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La pince de Leriche
par Stockholm, le 28 Juin 2008 à 12:08Description
Une pince de Leriche est un instrument chirurgical d'environ quinze centimètres de long. Elle a une forme de ciseau, mais les mors ne sont pas tranchants. Ils sont striés perpendiculairement à l'axe de la pince afin d'assurer une bonne préhension.
L'image présente une Leriche droite à griffes (pour ceux qui n'en ont jamais vu).
Courbe, elle est principalement utilisée pour la dissection des structures (la pince est alors fermée ; le bout mousse sert à repousser les tissus) et l'hémostase (la pince sert à cliper un vaisseau afin de pouvoir le ligaturer). Droite, la pince de Leriche est aussi appelée "pince repère" - elle servira alors à tenir un fil de suture ou un lac durant l'opération. Si elle est dépourvue de griffes, elle pourra également tenir un repli du champ où passera le tuyau de l'aspiration ou les fils du bistouri électrique / de la bipolaire. En parlant d'aspiration, une Leriche peut aussi servir à la couper. Les plus doux se contentent de replier le tuyau et de le faire passer dans l'un des trous du manche. Personnellement, je clipe le tuyau, c'est plus rapide.
Les amateurs de chiens utilisent également la pince de Leriche, paraît-il afin de leur enlever les poils des oreilles et d'éviter ainsi la prolifération de parasites. Si vous avez des infos là-dessus, n'hésitez pas... On tient peut-être une piste pour comprendre pourquoi la majorité des personnes mordues le sont par un animal qu'elles connaissent.
René Leriche
René Leriche, né en 1879, est l'un des grands noms de la chirurgie. Issu d'une famille de médecins, il s'est orienté vers la chirurgie à une époque où celle-ci commençait seulement à prendre la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Lorsque Leriche a passé sa thèse à Lyon en 1906, les gants de latex étaient encore une invention récente... Les antibiotiques restaient à inventer, et, si l'anesthésie générale assurait le confort de l'opérateur comme de l'opéré, l'absence d'antibiotiques rendait la traumatologie une branche risquée.
Lors d'un séjour aux États-Unis en 1913, Leriche a pu rencontrer des praticiens comme William Halsted qui refusaient une chirurgie délabrante négligeant le pronostic fonctionnel du patient. Puis vint la Grande Guerre, la direction de deux services chirurgicaux militaires, et les gueules cassées. En 1917, à Reims, Leriche perfectionna les techniques de résection du coude et de la trépanation, dans un hôpital militaire destiné à assurer la formation à partir des derniers progrès de l'art. C'est cette même année que Leriche a publié un ouvrage sur les fractures articulaires et diaphysaires, ainsi qu'un autre sur la prise en charge de la douleur. Etrange combinaison, à cheval sur l'anesthésie et l'orthopédie, mais qui reflète bien l'intérêt de René Leriche pour une chirurgie plus acceptable. D'ailleurs, il s'agissait encore de l'époque héroïque où l'hyperspécialisation était une utopie...
En 1919 arriva la nomination au poste de chirurgien des hôpitaux de Lyon. Une période riche s'ouvrit alors pour René Leriche, marquée de ses travaux sur l'hypotension du liquide céphalo-rachidien et l'artérite oblitérante du membre inférieur. Le syndrome de Leriche (claudication bilatérale et impuissance entraînées par une atteinte du carrefour aorto-iliaque) et la classification de Leriche et Fontaine en sont peut-être les aspects les plus connus (et que celui qui ne s'est jamais demandé qui était Leriche en apprenant ses cours de vasculaire me jette la première pierre si ce n'est pas vrai !). L'ancien nom de la neuro-algo-dystrophie, ou syndrome de Sudeck-Leriche, est également issu des travaux du chirurgien lyonnais.
C'est à Strasbourg que Leriche développa la notion de chirurgie non traumatique. Nommé à la chaire de clinique chirurgicale en 1924, il y agit en véritable précurseur. Car à l'époque, le concept d'une chirurgie destinée à être fonctionnelle s'opposait en tout point à celui de la chirurgie traitant seulement le défect anatomique... Il insiste particulièrement sur l'épargne de sang, et ce pilier de la chirurgie d'aujourd'hui qui est de toujours préférer l'intervention la plus légère pour le patient.
Dans la lignée de ses premiers travaux sur la douleur, René Leriche s'intéressa au système nerveux végétatif et sa physiologie, aboutissant ainsi entre autres à la stellectomie. En 1936, il supplée à Charles Nicolle à la chaire de médecine expérimentale du Collège de France.
Revenu à Lyon en 1940, il fut le premier président du Conseil de l'Ordre des Médecins, créé, il faut le rappeler, par le régime de Vichy. En désaccord avec les directives de l'État, qui frappèrent entre autres les médecins juifs d'interdit professionnel, René Leriche démissionna de son poste en 1942. Évincé des circuits officiels à la Libération, il devint néanmoins membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie de Médecine en 1945 et dirigea un service à l'hôpital américain de Neuilly jusqu'à sa retraite en 1954.
René Leriche est mort en 1955, laissant derrière lui un important héritage chirurgical et scientifique. Et, à chaque fois qu'on demande une Leriche au bloc opératoire, c'est un peu d'histoire de la médecine qui refait surface.
Et, pour la petite histoire, si le service d'oncologie digestive du CHU de Clermont-Ferrand est appelé "service Leriche" par les initiés, c'est parce que la thèse de René Leriche portait sur la place de la gastrectomie dans le cancer de l'estomac.
Plus d'information
Wikipédia
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Tags : pince, leriche, tuyau, tenir, afin
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Commentaires
1divarvel
28 Juin 2008 à 16:02Faudrait regarder le nom des instruments dans les différentes langues, ça pourrait être intéressant.
2kurt8 Juillet 2008 à 23:49quelle différence entre la leriche droite à griffe que tu présentes et la pince Kocher?(du chirurgien suisse Emil Theodor Kocher?)La Leriche droite est beaucoup plus fine que la Kocher. La Kocher c'est du gros calibre, tres robuste, pour tirer sur les trucs solides ; la Leriche est moins solide, plus delicate et plus petite. Et entre les deux, il y a la Kelly. Un article sur Kocher arrivera quand je rentrerai de vacances (vive l'Ecosse !).
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