissable entre tous : dans les pinces larges (pour une bonne préhension) à bouts fins (pour la délicatesse), il n'y a qu'elle.
L'Adson va donc servir à tenir un élément pour permettre au chirurgien de le dégager ou de l'isoler (rôle de pince à disséquer) et, plus important, elle va permettre de tenir en finesse. Une Adson est assez lâche - elle serre beaucoup moins qu'une DeBakey, ce qui lui confère plus de délicatesse. Les pinces oscillent toujours entre deux impératifs : offrir la meilleure tenue possible (robustesse) sans léser les tissus (délicatesse). De part la faible surface de ses mors, l'Adson perd en robustesse, mais elle permet par là même la préhension de structures délicates facilement lésées. C'est pour cette raison qu'on la trouve dans les boîtes de maxillo et de chirurgie de la main.
L'adjonction de griffes permet de compenser le manque de robustesse des Adson, mais il les rend aussi plus traumatiques. Une Adson à griffes pourra être utile pour tenir un élément de petite taille assez résistant - on pourra donc l'utiliser pour suturer, poser des agrafes... Toutefois, attention au tissu graisseux sous-cutané : le prendre avec une Adson à griffes, c'est risquer de se retrouver plein la pince de petites billes de graisse toute jaune, et c'est ben chiant après. Par contre, on n'a pas vraiment inventé mieux pour suturer - le tout est de mordre dans du tissu solide !
Alfred Washington Adson
Alfred Washington Adson est né en 1887 dans l'état américain de l'Iowa, de parents immigrés norvégiens. Sans doute lui aussi atteint du virus de la migration, il étudia la médecine à l'université du Nebraska, et c'est en Pennsylvanie qu'il obtint son diplôme en 1914.
Le jeune chirurgien trouva aussitôt un emploi à la jeune, mais déjà prestigieuse, clinique Mayo. Résident, puis praticien en 1918, Alfred Adson s'orienta dès lors vers la neurochirurgie - sa formation initiale était celle d'un chirurgien général. Sa première publication, en 1919, est le reflet de son intérêt pour une neurochirurgie encore balbutiante - une discrète étude clinique des anastomoses nerveuses. Rien de bien original, a priori, mais pourtant... Chef du service de neurochirurgie de la clinique Mayo en 1921, Adson conserva ce poste jusqu'à sa retraire en 1946.
C'est pour ses travaux sur le syndrome du défilé costo-claviculaire que les étudiants retiennent aujourd'hui son nom. Le signe d'Adson (abolition du pouls radial en inspiration profonde avec rotation controlatérale de la tête) fut décrit pour la première fois en 1927, dans un article de la revue Annals of Surgery (Adson AW, Coffey JR - "Cervical Rib", Ann. of Surg. 85;839 pour ceux qui sont intéressés). Si à l'époque le rôle d'une côte surnuméraire était bien reconnu, Adson fut le premier à étudier la place du tendon du scalène antérieur dans la compression du paquet vasculo-nerveux. Vingt ans plus tard, en 1947, il publia un nouvel article compilant l'expérience de deux décennies de traitement chirurgical de ce syndrome.
Réduire Adson au signe et à la manoeuvre qui portent son nom est pourtant injuste. Contemporain de <René Leriche>, il a étudié comme lui le système nerveux sympathique (ce devait être à la mode !). Le neurochirurgien américain introduisit ainsi la sympatectomie comme traitement du syndrome de Raynaud (1932). Mais là où Leriche pouvait approfondir une chirurgie viscérale déjà relativement développée, Adson se trouvait face à une spécialité cruellement négligée dans le passé. Opérabilité des tumeurs cérébrales, drainages des abcès cérébraux, prise en charge des ostéomyélites des os du crâne, fistules crâniosinusiennes, tumeurs rachidiennes... Alfred Adson a largement contribué au défrichement de quasiment tous les champs de la neurochirurgie - crâne, rachis, système végétatif, infections, tumeurs ; s'il s'était intéressé à la traumatologie, le tableau aurait été complet.
Alfred Washington Adson est mort en 1951. Nul doute que l'apparition des nouvelles techniques neurochirurgicales l'aurait passionné - spécialité toujours à la pointe de son temps, la neurochirurgie, qui manque aujourd'hui de praticiens, doit beaucoup de choses à ce fils d'émigrés scandinaves.
Aller plus loin
Seyed Behrooz Mostofi - Who's who in orthopedics (disponible sur <GoogleBooks>)
Craig MW - "Alfred Washington Adson, pionneer neurosurgeon, 1887-1951" Trans Meet Am Surg Assoc Am Surg Assoc. 1952
aucun commentaireLes ciseaux de Metzenbaum
par Stockholm, le 16 Août 2008 à 20:24 (modifié le 16/08/2008 à 22:04)Description
Les Metzenbaum. Mes chouchous : j'ai mis près d'une semaine à retenir leur nom. Ils sont beaux, ces ciseaux, non ? Fins, beaucoup plus que les Mayos, mais pas trop. Des lames d'une courbure profondément esthétique, relativement courtes par rapport au manche, d'où une précision affinée... J'adore les Metz. En voir une paire me remplit de joie. En plus, ce sont des stars de la maxillo - que demande le peuple ?
Les ciseaux de Metzenbaum coupent, c'est un fait établi, mais ce n'est pas comme ça qu'on s'en sert. Ces ciseaux servent à disséquer, traduction, à écarter les tissus et individualiser les plans. Couper ne sert qu'à détruire - pour disséquer, il faut écarter sans dommages. C'est là que les Metzenbaum interviennent. En ouvrant les lames, les tissus mous sont repoussés par les bouts mousses. Tout l'art est de bien positionner les ciseaux avant de les ouvrir ; la pointe fermée doit se trouver sur la ligne du plan à ouvrir, et le plan des lames doit être orienté en conséquence. Ce sont les Metzenbaum qui décollent les structures et les individualisent. Ce sont les ciseaux de la finesse et de la précision.
Ceci dit, les Metz peuvent aussi être utilisés en coupe. Après avoir ligaturé un vaisseau, ils le sectionnent pour mieux avancer. Et, s'ils taillent parfois dans les tissus, ce n'est pas leur fonction première.
Une variante des Metzenbaum est utilisée en coelioscopie ; ce sont les mêmes, mais avec le manche des instruments de coelio. On peut également les raccorder à la monopolaire - vive l'odeur de cochon grillé (ou pas) - pour effectuer l'hémostase tout en progressant en coupe ; ils sont alors recouverts d'une couche noire isolante, et seules les lames conduisent le courant. D'ailleurs, c'est plutôt emmerdant à nettoyer. Mais ils sont tellement beaux qu'on leur pardonne facilement...
Myron F. Metzenbaum
Myron Firth Metzenbaum est un chirurgien américain né le 1er avril 1876 à Cleveland, dans l'Ohio. Diplômé en 1900 de l'école de médecine de la Western Reserve Universitu, après avoir effectué son internat à l'hôpital Saint Alexis, Metzenbaum effectua un post-doctorat en Europe (1901), travaillant ainsi à Vienne et Londres, et se spécialisant dans la chirurgie de la tête et du cou.
De 1903 à 1905, Myron Metzenbaum enseigna l'anatomie à l'université de Cleveland. Il travailla sur des sujets variés, à l'époque où la frontière entre ORL et maxillo était encore floue (d'ailleurs, elle l'est toujours un brin) ; c'est ainsi que Metzenbaum décrit des méthodes de reconstruction du nez comme du larynx.
Qui dit chirurgie de la face dit cancérologie, et Metenbaum publia en 1904 le fruit de ses recherches sur l'utilisation médicale du radium - six ans seulement après sa découverte par Marie Curie.
Il innova par ailleurs en déterminant une méthode pour corriger les luxations du septum nasal cartilagineux chez l'enfant, publiée en 1911. Et, avec ses fameux ciseaux, Metzenbaum perfectionna l'amygdalectomie.
Mais la reconstruction est une voie tentante lorsqu'on se met à toucher au visage, et Myron Metzenbaum n'y coupa point... Il compara en 1929 la réinsertion d'un septum luxé et sa résection sous-muqueuse, en faveur du traitement conservateur. En 1936, il étudia la reconstruction d'un nez anciennement traumatisé, à l'aide des os et du cartilage existant. Ces travaux contribuèrent à assurer à Myron Metzenbaum une place d'autorité internationale sur les techniques de reconstruction faciale.
Comme l'anesthésie n'était jamais bien loin de la chirurgie en ces temps héroïques, Myron Metzenbaum développa l'utilisation de l'éther en tant qu'anesthésiant à son hôpital du Mont Sinaï (1903) et fut également un pionnier de la chirurgie sous analgésie. Toujours dans un axe médico-chirurgical, Metzebaum étudia aussi l'utilisation de la scopolamine dans la chirurgie ORL.
Sculpteur amateur, Myron Metzenbaum avait bien trouvé de quoi utiliser ses mains dans sa vie professionnelle. Marié en 1912, il eut deux filles, Louise et Jane, avec son épouse Elsa.
Myron Metzenbaum est mort le 25 janvier 1945, en nous laissant une belle paire de ciseaux...
Aller plus loin
Les ressources disponibles en ligne étant assez éparses, une bibliographie complète est impossible. Pour ceux qui ont un abonnement PubMed, l'article Myron F. Metzenbaum, MD: innovative surgeon, caring physician. (Metson R, Otolaryngol Head Neck Surg, 1994 Jun;110(6):477-81.) contient sans doute une biographie complète de Myron Metzenbaum. J'aimerais bien pouvoir le lire, d'ailleurs.
aucun commentaireAvis de recherche
par Stockholm, le 15 Août 2008 à 17:32 (modifié le 17/08/2008 à 15:00)Blogueuse amatrice de chirurgie cherche personne disposant d'informations sur le docteur Adson, prénom inconnu, probablement chirurgien vasculaire du début du XXe siècle, ayant travaillé sur le syndrome du défilé costo-claviculaire (manoeuvre d'Adson) et ayant laissé son nom à une petite pince à disséquer.
Edit : c'est bon, j'ai trouvé, PubMed rules.
aucun commentaireDe fil en aiguille
par Stockholm, le 8 Août 2008 à 17:43
Petit break dans l'histoire de la chirurgie pour s'intéresser aux différents types de fils. Les chirurgiens adorent coudre, c'est connu depuis le papyrus Smith, il y a plus de 4000 ans... Hippocrate, puis Avicenne, ont étudié les sutures, et l'école de Bologne (XIIe siècle) a établi qu'il ne faut pas suturer une plaie souillée. La petite chirurgie, comme la grande, ne date pas d'hier !
On distingue deux grands types de fils, les résorbables et non résorbables.
NB : les marques utilisées le sont à titre d'exemple - il s'agit des fils utilisés dans les blocs où je suis passée, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'autres marques, peut-être meilleures.
Fils résorbables
Historiquement, ces fils étaient faits de catgut - soit à partir d'intestins de moutons, chevaux etc (matière interdite en France depuis 2001 seulement ; les fils synthétiques restent une invention récente). Ils sont résorbés selon un temps variable - la solidité est assurée pendant 10 à 14 jours pour le Vicryl Rapide®, 21 jours pour le Monocryl®, 35 jours pour le Vicryl® normal, et jusqu'à cinq ans pour les fils d'or (!) utilisés en chirurgie plastique.
Les résorbables sont en général transparents (ce qui se révèle parfois assez malpratique pour les plus fins) ; c'est le cas du Vicryl Rapide® et du Monocryl®, par exemple. D'autres sont colorés : ainsi, le Vicryl© est violet, et le Monocryl® est "ambré", d'après le fabriquant (si j'avais le temps, je vous raconterais l'histoire du chirurgien qui gueule parce que le fournisseur a changé et que la nouvelle marque de fils toufintoufins de microchir est incolore, et qui jure que la prochaine fois il n'opère pas si on ne lui redonne pas la vieille marque).
Le Vicryl® et le Vicryl Rapide® sont en outre des fils tressés ; ils comportent de nombreux filaments, ce qui leur confère une excellente souplesse et rend les noeuds extrêmement solides. Revers de la médaille, le noeud peut se bloquer avant d'avoir été poussé jusqu'au bout (particulièrement ennuyeux en endoscopie et coelioscopie). Ils vont se résorber plus vite, et de manière donc plus inflammatoire, que les monofilaments comme le PDS®. En raison de leurs nombreux filaments, ils ont un effet capillaire ; certains se colorent immédiatement en rouge au contact du champ opératoire (encore une fois, pas toujours pratique pour les repérer). Les monofilaments, lisses et plus rigides, glissent mieux lors des sutures, le contrepied étant que les premiers noeuds ont tendance à glisser et qu'il faut bien serrer si on ne veut pas recommencer dans les deux minutes qui suivent. Ces monofilaments sont également moins traumatiques pour les tissus suturés et n'y adhèrent pas.
A quoi servent les résorbables ? A se résorber... (tonnerres d'applaudissements de la foule en déliiire)
On les utilise particulièrement pour les surjets et les points sous-cutanés - c'est beau, c'est net, et il n'y a pas à faire enlever les fils, ce qui est largement plus pratique. C'est la seule utilisation visible par les patients, mais il y en a d'autres... En peropératoire, les résorbables seront utilisés pour maintenir différents plans entre eux (chirurgie reconstructrice), mais aussi pour ligaturer un (petit) truc qui saigne, pour fixer un élément baladeur ou trop lâche...
Fils non résorbables
Aux temps héroïques, les fils non résorbables étaient souvent enduits de cire. Du fil, quoi.
Les fils non résorbables sont toujours colorés (sans doute parce que sinon l'infirmière s'arracherait les yeux pour les enlever) ; le Prolène®, par exemple, est bleu. Ces fils, très neutres, inaltérables, ont beaucoup plus de souplesse que les résorbables.
On retrouve ici aussi la distinction tressé/monofilament. Pas la peine de se voiler la face, dans les non résorbables, ce sont les monofilaments qui ont la cote. Tout simplement parce que c'est l'idéal pour suturer (points séparés, surjets... tout est possible), et bien. Leur aspect lisse limite le traumatisme des tissus suturés (vive Leriche et sa chirurgie non traumatique !), et ce sont des fils très maniables. Les noeuds tiennent facilement, mais pas trop - je les adore.
Les fils tressés conservent toutefois une place de choix, même si elle est plus restreinte. Ainsi, le lin est encore utilisé dans certaines ligatures, car il ne glisse absolument pas, et la soie, très souple, fait de très bons noeuds. Ces fils sont parfois cirés afin de mieux coulisser. On peut les utiliser, outre les ligatures, pour les cerclages en chirurgie gynécologique, et, de manière plus générale, tout ce qui nécessite d'être fixé de manière solide et définitive à l'intérieur d'un corps. Les Redons (drains) sont fixés à l'aide de non résorbable de gros calibre, et on peut aussi confectionner des bourdonnets avec (greffes de peau principalement).
Numérotation des fils
Chaque type de fil existe en plusieurs diamètres. Comme pour les plombs de chasse, plus le chiffre est élevé, et plus le fil est petit. Le fil 0, c'est du câble de pêche ; il ne manque plus que l'hameçon au bout. Puis il y a le 1/0, le 2/0, et ainsi de suite jusqu'au 11/0.
Le 3/0 et le 4/0 sont les plus utilisés pour les sutures cutanées ; j'ai une petite préférence pour le 4/0 car il est plus fin, possède une aiguille plus petite, plus courbe (donc plus précise), et les noeuds tiennent plus facilement que sur du 3/0. Ceci dit, quand on bricole sur des zones de forte tension, le 3/0, c'est pas du luxe. En gros, si vous voulez me faire plaisir un jour où je suis de garde, donnez-moi une jolie plaie de face à suturer au 4/0 avec un vrai plateau à sutures, et pas une merde à usage unique. Ça, pour moi, c'est le pied intégral, même en plein milieu de la nuit. Enfin bref, ça, tout le monde s'en fout.
A partir du 6/0, ce sont les fils utilisés en microchirurgie et en chirurgie ophtalmologique. Le 6/0 est encore jouable sans lunettes loupes, pour un opérateur entraîné, et, à partir du 8/0 (je crois), l'emploi du microscope est indispensable.
Les aiguilles
Tous les fils ne sont pas montés sur des aiguilles ; beaucoup sont également fournis en bobine, afin de pouvoir être utilisés plus facilement pour ligaturer.
Mais avant d'entrer dans les détails, je dois faire exploser une fausse croyance, que j'ai pensée vraie jusqu'à ce que je mette les pieds dans un bloc opératoire. En chirurgie, ce n'est pas comme en couture : le fil est fixé à l'aiguille. On ne l'enfile pas.
Voilà, c'était la révélation de l'année 2008.
Donc, l'aiguille est fixée au fil. Elle est également du même diamètre que le fil - il ne faut pas que le trou soit trop gros, ni trop petit. Je vous laisse imaginer la finesse d'une aiguille de 6/0 et plus...
Si les aiguilles des fils à peau sont droites, toutes les autres (soit 98% du marché, je pense...) sont courbes. Le rayon de courbure varie avec la taille de l'aiguille, de même que la longueur. Ainsi, une aiguille de 4/0 sera plus petite et plus courbe qu'une aiguille de 2/0. Ce qui explique pourquoi les boîtes comprennent différentes tailles de porte-aiguilles : on ne prend pas un truc avec des mors de la taille de ceux d'une Kocher pour une aiguille toute fine de 6/0.
Pourquoi utiliser des aiguilles courbes ? Parce que c'est tellement plus simple... Une fois l'aiguille plantée dans la peau (ou le tissu à suturer), une simple rotation du poignet (un mouvement de supination, pour les snobs) suffit à faire ressortir l'aiguille de l'autre côté, sans forcer, et avec précision (enfin ça, ça dépend de qui tient le porte-aiguille). La classe internationale étant de faire un point simple en un seul geste, mais ça, il faut en avoir posé quelques-un avant de pouvoir y arriver.
Certains fils, principalement ceux utilisés en coelioscopie, sont dotés de deux aiguilles, une à chaque extrêmité du fil - et attention aux mains qui traînent quand le fil passe, c'est comme le Magyar à Pointes, aussi dangereux à l'arrière qu'à l'avant.
Les aiguilles sont un critère marketing important ("Ah non, je ne veux pas de ce fil, les aiguilles sont chiantes"), mais elles servent également à catégoriser l'utilisation des fils. Je m'explique.
Toutes les aiguilles sont pointues, n'est-ce pas monsieur de Lapalisse, mais pas de la même façon. Certaines ont une coupe ronde. D'autres ont une coupe triangulaire. Si vous regardez les illustrations du début de l'article, c'est indiqué sur l'emballage. Vous voyez le petit triangle noir, à gauche de l'emballage du Vicryl Rapide®, au-dessus du rayon de courbure et sous le diamètre ? C'est la marque que l'aiguille est triangulaire.
Il existe ainsi des aiguilles triangulaires, des aiguilles rondes et des aiguilles plates. En général, on dit que les rondes sont les moins traumatiques - on les préfèrera donc pour un tissu risquant de saigner plus que la moyenne. Toutefois, des aiguilles triangulaires atraumatiques particulièrement acérées existent ; elles permettent des points plus précis avec une trace minimale de l'aiguille (Vicryl® 3/0 ci-contre).
Se retrouver dans ces différentes sortes de fil prend un certain temps ! Et on se trompe souvent, au début...
J'espère que cet article pourra être utile à des Padawans en manque d'information, avec une pensée émue pour la chef de pique-nique complètement barrée qui nous avait fait un cours sur les fils en D1, avant de nous faire nous entraîner sur des pieds de cochon...
aucun commentaireLa pince de Kocher
par Stockholm, le 2 Août 2008 à 21:04Description
La pince de Kocher est d'une particulière robustesse. En général droite, avec ou sans griffes, elle est grosso modo utilisée pour tirer sur les trucs. Péritoine, tendons... La Kocher écarte un plan en traction, clampe des vaisseaux ; elle fait ce que les Leriche et autres Kelly sont trop faibles pour réaliser, mais s'arrête net lorsque la délicatesse est nécessaire. Sans elle, point de salut ; c'est l'auxilliaire indispensable des écarteurs quand on se met à parler de viscéral intéressant. La Kocher peut également servir de pince repère - bien qu'elle soit un peu épaisse pour tenir un fil, on a du mal à trouver mieux pour les lacs.Bref, la Kocher, c'est le gros bras du bloc opératoire. Et Dieu sait qu'elle fait bien son travail. Mais si ses mors épais sont tout ce que demande le peuple pour maintenir avec efficacité, ils peuvent parfois représenter un handicap. Pour suturer avec une aiguille fine, par exemple...
Dans les kits de suture à usage unique (oui, les merdes qu'on donne aux urgences, où les ciseaux sont en plastique et où la pince à disséquer est pire que la pince à épiler de ma salle de bains), une Kocher remplace parfois le porte-aiguille. Ce qui peut vous faire adoooooorer de l'aide-soignant(e) lorsque, à une heure du matin, vous avez à suturer une plaie de face bien merdique, à la limite de l'avis maxillo, et que vous exigez un vrai plateau à suture, après avoir essayé de bidouiller avec la merde jetable. Pour ces cas-là, en cas d'aide récalcitrant, je conseille de sortir du box en restant en stérile (attention, bien ouvrir la porte avec le coude sinon on a l'air con avec la faute de la mort kitu), se planter au milieu des urg et gueuler jusqu'à ce que plateau à suture s'en suive. La classe étant de retourner aussitôt après dans le box et de remercier tout gentiment la personne qui vous apporte le plateau (on peut fermer la porte en la poussant violemment avec le pied si la garde a été dure, mais c'est optionnel).
La Kocher, c'est aussi la pince qui tient le rouleau de collant à la poche inférieure droite de la tenue de toute infirmière qui se respecte. Très multifonction, comme objet, vous voyez.
Emil Kocher
Emil Theodor Kocher est né en 1841 dans la ville suisse de Berne. Docteur en médecine en 1865, il succéda sept ans plus tard à Lücke, son maître parti à Strasbourg, en tant que Professeur Ordinaire de Chirurgie et Directeur de Clinique Chirurgicale. Emil Kocher conserva ce poste jusqu'à sa retraite, malgré les nombreuses invitations de services et d'hôpitaux étrangers.Les premiers travaux de Kocher sur l'hémostase par torsion des artères ont marqué son époque ; dans l'éternel combat ligature/cautérisation, c'était un point de plus pour les héritiers d'Ambroise Paré... Ainsi, Billroth, le mélomane qui a créé la chirurgie abdominale, s'est-il intéressé à ces réalisations. Et la manoeuvre de Kocher, qui permet d'exposer les structures du rétropéritoine après une incision longeant le duodénum, est dans la même veine. Après avoir récliné la tête du pancréas et le duodénum vers la gauche, les structures les plus postérieures deviennent accessibles, qu'il s'agisse des gros vaisseaux ou de la queue du pancréas (au fait, vous savez ce qui est petit et rose avec une queue qui pointe à gauche ?)Au plan anatomique, les recherches de Kocher ont abouti à la plus simple des techniques de réduction des luxations antérieures de l'épaule - et utilisable quelque soit l'ancienneté.Lorsque Kocher commença à pratiquer la chirurgie, la première phase de la bataille de l'asepsie était gagnée - la théorie était établie et acceptée par tous, mais restait à passer à la pratique. Si les travaux de Lister avaient abouti à l'utilisation de solutions chlorées dans le traitement des plaies septiques, et que les premiers fils stériles avaient fait leur apparition, le plus gros restait à faire pour vaincre la "pourriture des hôpitaux". Kocher fut l'un des premiers à supporter l'asepsie totale ; en 1892, en collaboration avec Tavel, un pionnier bactériologiste, il contribua à défricher l'Amazonie des infections chirurgicales. Il réalisa ainsi des travaux essentiels sur l'ostéomyélite aiguë (1874).Parce que les hôpitaux de Berne formaient également les médecins militaires, Emil Kocher étudia les plaies par arme à feu, aboutissant, en collaboration avec von Schejring, à des recherches approfondies sur les conséquences des projectiles de petit calibre à forte énergie cinétique, ainsi que sur celles des missiles. Kocher proposa ainsi en 1874 à Rome, au Congrès International de Médecine, des pistes pour l'amélioration des projectiles dans le sens de la réduction du délabrement des plaies. Ses travaux suivants, publiés en 1880 et 1895, constituent la synthèse de ses observations.Et parce que la pratique chirurgicale de l'époque était polyvalente, Emil Kocher ne s'est pas limité à la traumatologie de guerre. Outre l'hémostase, l'asepsie et le reste, les hernies ont largement bénéficié du chirurgien suisse. Qu'il s'agisse d'introduire la théorie novatrice de l'étranglement herniaire (1877), d'établir le protocole opératoire ou d'étudier les hernies chez l'enfant (1880), Kocher était là... La chirurgie digestive lui doit des avancées majeures ; ainsi, la pylorectomie avec stomie gastroduodénale, l'excision du rectum (1874), mais aussi le traitement radical des cancers (1909), la cholecystectomie ou l'ablation simple de calculs biliaires distaux ont été des avancées majeures réalisées par Emil Theodor Kocher. La mobilisation du duodénum (méthode de Kocher...) a également fait partie de ses intérêts digestifs... Qui dit lithiase biliaire dit iléus - une occasion de prolonger les travaux sur l'étranglement herniaire. Et tant qu'on est dans les hernies, autant aller voir du côté de la pathologie des OGE masculins.Mais, parce qu'à cette époque un chirurgien se devait d'être polyvalent et généraliste, Kocher s'est également intéressé aux épilepsies post-traumatiques, aux possibilités offertes par le traitement chirurgical, aux traumatismes crâniens ainsi qu'aux trépanations. De la neurochirurgie à l'orthopédie, il n'y a parfois qu'un pas, et Kocher a changé le traitement du varus, après avoir publié des observations approfondies sur le coxa vara.Se souvenir uniquement de Kocher pour ses travaux sur la chirurgie de la thyroïde apparaît ainsi bien réducteur... Car, bien qu'il ait créé la chirurgie des goîtres (la Suisse est loin de la mer) et étudié la physiologie de la thyroïde, liant le crétinisme à un défaut de fonctionnement (un crétin des Alpes est atteint d'hypothyroïdie congénitale, faut le savoir), il ne s'agit pas de la majeure partie de ses travaux, loin de là.Devant ce palmarès de travaux impressionnants, tant par leur profondeur et leur transversalité que par la variété des thèmes traités, le prix Nobel que reçut Kocher en 1909 apparaît comme une évidence. Véritable pionnier, il a considérablement fait avancer la chirurgie - ainsi que certaines parties de la médecine - à une époque où la médecine moderne était en train de naître. Emil Kocher est l'un de ces hommes sans qui le contenu de nos cours serait bien différent - touche-à-tout de génie, il est, comme la pince qui porte son nom, un incontournable.
Kocher est mort à Berne en 1917, au plus fort de la boucherie de la Grande Guerre. Les plaies balistiques et souillées ont sans doute été un peu mieux traitées grâce à lui - et son Traité de Chirurgie, qui a connu six éditions traduites dans toutes les langues, cache sous un titre discret, ce qui a été un vademecum de la chirurgie abdominale et orthopédique pour les praticiens de ce temps.
Plus d'information
Site du Prix Nobel
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