• Acide Sulfurique (Amélie Nothomb)

    Albin Michel, 2005
    Acide Sulfurique (Amélie Nothomb)
    L'histoire


    Une nouvelle émission de télé réalité a vu le jour: Concentration.
    Le but de l'émission: recréer un camp de concentration sur le modèle nazi, complet, depuis les kapos jusqu'aux chambres à gaz, les caméras de télévision en plus. Seul critère pour entrer dans l'émission: être un être humain. Les seuls castings sont des rafles. Et les kapos sont choisis avec soin parmi les prisonniers.
    Les noms n'existent pas ; des matricules suffisent à désigner les prisonniers. Comme celui de CKZ114, l'héroïne, qui va vouloir résister à cette déshumanisation. Seuls les kapos ont conservé leurs noms. Et le kapo Zdena mène la danse...




    Mon avis


    J'ai lu ce livre debout entre deux rayons de la Fnac. Et j'en suis heureuse. Je ne suis pas près de mes sous, mais payer 5 euros 23 pour lire une telle daube m'aurait proprement fait mal au coeur.
    Car ce livre est un massacre.
    Sur une intrigue qui aurait pu, et dû, être passionnante, Amélie Nothomb réussit l'exploit de produire des pages insipides, peuplées de personnages falots et sans épaisseur. Au lieu de plonger au plus profond de la relation malsaine pouvant unir victime et bourreau (le syndrome de Stockholm, mon dada, vous l'aurez compris au nom de la chose), Nothomb se cantonne dans des non-lieux bien pensants, écoeurants de gentillesse et de pseudo-violence morale.
    Il est à penser que ceux qui ont qualifié ce texte de trash n'ont jamais lu ne serait-ce que le premier chapitre de la Condition Humaine, un texte d'une toute autre valeur et qui ne fait pas dans la dentelle... Mais comparer Nothomb et Malraux revient à mettre côte à côte un Flamby vomi par un gamin et un excellent tiramisu.

    Amélie Nothomb s'enferre, tout au long du livre, dans une atmosphère qu'elle voudrait rendre malsaine et qui n'est, en fin de compte, que pitoyable. Car la pitié larmoyante abonde ici. Entre les références (faites d'un ton noble et digne) à Primo Levi et la simplicité effarante des personnages, ce camp de concentration tient plus du jardin d'enfants dégénéré que de l'horreur nazie.
    Amélie Nothomb passe complètement à côté de ce que veut dénoncer son texte, la médiatisation malsaine de la société. Et elle échoue également à réaliser un thriller psychologique qui aurait pu être, répétons le, tout simplement excellent.

    Et c'est sans parler du style. Le style de Nothomb dans ce livre est un poème - une ode à la platitude et à la nullité. L'auteur se révèle strictement incapable de faire entrer le lecteur dans l'horreur qu'elle veut décrire - et ses efforts pénibles, à la fin du livre, pour créer une tension quelconque sont tout simplements risibles. Le seul moment intéressant est justement lorsqu'on pense que son héroïne va mourir. On se dit "enfin, on va être débarassé de cette fille aux regards lumineux et à l'idéologie bêlante". Et puis non. Tuer un personnage est sans doute un effort trop important pour Amélie Nothomb la superficielle. Et pourtant, il y en a eu, des morts, depuis le début. Mais des morts sans attention et sans honneur. Des morts presque anecdotiques. Nous sommes ici loin de Hitchcock, qui s'attachait à offrir aux victimes une épaisseur et une texture fascinantes. Ici, les personnages vont, viennent, et passent à travers le livre sans le marquer. Ils ne se détachent jamais des pages et restent un nom imprimé.

    Bref, un livre aussi captivant que la nième édition de Loft Story.


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Octobre 2007 à 17:58

    Alleluia !

    Le tout n'est pas de dire du mal de quelqu'un, mais de le dire bien. Et là, je dois dire que la tâche est exécutée à merveille !


    Bon, évidemment, je suis tout à fait d'accord avec toi sur le style d'Amélie Nothomb qui transpire dans tous ses livres.

    Le pire là dedans, c'est l'histoire de départ: parce qu'elle vient de niquer une bonne idée, et que si quelqu'un prend la même idée de départ, on dira qu'il a plagié Amélie Nothomb...


    2
    Vendredi 5 Octobre 2007 à 18:18
    Ce qui m'a mis en rogne en lisant ce livre, c'est ce massacre de l'idée de départ... Un tel gâchis ne devrait pas être permis. C'est tellement dommage de fusiller une histoire comme ça !
    Dieu sait que j'essaye d'être objective dans mes critiques, et de toujours trouver les bons côtés des livres que je n'ai pas aimé (cf. Le Diable s'habille en Prada), parce que mes goûts sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire en aucun cas la vérité universelle... Donc, je m'efforce toujours de trouver ce qui est bon dans un livre.

    Mais là, j'ai tellement peu aimé que je me devais de dire ce que je pense vraiment de ce massacre de tant de bonnes idées... J'ai peut-être été un peu méchante, mais ça fait du bien...
    3
    Vendredi 5 Octobre 2007 à 18:51
    Non, à mon avis, tu n'as pas fait preuve de méchanceté, puisque tes critiques sont étayées.
    4
    russlena
    Samedi 6 Octobre 2007 à 11:09
    hmmm....
    je ne suis pas d'accord;

    Acide sulfurique est raté, certes, non pas sur sa conception, mais sur l'accueil du public. L'écriture est, loin d'être plate et insipide, extrêmement complexe d'arrières pensées et de doubles sens. Mais il est évident que si ce livre est incompréhensible, la résponsabilité en incombe à l'auteur.

    Par contre, cher Marcellus65, toi qui parles du 'style d'Amélie Nothomb qui parle dans tous ses livres', saches que, tout auteur, lorsqu'il produit une oeuvre quelle qu'elle soit, y impose son style. Petit un donc. Essaie d'écrire, envoie un manuscrit et nous en reparlerons.
    Pour ce qui est d'un traitement superficiel ou naïf, je pense que peu d'auteurs s'en éloignent d'avantage que Nothomb, de la superficialité. Cependant ses livres nécessitent une approche subtile précisément, et extrèmement nuancée. Ce qui implique un minimum de maturité, et un gout pour les intonations caustiques.

    Lire ses livres comme du Zola est la meilleure voie pour le plantage. Zola dépeint, Nothomb suggère. Au lecteur de travailler, si il veux entrer dans son univers. Pas un univers de paresseux spirituels donc.
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