• Allez-y, c'est un questionnaire court, et c'est pour la bonne cause : une thèse portant sur la déontologie médicale sur le web !

    Je vous fais confiance pour y aller, c'est par ici ;)

    Je reviendrai plus tard avec des histoires de PériphLand.


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  • C'est officiel, le printemps est là : sous le bleu délavé du ciel, prunus roses et fruitiers blancs étalent leurs branches grêles. Il fait chaud.

    Une salle est fermée, le deuxième et dernier patient de l'autre est annulé. Petite, minuscule, journée. Tout les chefs ne consultent pas, et du coup on se retrouve tous à 9 heures à une grande visite improvisée. L'ambiance est plus détendue que d'habitude : on va et vient, certains s'attardent dans une chambre, la kiné vient parler des patients à voir, quelqu'un prend le téléphone. Depuis les fenêtres des chambres, les pelouses verdissent et les bourgeons  pâles pointent sous un soleil délavé de brume.

    Puis on finit tôt et un déjeûner est improvisé en terrasse, dans un beau parc où les merles chantent, près d'un jet d'eau scintillante. Ça se chambre entre internes et chefs ; on s'échange les derniers ragots de l'hôpital, on parle de la Revue à venir, le dos au soleil chaud. Le repas est bon, copieux. On se demande vaguement ce qu'on va faire cet après-midi : les courriers sont quasi faits, le staff est fini de préparer... Café à l'internat ?

    On remonte à l'internat, sur la terrasse, en plein sud. Il y a toujours un air frais, mais c'est supportable. Puis qui part en consult', qui part donner un avis, qui part régler les trucs administratifs qui traînent depuis Mathusalem.

    Je rentre tôt et m'installe sur ma banquette pour travailler. Il fait beau : j'ai ouvert toutes les fenêtres, la chaleur entre à flots dans le petit appartement. Je regrette de devoir le laisser six mois d'été pour un internat de périphérique. Je ferme les yeux quelques instants — lorsque je les rouvre, deux heures ont passé.

    Qu'importe ; aujourd'hui, c'était un slow day.


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  • Au bloc digestif, madame F (comme Fistule rectovaginale) vient pour qu'on lui mette une stomie. Pour de multiples raisons au rang desquelles le fait que l'opérateur rentrait de huit jours de vacances et n'avait été prévenu par personne qu'elle opérait le lundi matin, l'emplacement de cette colostomie définitive n'avait pas été repéré avant le bloc.

    Parce qu'il s'agissait d'une patiente du Chef-Suprême, ce dernier fut appelé pour jeter un œil sur le ventre et l'emplacement de la stomie, en per op. Grand-Chef s'est donc habillé et a regardé.

    Le côlon montait assez mal, ventre multi opéré oblige ; Cheftaine-Chérie, opérateur principal, voyait bien un bon endroit pour la stomie. Grand-Chef la voulait plus bas. Discussion, au-dessus de la bonne laparo sous ombilicale des familles chez cette patiente obèse.

    — La stomie, je pense qu'il faut la mettre par-là, m'sieur. Regardez, ça monte quand même bien [joignant le geste à la parole et montant le côlon jusque là].
    — Non, non, faut la mettre plus bas, regarde, par là, ça tirera moins, ce sera plus bas...
    — Mais elle est obèse ! Ça va tomber juste dans le pli !
    — Non, il est pas là, le pli.
    — Boh, regardez ! [pliant le ventre en deux, ce qui eut pour effet de faire béer la laparo comme une cocotte en papier]
    — Oui, bon, nan mais faut enlever les écarteurs [enlève les écarteurs et recommence, pli au même endroit, effet cocotte seulement majoré, et pointant du doigt le pli] Mais quand elle sera debout, le pli sera plus bas.
    — Justement, ça va pas être pratique pour s'en occuper de sa stomie ! Elle pourra pas le faire toute seule, elle est trop grosse ! Faut la mettre plus haut, là où c'est plat. Et pis là ça tombe juste sous la ceinture, ça va la gêner.
    Elle est vieille, elle porte pas de ceinture.
    — Mais elle s'habille chez Daxon ! Elles ont des ceintures super hautes les mamies obèses, avec ces jupes qu'elles ont ! Ce sera pile sur la poche.
    ...
    — On va pas lui dire de s'acheter des pantalons taille basse non plus, m'sieur.
    Oui, bon, on peut la mettre un peu plus haut. Donnez-nous un crayon dermographique.

    Cheftaine-Chérie trace donc une jolie cible un peu plus haut, presque à l'endroit qu'elle voulait au départ, un peu loin du pli, sur le plat. 

    Ah mais tu triches, là !
    — Vous m'avez dit là !
    — Non, je t'avais dit plus bas ! [Pose son doigt à son emplacement à lui dans le pli supposé] Tu vois, si tu tires sur la peau, là, le tablier descend, c'est plat aussi !
    — Ben aussi vous montrez un endroit et ensuite vous faites glisser votre doigt exprès de deux centimètres. Je veux la lui mettre , sa stomie, dit-elle en repassant un coup de feutre sur la cible.
    Puis, pour faire bonne mesure, en réattrapant le côlon à pleine main pour le coller contre le site supposé.
    — Ah, mets-la un peu plus bas, coupe la poire en deux...

    Le feutre dermo tombe par terre, de par la dure loi de la gravité et que personne (ni l'externe ni moi) n'a pensé à le retenir.

    — Un autre feutre, demandai-je à l'infirmière.
    — Non non, c'est pas la peine, a décidé Grand-Chef. Tu la mets un peu plus bas, juste ici, en triangulation.
    Puis, se tournant vers moi :
    — Et toi tu la surveilles, si jamais elle la mettait là haut.
    — Oui m'sieur [Poker face].

    Grand-Chef parti vaquer à ses occupations, Cheftaine-Chérie a dit :
    — Bon, toi, tu caftes pas.
    — Non, t'inquiète :) 

    Au final, la poire ne fut pas coupée en deux fifty-fifty, mais, allez, en deux tiers-un tiers. Un peu au-dessus de la ceinture de la jupe de chez Daxon, quoi.

    Ça va me manquer un peu, le digestif, c'est folklorique, comme spécialité.


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  • Les Urgences (again) (je ne sais pas comment je vais faire pour remplacer tous les billets qui se passent là-bas quand je n'y ferai plus de gardes). Trois heures du matin, la nuit du vendredi au samedi : toutes conditions réunies pour que le déluge de mecs bourrés à suturer puisse commencer.

    A trois heures environ, donc, arrive un fringant quadragénaire amené par les pompiers, parce qu'il a chuté et s'est ouvert le cuir chevelu, dans un contexte d'alcoolisation aiguë, comme on dit (3 grammes 42, mine de rien). Je le vois passer sur le brancard et décide d'attendre cinq minutes pour aller le voir, le temps que l'infirmière et l'aide-soignant l'aient changé et qu'il soit plus calme. Les cinq minutes en ont pris vingt, et l'infirmière est revenue échevelée en râlant que j'allais en voir pour le recoudre.

     

    Challenge accepted

     

    Allez, on ferme la blouse, on attrape une paire de gants et on va faire l'état des lieux.

    Monsieur A (comme Agité) est couché, ou plutôt échoué, sur le brancard. Il a tout l'air du type, pas forcément OH chronique, qui a vraiment trop picolé, comme le prouve un magnifique pansement du type œuf de Pâques.

    Pas de pot : monsieur A est du genre bavard anarchisant, tendance « n'aime pas les médecins, ces gros connards friqués de droite ».
    — Bonsoir, je m'appelle Stockholm, je suis l'interne de chirurgie de garde, [blabla], je peux vous examiner ? [Blabla], il va falloir mettre des points de suture sur votre crâne, c'est bien ouvert. 
    — Ouais, mais c'est pas les premiers que vous faites au moins !
    — Non monsieur, je suis chirurgien.
    — Ouais, vous êtes en quelle année ?
    — En huitième année.
    — Et comment je sais que je peux vous faire confiance ? Comment vous faites confiance aux gens, vous ?
    — Ben quand je suis malade, je fais confiance au confrère qui est en face de moi.
    — Nan mais dans la vie en général comment vous faites confiance aux gens ! Ouais vous faites ça pour le fric, de toute façon ! Putain, huitième année, et vous avez fini quoi ? L'an prochain, ouais ?
    — Non, dans trois ans.
    — Ouais vous faites ça pour le fric ! Personne ferait dix ans d'études pas pour le fric !
    (Pendant ce temps, je préparais le matériel à suture).
    — Non, je le fais parce que c'est passionnant.
    — Ouais, si, vous faites ça pour le fric ! Vous irez dans l'privé et vous gagnerez plein de thune ! 
    — Vous savez, je veux rester à l'hôpital, alors non, je ne le fais pas pour le fric. Et si je le faisais pour le fric, je ferais pas de gardes aux Urgences. Bon, penchez la tête en avant, je vais nettoyer un peu.
    Monsieur A a penché la tête en avant.
    — Mais pourquoi vous me mettez ça sur le crâne ! J'veux pas d'anesthésie !
    — D'abord ça c'est de la Bétadine, et si vous voulez pas d'anesthésie, je vous en fais pas, mais ça risque de faire mal... 
    — Nan, j'veux pas d'anesthésie ! Putain, mais pourquoi chui là !

    Plusieurs types de réponse possibles :
    1. Parce que les pompiers vous ont amené,
    2. Parce que vous êtes tombé et qu'il y a une plaie à suturer,
    3. Parce que vous avez trop bu, que du coup vous êtes tombé, vous vous êtes ouvert le crâne, et que les pompiers vous ont amené.

    — Nan, j'ai pas trop bu ! Faites chier !
    — Boire au point de tomber et de s'ouvrir le crâne, j'appelle ça un peu trop boire...
    Notez la tentative de prise en charge psychologique.
    — Ouais, OK, j'ai bu, mais j'ai pas trop bu ! 
    — Ben si vous aviez bu un verre de moins, vous seriez peut-être pas tombé. Attention, ça va piquer un peu.
    [Bonne anesthésie locale à la xylo]
    — Ouais, alors avec vous on n'a pas le droit de s'amuser ! J'passe une soirée entre potes, bien sûr que je vais boire !
    — Je vous dis pas qu'il faut pas boire, monsieur, juste qu'il faut pas trop boire. Genre pas au point de tomber par terre. 
    — Alors à quoi ça sert la vie pour vous ? A quoi ça sert si on peut pas s'amuser ! La vie c'est fait pour vivre ! Moi je veux m'amuser, je veux vivre, je veux faire des soirées avec mes potes, alors bien sûr que je vais boire ! Mais avec vous c'est tout de suite voilà trop boire ! Vous devez vous faire ch..., continuait monsieur A, avant de s'interrompre pour se gratter le cou. C'est quoi, c'est du sang, dans mon cou ! 
    — C'est bien pour ça qu'il faut vous recoudre, monsieur...
    — Vous êtes en train de me recoudre, là ?
    — Ouais.
    — Pourquoi je sens rien ?
    — Parce que je vous ai fait une anesthésie locale. 
    Aussi parce que vous êtes bien bourré. Mais quand même, ça fait pas tout. 

     

    Lidocaine

     

    — Alors vous faites pas ça pour le pognon ?
    — Nan. Penchez bien la tête.
    — Je comprends pas pourquoi faut me recoudre. Chui rugbyman, c'est pas la première fois que je m'ouvre.
    — Ouais mais là, quand même. Si vous voulez que ça s'arrête de saigner...
    — Je peux partir après ?
    — Non, va falloir rester un peu avec nous, le temps qu'on ait les résultats de la prise de sang.
    — Ça prend combien de temps ?
    — Trois-quatre heures, ça dépend du labo... Pis va falloir vous faire un scanner du crâne, pour vérifier que vous n'ayez pas saigné à l'intérieur.
    — Putain, j'veux pas rester ! Je risque de mourir si je pars ?
    — 999 fois, non, mais la millième, si.
    — J'en ai marre de vivre, j'veux mourir, de toutes façons !
    — Je peux rien vous promettre, vous savez... 
    — Mais vous êtes horrible ! J'vous dis que je veux mourir, et vous me dites que vous pouvez rien me promettre ! Et pourquoi j'aurais saigné dans la tête, d'abord ?
    — Parce que avec la chute un petit vaisseau a pu se rompre et saigner.
    Pardon aux neurochirs qui passent par là, je sais comme vous êtes critiques des scanners systématiques à H6 chez les patients bourrés, mais au SAU, c'est la loi : bobo la tête = TDM H6.

    — Mais vous êtes en train de m'recoudre, là ?
    — Ouais :)
    — Je penche bien la tête comme il faut, ça va ?
    — Impeccable ! Si vous pouvez tenir encore cinq minutes comme ça, ce sera tout bon !
    — Ouais ouais, pas d'souci. Vous êtes en train de vous spécialiser, alors ?
    — En plein dedans.
    — Rha, dix ans d'ét... Aïe, là vous me faites mal, même je vous dirais putain que tu m'as fait mal dit-il en rigolan presque ! Si j'osais vous tutoyer ! Mais vous êtes docteur, hein, j'veux pas vous manquer de respect, mais putain là tu m'as fait mal ! Et vous voulez rester à l'hôpital et pas partir dans l'privé ? Dingue ça, si moi je faisais toutes ces études !

    Et monsieur A s'est tu, a réfléchi quelques instant et, illuminé de la lumière divine, s'est exclamé :

    — Je sais ! Vous êtes sœur Marie-Thérèse des Batignolles !

    Sœur Marie-Thérèse des Batignolles

    Sur. Le. Cul.


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  • Je suis un ensemble de tâches purpuriques siégeant aux membres inférieurs de manière grossièrement symétrique, prurigineuses et douloureuses ; certaines sont centrées par une phlyctène. Le diamètre de la plus grosse lésion est d'environ huit centimètres ; celui de la plus petite d'environ trois centimètres.

    Qui suis-je ?

    edit : photo time !

    Devinette


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