• A l'aube de la chirurgie

    Via Antiquity (décembre 2009)

    Des archéologues ont découvert en 2006 un humérus gauche dont le propriétaire, vieux de 7 000 ans, a longtemps reposé dans le calme de sa tombe exceptionnelle. Homme probablement important, on l'imagine volontiers avec une belle barbe grise, un regard sage, siégeant sur un fauteuil de bois sculpté, ses deux mains posées sur ses genoux à la manière d'un Salomon gaulois.
    Erratum : sa main unique et son moignon bien propre.
    Erchamion ?!

    Gnhé ?
    Au néolothique, c'est-à-dire à une époque où on commençait seulement à se dire que la nourriture pouvait se cultiver et les bestiaux à s'élever — où la technologie de pointe était la pierre polie — où l'on n'avait pas encore inventé l'écriture — un homme a vécu avec une seule main, sans ostéite ni merdouille du genre ?
    D'après les auteurs, oui.
    D'ailleurs, au début, ils n'y croyaient eux-même pas des masses. Mais au final les grandes lignes du premier bloc opératoire de France se sont esquissées.

    Le matériel : une lame en silex.
    L'opérateur : le doyen des orthopédistes du sol français, qui a savamment tiré sur l'avant-bras pendant qu'il le sectionnait. Et d'après l'aspect de la section, ce n'était pas la première fois qu'il opérait.
    Aouch. Ça a dû piquer. J'espère qu'ils avaient inventé les alcools forts, ou tout au moins découvert les propriétés du pavot. 

    Je sais ce que vous êtes en train de vous dire. On l'a amputé, OK, mais il est mort. Il a saigné ou s'est infecté, au choix, mais n'a pas fait de vieux os (si je puis me permettre).
    Hélas pour vous (mais pas pour le patient), le moignon osseux est corticalisé. L'épaisseur de la nouvelle corticale suggère quelques mois ou quelques années. Et, à part ça, l'os est beau.

    C'est-à-dire que, il y a 7 000 ans, certaines pratiques chirurgicales orthopédiques étaient maîtrisées.

    En 2010, il faut cinq ans d'internat et deux de clinicat pour former un orthopédiste (ou n'importe quel chirurgien, d'ailleurs). D'accord, au néolithique, ils n'avaient pas à se prendre la tête avec les plaques, les vis, et comment ça se monte une perceuse.
    Mais ils savaient opérer proprement. Et ça, ça ne s'apprend pas en un jour. Ce n'est pas non plus le fruit du hasard. C'est que quelqu'un, un jour, a remarqué que laver les plaies du patient et les mains de l'opérateur affectait la morbi-mortalité, pour parler chic.
    Quand Lister Semmelweis a eu la même idée en 1872 1847 (merci don Peridon ;) ), il s'est fait rire au nez.

    Je vous laisse sur cette pensée que les rétrogrades d'il y a cent quarante ans étaient moins avancés que les chirurgiens d'il y a sept mille ans.


    Antiquity, vol. 83, dec. 2009
    A possible Early Neolithic amputation at Buthiers-Boulancourt
    (Seine-et-Marne), France

    Cécile Buquet-Marcon, Philippe Charlier & Anaïck Samzun



    Merci à hippoc pour l'info. 

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  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Février 2010 à 06:13
    Il a du bien hurler notre ancêtre de 7000 ans!
    Mais en ce qui concerne le lavage de mains, ce n'est pas plutôt Semmelweis ?
    2
    Lundi 8 Février 2010 à 18:49
    Mea culpa, mea maxima culpa ! J'avais oublié Semmelweis en 1847, honte à moi.
    Je corrige de suite ! 
    3
    Letzt
    Mardi 9 Février 2010 à 22:38
    Comment oublier Semmelweis.... ^^ ;) "sujet" de thèse de Louis Ferdiand Destouches :))
    4
    doceng
    Dimanche 20 Novembre 2011 à 10:05

    Bonjour

    Je découvre votre blog : c'est très raffraichissant !

    Plein d'humour autour d'une intelligence pétillante !

    Mes félicitations

    Dr H. ENGLEBERT

    5
    Dimanche 20 Novembre 2011 à 13:08

    Merci :)

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