• Allez, on va faire un peu de 3615 Mylife.

    Quand j'étais petite, ma maman a estimé avec sagesse qu'il me serait plus utile d'apprendre à lire et à compter plutôt qu'à cuisiner et repasser. En vertu de quoi je suis aujourd'hui interne en 3e semestre, incapable de repasser un T-shirt, et avec des dons douteux en cuisine.

    Je ne me suis pas encore empoisonnée, c'est un fait. Mon ego le relie à un esprit scientifique acéré (« calculez de tête la concentration de Listeria dans une bouteille de lait ouverte laissée vingt heures en dehors du frigo »), plutôt qu'à un bas instinct animal (« si c'est vert et que ça pue, ne le mange pas »).
    Disons pudiquement que sans une kärchérisation régulière, mon frigo serait un écosystème luxuriant. 
    — Ooh, mais qu'y a-t-il donc dans cette boîte en plastique que j'avais perdu depuis huit jours ?... Ooh, un reste de couscous en boîte... Ooh, je l'avais oublié, celui-là ! Tiens, il est devenu vert et blanc...

    Petit à petit, j'ai appris la règle d'or : mieux vaut aller deux fois par semaine faire ses courses, plutôt que de s'empoisonner avec des tomates pourries.

    Je n'ai pas de livre de recettes (et je ne les regarde pas non plus sur internet), pour la bonne raison que, les trois seules fois de ma vie adulte où j'ai essayé de suivre une recette, c'était immangeable (même la crème au chocolat über facile et inratable de ma maman).
    Alors, j'improvise.

    Typiquement, je me plante au milieu du Carrefour Market à côté de chez moi, et je regarde ce qui a l'air :
    a) comestible
    b) pas trop long à cuire ou cuisiner

    Et on combine.
    (J'ai laissé tomber les plats préparés Picard le jour où je me suis rendu compte que ça avait le même arrière-goût de vomi que la bouffe de l'internat.) 

    Pour l'instant, j'ai créé avec succès :
    — le steak à la moutarde accompagné de riz sauce moutarde / tomates provençales,
    — le saumon aux poires cuit à la poêle,
    — les crêpes fourrées aux pêches revenues dans du citron,
    — les mangues coupées en morceau et baignant dans du thé vert.

    Je garde bon espoir de parvenir, avant la fin de mon internat, à savoir réaliser assez de recettes de bonne pitance pour arriver à manger une semaine entière sans acheter de pizza, commander de sushis, ou aller squatter chez mes parents. 


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  • Pour fêter l'automne, ma saison préférée, mais aussi, dans le désordre, mes prouesses culinaires (il faudra que je vous raconte ça un jour), ma vie qui retombe sur ses pieds, les graines de volubilis, et le reste (premier blog coup de cœur de l'EklaTeam :) ),
    Et aussi parce que l'ancien thème commençait à faire un peu passé,

    Voici un tout nouveau thème, un peu dans le même esprit, un peu différent. C'est fou ce que je me suis attachée à cette police pour le titre... Il s'agit d'Elven Common Speak, par Nancy Lorenz.


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  • Il y a un an jour pour jour, j'étais littéralement morte de trouille à l'idée de prendre mon premier poste d'interne dans un poil plus d'une semaine.

    Question : qu'est-ce que j'ai appris en un an ?
    Réponse : une charretée et demi (au moins) de trucs plus ou moins importants. Mais surtout, en un an, j'ai commencé à apprendre la chirurgie. Les bases. Avant (entendez, quand j'étais externe), en regardant quelqu'un opérer, je voyais une succession de gestes fluides, et leur résultat, mais je ne voyais pas l'important : la manière d'ouvrir les ciseaux, le petit mouvement de repousse avant de placer une Bengolea sur un vaisseau... Là, j'ai l'impression d'avoir appris les bases d'une langue que mes chefs parleraient couramment, et d'être capable de suivre une conversation, à défaut de parler moi-même sans accent. Je remarque des choses que je ne voyais même pas.
    J'ai aussi appris à me concentrer sur un champ opératoire. Avant, je remarquais les allées et venues dans la salle, les papotages des anesthésistes... Aujourd'hui, donnez-moi des ciseaux et une pince, et le reste du monde disparaît (en dehors de la voix-GPS de Chef-Chéri). 
    Je suis aussi en train d'apprendre à évaluer les patients. Savoir ce qui peut attendre le lendemain, et ce qui doit être fait dans l'heure.
    J'ai aussi — surtout — découvert quelle spécialité je voulais faire. Coup de foudre : peu de temps après mon arrivée dans le service, je savais que c'était ça qui me plaisait.

    Il me reste un chemin monstre à parcourir, mais ça fait plaisir de se sentir sur la bonne voie.


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  • Il y a des Chefs-Chéris, je ne sais pas ce qu'ils ont fait dans une autre vie, mais ils ont un pot pas naturel sur leurs astreintes. Soit ils sont morts dans des maisons en flammes en sauvant un petit nenfant, soit ce sont les types les plus cocus de la région.

    Il y en a d'autres, au contraire, qui ont dû diriger trois génocides quand on voit la merde qu'ils se prennent sur leurs astreintes. Merde qui, forcément, retombe en premier lieu sur l'interne (sinon c'est pas rigolo).

    Prenons un exemple simple.

    Astreinte avec Chef-Chéri n°Ying :
    Boooon, je vais aller faire mes courses en vitesse à 18 h, puis je vais aller à mon cours de kendo jusqu'à 20 heures, et puis je vais me coucher tranquille et puis dormir un brin, nan ? Puis ce week-end, je peux prévoir d'aller déjeuner peinarde chez mes parents, vu qu'on aura fini la visite et globalement tout le travail de la journée sur les coups d'onze heures et demie (du matin)...

    Astreinte avec Chef-Chéri n°Yang :
    Ouais, contre-visite finie à huit heures du soir, une merde pas possible aux Urgences, et un patient du service sur deux qui ne va pas bien... Plus la femme de monsieur Truc qui veut qu'on lui explique pourquoi son mari n'est pas encore sortant... Plus OH MERDE MON FRIGO EST VIDE ET J'AI PAS LE TEMPS D'ALLER MANGER CHEZ MES PARENTS. Plus un coup de fil toutes les heures du service, à chaque fois pour un patient différent, de minuit jusqu'à six heures du matin (chaque coup de fil parfaitement justifié, en plus). Plus un patient à voir aux Urgences à sept heures du matin. Plus OH MON DIEU J'AI PAS COMMENCÉ À DICTER LE STAFF. Plus OUH PUTAING JE SUIS PAS PASSÉE VOIR LES PATIENTS DE RÉA. Plus — oh chier, j'ai trois quarts d'heure de retard pour les consults, tant pis, ils attendront. Plus, si j'ai de la chance, un syndrome de Lyell et quatre patients à reprendre au bloc sur le week-end.

    Et ce n'est pas une subjectivité cachée dans ma tête.

    Les infirmières disent la même chose. Quand Chef-Ying est d'astreinte, elles n'en fichent pas une ou presque. Quand c'est Chef-Yang, ça devient Beyrouth.

    Co-Interne dit la même chose. Chef-Ying, c'est cool, Chef-Yang, c'est mort.

    Après, il y a des nuances, bien sûr : les autres Chefs-Chéris ont plus ou moins de pot selon les semaines.

    Mais la conclusion est indiscutable : Karma's a bitch. 

     

    Karma's a bitch

     

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  • Elle était allongée sur la table. J'avais à la main une paire de ciseaux genre Metzenbaum, mais en plus court, plus pointu, et pas du tout stériles. Et une pince à disséquer qui aurait été plus utile pour arracher les poils de nez.

    En parlant de nez, j'ai plissé le mien. Elle puait.

    Normal, c'était une sardine sèche. En cours de SVT. En sixième.

    Mon incroyable popularité m'avait valu de me retrouver seule face à ma sardine, alors que les binômes et trinômes des tables voisines ricanaient déjà en explosant leur poisson.
    Les explications de la prof avaient été sommaires. Vous coupez derrière la tête, et puis vous découpez le crâne, et puis vous regardez le cerveau et les nerfs optiques.
    La sardine était grasse et glissait. En moins de deux minutes, j'ai eu de jolies gants en graisse de sardine — parfum garanti !

    J'ai coupé la peau et, en tombant sur l'équivalent du foramen magnum, j'ai commencé la grave opération de crâniectomie sardinière. Les os étaient fins et craquaient à peine sous les ciseaux.
    Puis quand j'ai eu fait le tour, j'ai soulevé. Et bingo ! Un encéphale intact, deux nerfs optiques non sectionnés. 
    Les autres avaient salopé leurs sardines ; la mienne était la plus réussie.

    A dix ans, j'étais fière comme un pou d'avoir découpé le plus beau système nerveux de sardine de la classe. 

    Et je le suis encore, oui madame !

     

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