• Adieu ! Adieu !

    Oui, adieu, trois fois adieu à ma vie d'externe ! Adieu, farewell wherever you fare, etc etc.

    Lundi matin, les choses sérieuses commencent. Je peux donc revenir avec nostalgie sur ma vie d'externe.

    Il y a eu du bon, même du très bon, et du mauvais. On va commencer par le mauvais pour finir sur la bonne bouche.

    Vous savez ce qui me fera plaisir, étant interne ? Bon, pas ce semestre, vu que je serai en périph' sans externe à mettre au travail, mais plus tard. La réponse est : ne plus trier l'épaisseur d'un annuaire de bios tous les matins en arrivant. C'est un vrai tue-l'amour, ce truc. Classer les bios. Et inutile, puisque tout le monde les regarde sur les ordinateurs avant qu'on reçoive les résultats définitifs sur papier. J'ai testé toutes les techniques, qui exigent de un à quatre externes surmotivés. Un vrai paperasse-no-ryu :
    • L'éventail (1 à 2 personnes) : sur un grand bureau ou une vaste paillasse, on classe les bios par ordre alphabétique en les faisant se chevaucher un peu. A la fin, comme le bureau est toujours trop petit, ça ressemble à un grand éventail rose (hémato), blanc (bioch), bleu (hormono), vert (hormono bis) et jaune (bactério). Les pour : idéal quand on ne connaît pas les patients. Les contre :  faut vraiment un grand bureau, parfois. Et à plus de deux, on se cogne. Ah oui, j'allais aussi oublier : le labo de bactério ne faisant pas les choses comme les autres, on a du mal à voir le nom du patient avec cette technique.
    • Le feuilleté (1 personne) : on s'assied, le tas de bios devant soi, et on les range en les tenant dans les mains. Je m'explique mal. On tient en permanence le tas trié entre les mains (vertical, de préférence) et on le feuillette pour insérer les bios au bon endroit alphabétique. Les pour : prend plus de temps (et permet de tirer sa flemme quand il n'y a rien d'autre à faire). Les contre : c'est über chiant de redresser le tas en permanence, et on se coupe avec le papier.
    • Le salon de thé (4 personnes) : tout le monde s'assied après avoir pris un morceau du tas de bios et fait son feuilleté personnel. Ensuite, celui qui a tiré la paille la plus courte prend son tas et annonce le nom des patients. Les différents feuilletés sont ainsi fusionnés en un gros tas bien rangé. Les pour : c'est très convivial, et chacun peut poser une option sur un patient : Atta, celui-là est sur mon secteur, je le prends ! Les contre : stabiliser le tas final exige finesse et sens de l'équilibre.

    Puis après les bios, il y avait les ECG (même remarque que tout à l'heure, je suis en périph, mais il paraît que c'est un acte infirmier...). Il y avait surtout les ECG des femmes âgées obèses. Soulever l'énorme sein gauche qui tombe et se retrouver à coller les électrodes en plein dans la mycose. Mmmm...
    Passons. Les ECG, j'en ferai encore, ne serait-ce que dans l'urgence.

    Ensuite, il y avait les comptes-rendus à aller chercher à la radio. Pas désagréable, et ça va plus vite que le courrier interne, c'est sûr ! Les seules fois où c'était une tâche ingrate, c'était quand on savait que le CR n'était pas tapé ni, a fortiori, signé, pour avoir appelé la secrétaire et lui avoir demandé trois fois. Mais un avatar manqué du docteur House a exigé que quelqu'un descende le chercher. Donc on descend se faire engueuler par les secrétaires. Et on remonte transmettre le message. Valable aussi pour les CR d'écho cœur.

    Mais l'externat, ce n'est pas que des tâches ingrates.

    Le bloc, ce n'est pas que tenir des utérus pendant cinq heures. Le bloc de l'externe, ça peut être une fantastique leçon d'anatomie et de physiologie.

    Le service, ce n'est pas que des corvées inutiles. C'est aussi les stages en réa ; je salue bien bas les hommes en bleu ; si j'avais dû faire une spé med, c'est la leur que j'aurais choisie (entendez si tout poste de chir avait été indisponible et sans possibilité de redoubler). C'est aussi avoir ses patients, les connaître, suivre leur histoire, les examiner, puis en parler avec un senior ou un interne et, ainsi, apprendre.

    Certains patients m'ont marquée. Assez d'eau a coulé sous les ponts, je risque de raconter une ou deux histoires ici. Il y eut mon patient de neuro-réa, arrivé le même jour que moi dans le service, parti guéri trois semaines après. Il y eut la dame diabétique qui est morte, celle qui avait un cancer du sein. Il y eut le jeune séropositif au VIH et son compagnon. Il y eut les gamins des urgences pédiatriques, certains étonnants de maturité, d'autres, de vraies pestes capricieuses qu'il fallait commencer par mater. Il y eut aussi (mais là, je n'étais qu'en D1) ce jeune couple, pour une interruption médicale de grossesse. Et j'en passe...

    Non, je ne regrette pas mon externat. J'ai aussi rencontré des praticiens d'exception, plus qu'humains, maîtres de l'empathie et de la communication. De grands cliniciens et des gens brillants. Et, parfois, des gens si véritablement gentils qu'on se couperait en quatre pour eux.

    Tout à une fin, l'externat comme le reste. J'ai vécu trois années formatrices qui m'ont changée d'asociale morte de trouille en... euh... Si, je n'ai plus peur des « situations sociales » comme on dit, bien que je reste misanthrope, mais par choix et dans des doses raisonnables. Cela, c'est au contact forcé et quotidien avec les patients, mais aussi, bien entendu, avec les équipes médicales et para-médicales, que je le dois. Quand on est devant un patient, en position de soignant, on doit s'ouvrir et s'adapter à son auditeur. Quand on est devant un interne ou un senior à qui il faut parler du patient, on doit s'assurer et s'affirmer. Quand j'ai demandé médecine, en fin de P1, je savais, dans une certaine mesure, que c'était ce que je voulais faire. Aujourd'hui, malgré les vrais moments de merde de ce cursus, je ne changerais de choix pour rien au monde. Je vais faire de la chirurgie. Cela ne m'empêchera pas, bien au contraire, de parler avec mes patients. J'aime l'efficacité — tout laisse à croire que je serai servie.

    Là, tout de suite, je suis morte de trouille à l'idée de commencer lundi. Je n'ai pas su quoi réviser — alors j'ai butiné, un peu d'anat, un peu de sémio, un peu de tout — au final, je n'ai pas fait grand-chose. On verra bien !

    Avant d'enfiler ma blouse de néo-interne, j'ai envie de dire, à tous les jeunes P2 heureux d'avoir passé P1 :
    Ne vous affolez pas, le pire est à venir. Vous ne pouvez pas imaginer ce qui vous attend.

    Et c'est tant mieux. L'externat doit être naïf — ou n'est pas. 

    Farewell, wherever you fare, till your eyries receive you at the journey's end ! 


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  • Commentaires

    1
    Lexo
    Dimanche 1er Novembre 2009 à 11:23
    Tu es dans quel service ?
    J'aurais du réviser l'anat aussi, mais je déteste ça, alors je n'y ai pas touché, grosse erreur :/
    2
    Dimanche 1er Novembre 2009 à 12:09
    Chir viscérale, dans un périph... La première chose que m'a demandé le CdS quand je suis allée me présenter était :
    - Vous aimez la cœlio ?
    Puis les gardes y sont médico-chir.

    J'ai peur !!!

    Et toi, tu es où ? 
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