• Il a plu, l'autre jour ; de larges gouttes ont crépité le jour durant - et la nuit - sur les toits et sur les feuilles. Les flaques piquetées d'étoiles sombres reflétaient un ciel de craie, strié d'ardoise. Et les nuages qui y roulaient se sont vidés de leurs larmes par-dessus la campagne et la ville, on aurait pensé qu'ils ne finiraient jamais...
    La pluie et le brouillard se pressaient aux vitres, étouffant le pays, moite et frais sous l'averse ; les feuilles d'automne retrouvaient sous l'eau céleste la moire de l'été parti... et, tout ce temps, les gens se pressaient.

    Capuches relevées, cols remontés et serrés, avançant avec prudence entre les flaques, les gens avançaient, mouillés et grincheux, le champignon instable d'un parapluie épanoui par dessus leur tête. Seuls les enfants semblent apprécier la pluie, sautant à pieds joints dans les flaques, trouvant belle l'hypnotique régularité du crépitement des gouttes sur la vitre des mares des caniveaux. Les chiens, selon leur espèce, aiment ou détestent... Du caniche au labrador, les avis diffèrent, mais la pluie ne les laisse pas, eux non plus, indifférents.
    Seuls les chats sont égaux envers la pluie. Les gouttes ont beau danser et mouiller, les chats vont, seuls et fiers... Par principe, la pluie - cet élément trivial et incertain - ne les touche pas. Ruisselants des moustaches à la queue, les chats vont, tête droite et marche précautionneuse, évitant avec soin les flaques qu'ils prétendent ne point voir.

    Et j'ai vu un énorme matou blanc, dont les flancs trempés se mouchetaient de boue, un maître-chat comme il ne s'en trouve pas un par mille portées, assis, serein, sur un poteau bordant un jardin...
    Car, les yeux fermés sous les trombes d'eau, paisible comme un moine bouddhiste, il pensait.

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  • Oui, l'automne est arrivé ; ses mains impalpables ont caressé les feuilles et les ont marquées de leur sceau de pourpre et d'or. Ce matin, j'ai vu le soleil se lever derrière une fine gaze de froidure et sa lumière cuivrée a fait rougir les cynorhodons, ces fruits charnus de l'églantier sauvage... Et les arbres les plus frileux ont enfilé leurs chatoyants manteaux d'automne, posés sur la silhouette grêle des branches comme une volée d'oiseaux de cuivre, prête à s'enfuir au moindre vent.

    Il faisait froid, ce matin : l'haleine condensait en nuages discrets et la fraîcheur trop vive mordait le visage. Les quelques brumes posées au bord du ciel avaient des reflets de givre ; le chant de nul merle n'égayait l'immensité de ces cieux trop clairs, mais le soleil encore chaud a plus tard brûlé ma peau et fait courir des frissons de chaleur dans mon sang, et par mes veines... Ce n'est pas la pâle clarté d'hiver qui a ce pouvoir, non, c'est bien un soleil d'automne qui brille aujourd'hui, lointain et chaleureux. Comme un amant fait ses adieux, il a
    une dernière fois caressé et les arbres et la terre, éveillant des frissons électriques dans son sillage... Et les nuages prudes ont trop vite masqué sa chaleur bienfaisante, jouant de leur ombre sur les monts devenus froids.

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  • Lecteur paisible et bucolique,
    Sobre et naïf homme de bien,
    Jette ce livre saturnien,
    Orgiaque et mélancolique.

    Si tu n'as fait ta rhétorique
    Chez Satan, le rusé doyen,
    Jette ! Tu n'y comprendrais rien,
    Ou tu me croirais hystérique.

    Mais si, sans te laisser charmer,
    Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
    Lis-moi, pour apprendre à m'aimer;

    Âme curieuse qui souffre
    Et vas chercher ton paradis,
    Plains-moi !... sinon je te maudis !


    Charles Baudelaire


    Sans avoir l'orgueil de Baudelaire, voici humblement ce que je désire que soit ce blog... un "quelque chose" qui séduira certains, je l'espère ; un recueil de ce que j'aime ou honnis avec la même sincérité, et quelques pages pour vous raconter, avec mes mots et mes images, ce que je vis et je ressens. Il faut lire pour connaître et aimer, qu'il s'agisse de la beauté simple d'une fleur non éclose ou de la sévère magie des terres d'Ecosse. Il faut lire tout, lire les livres et la nature ; chaque vent est un poème, et la pluie porte en elle de tendres symphonies de prose. Il faut lire les parfums de la terre, lire les chemins des étoiles, et vivre de notre monde, enfin, vivre avant que de mourir et de rejoindre l'herbe dans son cycle éternel.

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  • Libre! Je me sens plus libre aujourd'hui que depuis des mois.

    Il fait une belle journée de septembre, la brise s'agite au creux des branches, et les feuilles, d'un vert trop intense, s'apprêtent à rejoindre la danse des hirondelles, bientôt parties dans le vent frais. Les volutes pâles des nuages s'effilochent dans le bleu mat d'un ciel placé si haut que, au loin, les montagnes en paraissent plus grandes... Et la lumière changeante de l'automne caresse les bois avec une infinie légèreté, égalée seulement par le vol hésitant des insectes qui fuient vers le soleil.
    C'est le temps où bourgeonnent les chrysanthèmes étoilés; bientôt, ils épanouiront leurs fleurs, éclatantes sous les premières gelées, et le coeur se réjouira de la pourpre et du cuivre de leurs pétales, sur leur feuillage d'un vert étouffé... Mais leur splendeur nette est encore enfermée au sein de corsets pâles, serrés comme des boules de thé japonais, et le temps de la métamorphose n'est point encore venu.

    Les roses tardives s'effeuillent avec une grâce impudique sur l'asphalte des rues, un peu brillant de pluie, et les baies sauvages des broussailles rougissent et se remplument sous le baiser du soleil, qui s'attarde avant que d'être enfoui par la brume qui monte.
    C'est le temps où l'été s'en va à regrets et languit dans les endroits les plus inattendus, un carrefour de sentiers au milieu d'un parc, l'ombre encore tiède des marronniers...

    C'est le temps où la chaude moiteur de l'air s'enfuit et cède la place à une fraîcheur nerveuse et jeune; c'est le temps du renouveau de l'été parti, le temps où la nature s'apprête au long sommeil d'après l'équinoxe, et le temps de l'insousciance, le temps de la danse des premières feuilles portées par la brise.

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  • Septembre a toujours un parfum de rentrée, mélange de papier neuf et d'encre fraîche, cette année plus que jamais, parce que le soleil nous fait souvenir que l'été n'est pas loin, mais la pluie nous parle d'hiver et de travail...

    Même en partie sortis du système scolaire, impossible d'échapper à cette atmosphère fébrile de préparatifs. C'est le moment d'acheter des livres et des cahiers neufs, ne serait-ce que pour avoir de quoi noter ses recettes de cuisine, et même si les livres ne sont pas de classe.

    La lumière baisse, blanchit et, ce matin, un vent m'a frappée, un vent qui sentait l'Ecosse et les Hébrides. Il y avait cette odeur froide et simple de l'air caressant les tourbières, cette note indescriptible des volumes d'air battus contre les flancs des glens. C'était un vent rude et âpre, venu de loin, le vent des îles du Nord et de l'Ouest... Un vent... Il m'a suffit de fermer les yeux pour oublier les voitures et la ville, la France et l'Auvergne, et me retrouver debout au sommet de la montagne de Storr, face à mon vertige, avec, à mes pieds la mer des Hébrides et, derrière la brume où joue le soleil par intermittence, entre les nuages, suspendue entre océan et ciel, la terre d'Ecosse, apaisée de ses combats ancestraux, terre âpre et rude, pourtant si familière...
    Puis, dans une seconde inspiration, j'ai perçu l'odeur de feuille morte et de forêt qui nous vient des Monts d'Auvergne, et je suis revenue à cette ville qui m'a vue naître.

    J'ai attendu le tram au milieu d'écoliers fébriles, le souvenir de l'Ecosse au coeur et, lorsque, à travers les vitres du tramway, j'ai vu que la lumière et les ombres se pourchassaient sur les vieux volcans comme là-bas, j'ai souri, sans savoir pourquoi, une joie étrange venue aux lèvres, et j'ai su avec certitude qu'un jour, sûrement, j'y vivrai.

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