• Accident d'exposition au sang

    Cet article est dédié au padawan Simon, qui s'est récemment piqué au bloc, le maladroit :P

    AES. Trois petites lettres pour plusieurs mois d'emmerdes. Statistiquement, presque tout le monde y passe un jour.

    Je me suis piquée une fois en D2, en faisant une gazo. Ou plutôt, après avoir fini la gazo et, comble du comble, en voulant rabattre le machin de sécurité sur l'aiguille, machin destiné à empêcher de se piquer (non, je n'ai pas recapuchonné l'aiguille, j'ai juste voulu activer le système de sécurité destiné à éviter, justement, de recapuchonner).
    Le patient n'avait pas grand risque de VIH et compagnie : 70 ans bien cognés, n'est jamais sorti de son village depuis le service militaire, et admis pour OAP, parce que l'aligot, qu'on le veuille ou non, c'est salé. Je sais qu'il ne faut pas se fier aux apparences, mais mon petit papy dyspnéique n'avait quand même pas trop le profil.

    Première étape : doigt dans le Dakin pendant une bonne dizaine de minutes, au milieu des Urgences, à l'heure de pointe. Index droit, ce qui ne m'a donc pas empêchée de rédiger mon observ de la main gauche, et de porter la gazo à techniquer dans la réa du coin. La seringue d'une main, le pot à pipi rempli de Dakin dans l'autre, j'avais la classe.

    Deuxième étape : piquer ses sérologies au patient avec son accord et après lui avoir expliqué le problème. Puis me piquer mes sérologies initiales à moi — ah, non, les infirmières sont trop occupées, appelle la médecine du travail, ils te le feront demain matin quand tu sortiras de garde (la médecine du travail était, à cette époque, dans un autre hôpital).

    Je vous passe la déclaration d'accident du travail et les paperasseries, tout le monde s'en fout, moi la première, c'est pas marrant à raconter.

    Par contre, ce qui est arrivé à la médecine du travail, si.

    En sortant de garde, je les appelle pour les prévenir, pas de problème, venez on va vous piquer. Cool. J'avale un café, je saute dans le tram et m'y voilà.
    Face à l'infirmière. Qui, elle, est face à mes Veines. Oui, avec une majuscule.

    Il faut savoir que, lors de mes dons réguliers et généreux aux Établissements Français du Sang, ces dames — princesses de l'aiguilles, virtuoses du trocart, j'ai nommé les infirmières des EFS — me piquaient avec allégresse et facilité dans la veine médiane céphalique droite, invisible, cachée, mais palpable, et qui débite, oh oui qui débite. Et qui n'a jamais claqué, parce que c'est du solide.

    Me voici donc, à huit heures quarante-cinq du matin, sur le fauteuil de prélèvement de la médecine du travail, sereine, en train de regarder l'infirmière me poser un garrot et commencer à essayer de sentir mes veines.
    - Ah, dit-elle, vous n'avez pas l'air facile à piquer.
    - Ah, dis-je, bon ben OK, allez-y quand même. On me pique à droite, en général.

    A droite elle me piqua, au pli du coude. Ne trouva pas la veine. Passa à gauche, idem. Revint à droite, piqua en médial — rien — puis en latéral — ah, un peu. Mais pas assez. On repasse à gauche pour finir.
    Le temps qu'elle ait fini de m'enfoncer des épicrâniennes d'un côté et de l'autre, j'avais 1) mal 2) sommeil 3) faim 4) des bras de junkie.

    Rendez-vous fut pris pour le mois suivant, avec le contrôle des sérologies.

    C'est le mois suivant qu'on s'est amusé. Parce qu'elle se rappelait que j'étais difficile à piquer. Parce qu'elle m'a piquée trois fois de chaque côté au pli du coude, et n'a pas réussi. Parce qu'il a donc fallu que je revienne quelques heures après, à midi, le temps qu'elle se recompose et trouve des épicrâniennes plus fines. Qui m'ont malgré tout pété une veine à droite. Et parce qu'on a fini sur le dos de la main en serrant les dents et en priant que ça marche.
    Aussi parce que les infirmières des EFS ne m'ont jamais fait mal avec leurs trocarts de la taille d'une aiguille à tricoter, mais que l'épicrânienne, elle, je l'ai sentie passer. Oh oui.
    Et parce qu'il a fallu remettre ça à trois mois et à six mois (veine pétée en moins).

    Le jour de la dernière sérologie, j'aurais dansé tellement j'étais contente. Je suis repartie avec des avant-bras dignes d'une toxico patentée.

    Morale de l'histoire : si jamais je refais un AES dans mon CHU, je me ferais piquer exclusivement par des infirmières du service. Celle de la médecine du travail, elle m'a fait trop mal. Pas de pot, manque d'habitude, que sais-je, et je m'en fous. Tout ce que je veux, c'est qu'elle n'enfonce plus jamais une aiguille dans mon avant-bras. Plus jamais. Nevermore.



     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Novembre 2009 à 19:04
    Meci de partager mon angoisse sérologique :)
    2
    LaurenceB
    Mercredi 16 Juin 2010 à 02:42
    Je sais que j'ai lu un AES avec un VIH, et l'interne de devoir dire à ses parents "euh, ma g*** de cadavre? En fait j'suis sous trithérapie, mais c'est rien, hein, c'est préventif" Je ne sais plus qui c'est mais c'était flippant.
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