• Passer à côté d'un diagnostic grave : ma hantise. Trois fois depuis que je suis interne je me suis dit oh merde. Les deux mots qui te plongent dans un bain glacé. Oh merde, je suis passée à côté. Je l'ai tué. J'aurais pu le tuer. Oh. merde. Merde. Merde. Merde. Le cerveau qui s'arrête, et les deux petits mots qui tournent dans le vide pendant que le monde avance.

    La première fois, j'étais jeune interne. Madame AVK (oui, ça part mal), 84 ans, à J15 postopératoire. On attend la convalescence. Le relai AVK est en train de se finir. La voisine de chambre de madame AVK est madame DiarrhéeAiguë. Elle n'a pas été hospitalisée en chirurgie pour ça, mais son fils lui a mené sa petite-fille en pleine gastro, et ça n'a pas raté : madame DiarrhéeAiguë a déclenché sa propre gastro le lendemain, par le haut et par le bas. Le service, un peu vieillot, est plein à ras la gueule et on ne peut pas faire de changement de chambre pour la passer en chambre seule. Tant pis, tout le monde s'inondera de Stérilium.
    Il est 23h, en fin de semaine d'astreinte. Je viens de rentrer chez moi et de me mettre au lit, puis le téléphone sonne. L'infirmière de nuit, qui m'informe que madame AVK a 9 de systolique alors que d'habitude elle est hypertendue. Et qu'elle a un peu la nausée aussi, qu'elle se sent pas bien. Elle n'est pas tachycarde.
    En temps normal, je serais montée à l'hôpital l'examiner. Mais je suis fatiguée, j'en ai marre, et il y a la dame à côté avec sa gastro. Je décide de manière unilatérale que madame AVK a la gastro.
    Une heure après, l'infirmière (qui n'était pas née de la dernière pluie) me rappelle. Il faut que tu viennes la voir, dit-elle, et son ton de voix est pressant.
    Je monte. Et, en rentrant dans la chambre, oh merde. J'ai vu madame AVK, blanche comme ses draps, et j'ai cru qu'elle était morte.
    Madame AVK était en choc hémorragique (une artériole avait saigné dans son thorax opéré), à cause d'un INR à 9, à cause d'un relai AVK mal prescrit et mal surveillé par moi-même. Et elle n'était pas tachycarde parce qu'elle était sous bêta-bloquants. L'histoire a fini au bloc dans la nuit et par ensuite huit jours de réa. Heureusement, elle est rentrée chez elle.

    La deuxième fois, j'étais plus vieille, donc j'avais moins d'excuses. Monsieur AAA avait été opéré d'un anévrisme de l'aorte abdominale : un petit tube en Dacron remplaçait son aorte hypertrophiée qui menaçait de péter à chaque instant. Il y avait eu une réimplantation des artères digestives (là aussi, vous me voyez venir ?).
    Réanimation postop standard, retour dans le service, va mieux, détresse respiratoire, retour en réa. Répétez le cycle trois fois avant d'arriver à un mois, un mois et demi postop, où, le soir, monsieur AAA refait une détresse respiratoire bien cognée pour laquelle il retourne en réa. Je ne comprends pas d'où vient la détresse : l'auscultation est normale, un angioscanner a éliminé une embolie pulmonaire... Et puis je me dis (j'avais pas tout à fait tort) que ça devait venir du ventre, rapport qu'il avait la chiasse depuis plus de trois semaines. A chaque fois qu'on lui redonnait à manger, il avait la diarrhée derrière. Du coup on le mettait à jeûn. Du coup plus de diarrhée. Remange. Rediarrhée. Vous les voyez, mes gros sabots ?
    Une quinzaine de coprocultures avec recherche de clostridium étaient revenues négatives, en réa comme dans le service. Ça devait être fonctionnel.
    Donc il retourne en réa, les réas l'intubent dans la journée. Je fais ma vie d'astreinte.
    Il est cinq heures du matin quand le téléphone sonne. Le réanimateur :
    — Vous avez éliminé une ischémie mésentérique ? Non parce que là il est en train de mourir, ton malade.
    Oh merde.
    Ma chambre est noire, mais je vois les pièces du puzzle se mettre en place. Je vois les feuilles jaunes de bactério, de toutes les copros négatives. Je vois la claudication digestive. Je vois la détresse respiratoire liée à l'état digestif. Si j'avais fait une gazo au lieu de sauter directement au scanner, est-ce que ça m'aurait mis la puce à l'oreille ? A moi où à quelqu'un d'autre ? Je vois toutes les fois où quelqu'un aurait pu faire le diagnostic et où personne ne l'a fait.
    Il est mort au petit matin. La seule chose qui me console un peu est que deux services entiers, de chirurgie et de réanimation, sont passés à côté. Son certificat de décès ne devait pas être encore signé que son chirurgien référent a décroché son téléphone pour m'incendier avant que j'arrive à l'hôpital. J'avais envie de lui dire de fermer sa trappe, qu'il avait plus d'expérience que moi, qu'il était de la spécialité et pas moi, qu'il aurait pu s'en douter, mais j'ai rien dit. Moi aussi, j'aurais pu m'en douter.

    La troisième fois était il n'y a pas si longtemps. Je suis officiellement vieille interne, j'aurais dû avoir le temps d'apprendre la médecine. Madame Médiastin a eu une médiastinoscopie pour une tumeur pulmonaire ; les biopsies endobronchiques sont revenues négatives, mais c'est une tumeur distale, et elle a le médiastin bourré d'adénopathies. Donc on va aller chercher des biopsies pour avoir un diagnostic histologique. 
    Elle aurait dû sortir le mardi, lendemain de l'intervention. Mais elle était fatiguée, elle habitait loin et seule, et j'avais des lits... Mercredi, elle était fatiguée. Alors que la veille je n'avais que son témoignage, là, je le voyais moi-même. Bon ben vous restez, hein. Jeudi, elle était vraiment fatiguée. Mais elle voulait rentrer, parce que sa petite fille de onze ans était seule à la maison. Dans ma tête, je commençais à préparer ses papiers de sortie, et je la maudissais d'avoir laissé sa gosse toute seule à la maison pendant quatre jours. Le senior l'a regardée. Il m'a regardée. Il a dit "elle était comme ça, hier ?" J'ai dit "ben, un peu moins fatiguée, mais oui, elle était couchée pareil en chien de fusil, dos à la fenêtre, pas bien orientée, du mal à se lever avec des troubles de l'équilibre et, oh merde, oui bien sûr je lui demande tout de suite un scanner cérébral."
    Elle avait des métastases partout dans le cerveau et commençait à engager. On a commencé le cocktail antiépileptiques/corticoïdes et elle a été transférée dans l'après-midi dans un service adapté. Je l'aurais renvoyée chez elle. Où il n'y avait d'ailleurs personne, son ex-conjoint ayant la garde complète de leur fille, comme il me l'a appris au téléphone.

     

    Malheureusement, ce ne sera pas la dernière fois de ma carrière où je me dirai oh merde devant un.e patient.e. Les prochaines fois, il n'y aura peut-être pas de senior derrière pour rattraper, non pas mon mauvais diagnostic, mais mon absence de diagnostic. Il y aura fatalement un jour où je me dirai oh merde, et où je serai seule face au patient et sa famille. J'espère juste que ce ne sera pas pendant une intervention.
    Ces trois épisodes m'ont rendue paranoïaque des bêta-bloquants et des relais AVK, des ischémies mésentériques et des métastases cérébrales. Dans un contexte similaire, j'espère ne plus être faussement rassurée par mon absence cruelle de conclusion diagnostique. J'espère, sans être sûre.
    La médecine est à la base de la chirurgie. Mon chef de service dit à qui veut l'entendre qu'un mauvais clinicien ne peut pas être un bon chirurgien, même si je le soupçonne des fois de dire ça pour faire râler les orthopédistes. J'ai la chance d'être interne dans un service où tous les opérateurs sont sensibles à la clinique, ainsi qu'à l'aspect médical du postopératoire, parce qu'il n'y a pas que les drains thoraciques dans la vie. Mais j'ai des lacunes, comme beaucoup de monde. Peut-être aurais-je dû faire un semestre hors filière dans un service de médecine, même si ça m'aurait bien fait râler. Après tout, je râle bien que les internes de médecine devraient faire un semestre de chirurgie pour apprendre la vie. Ou faire six mois en réa médicale. Même si je ne capte rien aux antibiotiques et à la néphrologie.
    Heureusement, je ne suis pas généraliste : je n'éprouverai jamais la hantise quotidienne de faire la part du grave/pas grave au milieu de consultations autant variées.

    Tout ce que j'espère, c'est que la prochaine fois où je me dirai oh merde, j'apprendrai à ne plus faire la même erreur.


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  • Six

    L'une des dernières astreintes de chirurgie digestive que j'ai faites s'est également trouvé l'une des plus mémorables. C'est bien simple, on aurait dit une série américaine à rebondissements. Non, parce que des nuits blanches au bloc, j'en avais déjà fait, mais en sachant qu'on partait sur une nuit complète sur le champ. Là, c'était... différent.

    La valse avait commencé sur les coups de 17 heures et des cacahuètes, par un appel des Urgences pour une vague douleur abdominale chez madame A, âgée et obèse. Le scanner n'était pas bien contributif, mais l'urgentiste, à juste titre, était inquiet, parce que la dame défendait. En effet, la clinique était très louche, la biologie inquiétante, et j'appelai le ChefChéri pour avoir son avis. L'avis fut : allez zou, au bloc, et plus vite que ça. Et de une.

    Laparotomie médiane, colostomie droite sur un côlon franchement ischémique, mais avec de belles artères digestives qui battaient bien. Allez, on n'est pas venus pour enfiler des perles, on enlève tout le bouzin à l'agrafeuse automatique, crac-crac, anapath, anastomose, tiens vazy fais-le, et, oh, les Urgences qui appellent sur le portable d'astreinte.
    Trois patients d'un coup ? Mais c'est trop, avec un peu de chance ce sera juste des avis. ChefChéri, dans son infinie bonté, me fait aller donner les avis pendant qu'il ferme « parce que si faut revenir ça va me les briser sévère alors je préfère savoir maintenant si y'en a à opérer là-dedans, OK ? »

    OK. Il est 20 heures.

    Par ordre d'arrivée :
    Monsieur B, la vingtaine racaille : kyste sacrococcygien.
    Madame C, la quatre-vingtaine maigrichonne : très probable ulcère perforé.
    Madame D, la quarantaine presque fringante : appendicite aiguë simplex.

    Pour information, le service de chirurgie digestive n'a que deux lits de libre (dont un va bientôt être occupé par madame A), sinon c'est pas drôle.

    Je commence par voir madame C. Tableau typique, ventre de bois, tympanisme pré-hépatique (elle est toute maigre), un pneumopéritoine énorme au scanner, et ça fait trois jours qu'elle a mal, et quelques semaines qu'elle s'automédique aux anti-inflammatoires pour ses douleurs d'arthrose.
    Allez zou, au bloc, et de deux. ChefChéri appelle sa femme et lui dit de manger sans lui.

    Le temps que madame C monte, je vais voir monsieur B. Bon ben voilà, hein : un gros paquet de pus sur le coccyx, ça fait mal, c'est bien mûr, y'a plus qu'à l'endormir un coup et puis basta. Sauf que monsieur B n'est pas sûr de vouloir de faire opérer. Ce grand gaillard baraqué dit que, je cite dans le texte, zyva tu m'emmerdes oh, j'veux pas m'faire opérer quoi !
    Sur ce, le bloc me cherche, alors je lui dis de réfléchir et de nous tenir au courant.

    « On va la faire cœlio » annonce ChefChéri à mon retour en salle (il est déjà habillé et a commencé à préparer la table), et mon cœur s'enfonce dans la noirceur de l'amertume horrible de celle qui déteste de tout son être la cœlioscopie et cette putain de caméra et que ça irait tellement plus vite en laparo, fait chier bordel. Et en plus on n'a pas d'externe, ni encore moins d'instrumentiste.
    Et allez, c'est parti pour tenir la caméra.
    L'estomac est largement perforé sur la petite courbure, un peu derrière, RIEN QUE POUR FAIRE CHIER. Et comme ça fait deux jours et que madame C ne se laisse pas abattre par une vague douleur abdominale pour manger, y'a des petits pois dans son péritoine.
    La suture de ça, par laparo, aurait été relativement rapide. Par cœlio, autant compter une demi-heure par point, et en plus ces saletés déchirent la paroi gastrique quand le nœud descend et il faut recommencer et j'ai des crampes entre les épaules à tenir la caméra d'une main et un palpateur pour récliner le lobe gauche du foie de l'autre et s'il vous plaît sortez-moi de là.


    — Tu veux pas convertir ? demandai-je à ChefChéri au bout d'un moment.
    — Non, ça va, là on rame un peu mais ça va s'arranger.

    Vingt minutes après :
    — Tu veux pas convertir ?
    — Naon.
    — Non mais c'est que le deuxième point, là, et va bien falloir en mettre encore quelques uns et ça fait déjà une heure que tu y es.
    — Naon.

    Une demi-heure (et un point) plus tard, parce que l'humour est dans le comique de répétition :
    — Tu veux pas convertir ?
    Naon ! Je veux pas m'être fait chier en cœlio pour rien !
    — OK, c'est toi le chef.

    Pendant ce temps, l'IBODE circulante nous divertissait avec le portable d'astreinte. Cette petite raclure de Nokia orange sonnait toutes les dix minutes, nous informant avec délices du processus décisionnel de monsieur B quant à son kyste sacrococcygien.
    — Il veut.
    — Ha non, il veut plus.
    — Bon, finalement l'interne des urgences lui a réexpliqué et il veut bien.
    — Ha, il en a marre d'attendre, il veut se barrer.
    Là dessus, ChefChéri a gueulé dans le bloc qu'il aille se faire opérer dans le privé avec son kyste si ça lui chante, ou qu'il aille se faire pendre, il (ChefChéri) n'en a rien à foutre mais qu'il prenne une décision merde surtout qu'on a encore une appendoc qui attend il paraît et passe-moi un autre Prolène le même ils (les Prolènes) ont des aiguilles de merde qui se tordent dès que tu les regardes de travers fait chier bordel.
    — Tu veux pas convertir ?
    — NAON.

    Bon an mal an, la paroi gastrique fut finalement suturée. Rebelotte, pendant que ChefChéri fermait je redescendis aux Urgences. Il était alors bientôt minuit, heure solennelle s'il en est. Plutôt que de revoir tout de suite monsieur B, j'allai plutôt m'enquérir de l'état de l'appendice de madame D.
    Pour mémoire, le dernier lit du service serait bientôt rempli par madame C et son ulcère suturé par cœlioscopie.
    Appendicite aiguë typique, en effet. Madame D était aussi patiente (et stable, heureusement) que monsieur C était énervé. Mais elle tenait à être opérée à l'hôpital. Pas question d'aller en clinique, même sans dépassement d'honoraires, parce qu'on est mieux soignés à l'hôpital, pas vrai ?
    Le cœur brisé de son attachement à notre noble établissement, je me mis en devoir de lui trouver un lit quelque part. Le service qui nous hébergeait habituellement pas mal de malades était hélas plein à ras la gueule. J'étais en train de méditer en regardant la feuille d'état des lits quand le téléphone des Urgences a sonné, et un infirmier des Urgences a demandé à la cantonade où était l'interne de chir dig on la voulait au téléphone (comme s'il y en avait deux en tenue de bloc, charlotte et sabots, enfin passons).
    C'était le ChefChéri, en train de muter en ChefÉnervé, qui voulait savoir ce qu'il en était. 

    Allez zou, madame D monte au bloc, on se démerdera plus tard pour lui trouver un lit. Et de trois.

    Le temps qu'elle monte, je retourne voir monsieur C (j'avoue avoir vaguement caressé l'espoir qu'il soit parti contre avis entre temps, ça m'aurait bien arrangé de ne pas avoir à lui chercher un lit à lui aussi).
    Non seulement il n'était pas parti, mais il avait appelé sa mère au téléphone et était maintenant décidé à se faire opérer. Je suppose que, outre les conseils maternels, la pression du pus qu'il avait dans le kyste avait dû l'aider à se décider. Je l'informe qu'il y en a pour un petit moment et que non, il ne peut toujours pas manger, boire, ni fumer, sinon le gazier va râler.

    Appendicite cœlio classique. Pas trop sale. Vite finie. On va vite manger à l'internat (pain ketchup-moutarde et yaourt nature, à cette heure ci), et là, c'est le drame : l'anesthésiste de garde appelle pour savoir où ira madame D ensuite, parce que la salle de réveil, c'est pas un hôtel, hein. La bouche pleine de yaourt, je bafouille ne pas avoir eu le temps de m'en occuper. Le gazier fulmine. ChefChéri se marre. J'appelle l'interne d'ortho en le suppliant parce qu'il a le dernier lit de femme de chirurgie de l'hôpital, réussis presque à lui cacher que c'est une appendicite (« Par Ollier ! Tu veux infecter toutes mes PTH ! »), et finalement il me la prend parce qu'il est sympa.

    Une fois ce bon repas fini, on retourne vider le kyste sacrococcygien de monsieur C (qui entre temps avait encore changé d'avis trois fois avant de monter au bloc, mais un peu de kétamine dans les veines a fini par assurer à la fois son silence et la persistance de son consentement). Là, il est illusoire de vouloir l'héberger en orthopédie (en plus, ils n'ont plus de lits), rapport aux germes et à leurs PTH, donc on lui trouve une place en ORL.

    On était en train de le transférer de la table sur le brancard quand le portable d'astreinte a de nouveau sonné (ça faisait longtemps). Hernie étranglée chez monsieur E.

    Là, il est deux heures et demie du matin, et ChefChéri descend voir monsieur E avec moi, sous prétexte que les urgentistes nous appellent vraiment pour des conneries d'abord ils ne savent pas reconnaître une hernie étranglée quand ils en voient une et, ha, la hernie ombilicale est noire, en fait, on la voit bien sous la peau. Elle est noire. Et pas de transit. Et une cirrhose hépatique avec 20% de TP spontané.

    Allez zou, au bloc. Et de cinq.

    Mais là, l'anesthésiste nous freine et nous permet de dormir. Il décide de lui poser un cathé central et une artère (parce que monsieur E n'avait pas qu'une hernie étranglée et une cirrhose, on aurait pu écrire tous les partiels des externes avec son histoire). Ce qui veut dire une chose, et une seule : dodo.
    ChefChéri se volatilise sans dire un mot. Je vais dans la salle de repos la plus proche de la salle d'urgence, enlève mes lunettes, me couche sur les fauteuils alignés contre le mur, et dors. L'infirmière saura bien me trouver quand il le faudra. Noir.

    J'ouvre les yeux. Il y a de la lumière.
    Ce n'est pas ma chambre.

    Je vois flou. Je ne vois rien, qu'un brouillard orangé. Où sont mes lunettes ? Merde, où sont mes lunettes elles ont disparu. Et sur quoi suis-je couchée ? Un brancard ? Non, des fauteuils alignés. Mais où est-ce que je suis. Je ne connais pas cet endroit. J'ai été enlevée. Par qui, le gouvernement, la CIA, les aliens ?
    Le cœur battant la chamade, je roule par terre, ce qui me permet de trouver mes lunettes, sous mes fesses.
    Maintenant que j'y vois net, on dirait une salle de repos dans un bloc.
    Ha ben oui. C'est la salle de repos des urologues. Et, au bruit, monsieur E est fini de conditionner puisque l'IBODE manipule les boîtes d'instruments.
    Pfiou, j'ai eu peur.
    Et puis, sérieux, qui s'amuserait à enlever l'interne de chirurgie digestive d'astreinte d'un CHU de province, je vous demande un peu.

    Un quart d'heure plus tard, je suis en train de me laver pour préparer la table, et ChefChéri n'a toujours pas reparu. Il est plus de quatre heures du matin : je n'en ai rien à foutre. Il arrivera quand il arrivera s'il arrive, avant il faut que je m'habille, et puis y'a la table à préparer, le patient à champer, des tas de trucs à faire, et s'il n'est pas là au moment d'inciser je commencerai à m'en préoccuper. Une chose à la fois, à cette heure ci. Parce que sinon je vais m'embrouiller et essayer d'inciser avec le tuyau de l'aspiration avant d'avoir champé.
    Et ChefChéri finit par arriver, la tête dans le cul. Il avait traîné un brancard dans la réserve de thoracique et s'était endormi au noir et au calme, loin du bruit et de la foule qui rend fou.

    On incise en silence. Le grêle est nécrotique sur trop long, plusieurs anses prises dans la hernie. Le collet herniaire, très serré. Il va falloir réséquer. J'ai du retard à passer les instruments de ma main libre. Le brouillard de la fin de nuit blanche, les sons étouffés dans du coton, et des micro-sommeils à chaque clignement des paupières. Le pilote automatique, aussi. Puis, peu à peu, l'hystérie : l'adrénaline est le seuil moyen de rester éveillé, et du coup les langues se délient, les blagues idiotes fusent, on s'engueule mais on s'adore, on daube sur le gazier qui est sorti de salle, la joie d'informer tout le monde qu'il n'y aura pas besoin de lui chercher un lit parce qu'il ira aux soins intensifs, l'emballement fiévreux qui fait aller plus vite, réveille, fait dire des tas de conneries et hélas augmente le risque d'en faire.

    C'est à ce moment-là que le téléphone d'astreinte sonne. La circulante décroche et informe :
    — C'est les Urgences.
    — Mouhahaha ! Trop drôle, ta blague ! Tu déconnes, c'est le service, ils doivent avoir un souci !
    — Non, c'est bien les Urgences ! Ils ont un abcès de la marge anale !

    Et là, avec la grande diplomatie qui me caractérise, doublée de ce sens inné du timing, j'ai gueulé dans le bloc :
    — NON MAIS ILS VONT PAS UN PEU FINI DE NOUS FAIRE CHIER AVEC LEURS URGENCES À OPÉRER C'EST LA SIXIÈME DE LA NUIT MERDE !
    Un silence, et l'infirmière, très pince sans rire, annonce :
    — Je crois qu'ils t'ont entendue à travers le téléphone.

    Hurlements de rire du chef, qui en pose les ciseaux et la pince à disséquer.

    On a fait l'abcès de la marge à six heures du matin. Pas de repos de sécurité. Je m'en souviendrai, de ma dernière astreinte de digestif.


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  • Je pourrais revenir sur les moultes raisons qui me font détester la Journée Internationale des Droits des Femmes, plus communément appelée « Journée de Lafâme. »

    Non, je vais plutôt vous parler d'un échec cuisant, un gros, un énorme rail, dont ma ville natale s'est rendue coupable.

    La charmante ville de Clermont-Ferrand (ASM, pneus Michelin, Vercingétorix, un volcan s'éteint un être s'éveil toussa toussa) a en effet décidé, intention fort louable, d'organiser une Semaine des droits des femmes, du 8 au 15 mars. La ville est placardée d'affiches. Ça, c'est cool.

    L'échec du Huit Mars

    Ce qui est moins cool, c'est la citation sur l'affiche : « Femme, ose être ! »
    Signée Félix Pécaut.
    À la vue de cette injonction masculine — genre les femmes ne peuvent oser se libérer des chaînes patriarcales que sous l'injonction bien virile d'un homme — mon sang n'a fait qu'un tour.

    Alors j'ai googlé. Félix Pécaut (1828 - 1898) était un inspecteur de l'Instruction publique, dreyfusard et attaché aux valeurs laïques. Le joyeux Félix est par ailleurs du sud-ouest, assez loin pour ne pas pouvoir être qualifié d'auvergnat, même avec la meilleure volonté du monde.

    Et là, mon double sang de féministe et d'auvergnate n'a fait qu'un tour. Ou alors un seul sang et deux tours.

    La citation est le sous-titre d'un ouvrage féministe, la Voie Féministe, écrit par une femme clermontoise, Hélène Brion (1882 - 1962). Institutrice, féministe, suffragette, syndicaliste — la liste de ses étiquettes suffit à esquisser sa carrure impressionnante. Impressionnante, mais aussi mal connue que monsieur Pécaut pour que l'association ne saute pas aux yeux. J'estime pourtant avec une certaine culture du corpus féministe.
    Donc, une bande de crétins quelconques du service culturel de la mairie de Clermont-Ferrand a estimé normal d'honorer une femme auvergnate engagée par les mots d'un homme même pas de la région.

    Hélène Brion

    Une jolie citation d'Hélène Brion aurait pu figurer en bonne place sur l'affiche :
    « Je comparais ici inculpée comme inculpée de délit politique, or je suis dépouillée de tous les droits politiques. » (1917).

    Cette substitution est, à mon sens, symptomatique de la dérive bien-pensante du féminisme — son abâtardissement, en quelque sorte. Le féminisme est revendiqué par de plus en plus d'hommes ; c'est une bonne chose que tout le monde prenne conscience des problèmes inhérents à une société patriarcale. Mais le rôle principal des alliés masculins est de fermer sa trappe. De leur position de privilégiés du système, les hommes féministes n'ont qu'une chose à faire, libérer de l'espace d'expression pour les femmes, partager les fauteuils des premiers rangs du parterre, donner le micro pour parler à la société et non réclamer pour leur propre compte le discours féministe. Utiliser l'injonction paternaliste d'un dominant pour promouvoir les droits des dominées est plus que stupide. C'est tant méconnaître l'histoire des luttes féministes que renforcer le système, en utilisant encore et toujours la parole des hommes alors que le sujet concerne les femmes.

    Comme disait le bon vieux François-Marie, Seigneur, gardez-moi de mes amis. Je me charge de mes ennemis.

    Et puis merde, quoi : un Béarnais.

     


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  • Parce que oui, j'écris un billet de Noël fin janvier si j'ai envie.

    En dehors de cette année, j'étais de garde ou d'astreinte pour tous les Noël de mon internat (donc 4). Et, une année, j'étais d'astreinte de chirurgie digestive.

    Qui dit Noël dit festivités malgré les gardes, ce qui explique comment je me suis trouvée en jolie robe, bijoux et talons hauts au milieu des Urgences ce fameux 25 décembre à 11h du matin, après la visite, et prête à aller déjeuner chez mes parents.

    On m'avait appelée pour une « suspicion » d'abcès de la marge anale (vous sentez venir le coup).

    Le doute était au diagnostic ce que les glaciers sont au Sahara. Monsieur A (comme abcès) était mal allongé sur une seule fesse, l'autre ayant triplé de volume. Homme propre sur lui d'une quarantaine d'années, il me raconta, suant et soufflant de douleur, que, depuis huit jours exactement, il avait pour ainsi dire très mal au cul. Dès le deuxième jour du début des symptômes, il était allé voir son médecin traitant, qui avait posé le diagnostic et, devant le caractère non collecté de la chose, l'avait mis sous antibiotiques pour 7 jours. Avec consigne de reconsulter si pas d'amélioration. Monsieur A avait donc attendu consciencieusement la fin des antibiotiques avant de reconsulter. 

    — Vous avez dû passer un mauvais réveillon, lui dis-je en considérant pensivement sa fesse.
    — Oh oui. Mais je ne voulais pas gâcher la fête, répondit-il en serrant les dents.

    La situation était claire : il fallait inciser le merdier et nettoyer les flots de cadavres de macrophages qui infligeaient autant de souffrances à ce pauvre homme.
    Sauf que j'avais pas envie de crader mes jolis habits.

    Je suis sortie du box et, avisant l'urgentiste — un pote de promo, en plus — je lui demandais si ça ne le dérangeait pas d'inciser ledit abcès. Parce que lui était en tenue bleue, et que tout le monde peut inciser un abcès de la taille d'un ballon de rugby. C'était quasiment prédécoupé, avec l'endroit le plus fragile bien blanc et bien tendu.

    Avec la gentillesse sadique que les urgentistes ont souvent pour les internes de chirurgie, mon pote (qui avait toujours été, je me le rappelais maintenant, aussi aimable qu'un chacal qui se serait roulé dans le bourbier qui sert de toilettes aux dromadaires) refusa. Et son sourire cynique me confirmait 1. sa nature canine et 2. sa profonde envie de me voir nager dans le pus jusqu'aux coudes dans mes vêtements de fêtes.

    — Tu fais chier, lui dis-je avec la profonde élégance qui me caractérise.
    — Je sais, répondit-il avec un grand sourire. Fallait pas te mettre sur ton 31 avant de venir.
    — T'es vraiment rien qu'un chacal qui se serait roulé dans le bourbier qui sert de toilettes aux dromadaires.
    — Je sais, reconnut-il, désarmant de sincérité perverse.

    Bon. Quand faut y aller, faut y aller.

    J'ai quitté ma jolie veste, mon collier et mon bracelet, que j'ai posé sur une chaise des Urgences, protégés par une malédiction très personnelle. J'ai mis deux paires de surchaussures. J'ai enfilé une blouse de soins en intissé, puis la casaque stérile et les gants. Tartiné le fessier ardent de monsieur A de bétadine, posé un champ, et demandé à l'externe de mettre un drap par terre sous le brancard. Oui, de mon côté. Tu sauras bientôt pourquoi. Tu peux tenir l'autre fesse un peu soulevée, s'il te plaît ?

    Pas de locale, devant tant d'inflammation c'est inutile. Monsieur A n'a pas senti mon coup de bistouri ; par contre, l'externe a senti l'odeur, et ce grand gaillard a eu un haut-le-cœur. Vu sa tête, il est d'ailleurs possible qu'il ait retenu son vomi dans la bouche. Des flots de puant pus crémeux jaillissaient, chassant mon parfum préféré d'Estée Lauder à grands coups de lattes. Pendant que l'externe menaçait de tourner de l'œil (mais tenant toujours la fesse saine de manière à dégager la malade, dans une grande ténacité professionnelle), monsieur A poussa un grand soupir de soulagement. Je glissai ensuite mon index dans l'abcès pour effondrer les cloisons — cela ne lui arrachera pas un frémissement.

    — C'est l'abcès qui coule ? demanda-t-il. Vous avez déjà ouvert ?

    Preuve par neuf que, dans ces cas-là, l'anesthésie locale est inutile (et en plus ça fait un mal de chien de piquer dans du tissu inflammatoire, particulièrement autour du trou du cul).

    L'externe se réveilla pour remplir ma seringue de sérum physiologique et d'eau oxygénée. Le résultat ressembla à une soirée mousse au camping municipal de Palavas-les-Flots. C'était charmant. Et il y en avait partout.

    Pour finir, je méchai l'abcès et retirai le champ. Le haricot posé sous la fesse était plein de pus. Le brancard aussi. La moitié inférieure de monsieur A aussi. Le sol aussi.

    L'externe était en tenue bleue. Je ramassai le gros des saletés et, en digne esclavagiste, lui demandai de finir de nettoyer monsieur A et de lui trouver un slip en résille avec beaucoup de tampons américains.

    Après les explications d'usage quant aux soins locaux et à la nécessité de consulter un.e chirurgien.ne digestive pour le suivi et le traitement d'une probable fistule, je finis de me défroquer et quittai le box, après un bon lavage des mains.

    Mon forban de pote de promo avait disparu (bien lui en avait pris). Un mot dans le dossier, deux ordonnances, un arrêt de travail, et une demi-bouteille de Stérilium plus tard, j'étais dehors. L'odeur fétide commençait à vicier l'air confiné des Urgences : il était temps de partir.

    Un pas dehors, une bonne inspiration d'air frais. Et plisser le nez.
    Un autre pas. Non, toujours pareil.
    Encore un pas. Les effluves douceâtres et collantes du pus me suivaient.

    Ma voiture sentait le pus.
    La maison de mes parents sentait le pus.
    La crème au café de la bûche sentait le pus.
    Le monde entier sentait le pus.

    En protestation, le chat pissa à côté de sa litière. Il y eu une poussée de violence policière à Notre-Dame-des-Landes. La Bourse de Paris s'effondra. Le réchauffement climatique s'aggrava. Et mon bon parfum préféré des jours de fêtes est désormais associé de manière indéfectible, pour mon connard de cerveau, à la fragrance invasive du pus des abcès du cul.


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  • Ce matin, à la radio, j'ai entendu une nouvelle pub pour Cochonou, « le bon saucisson qu'on aime chez nous. »

    Ambiance sonore d'aéroport, un douanier à l'accent supposé chinois caricatural interpelle un couple de Français au nom bien franchouillard, et découvre, caché dans la peluche du gamin, un saucisson.
    Conclusion de la publicité : « les Français ne peuvent pas se passer de Cochonou. » (Je ne me souviens plus de la phrase exacte, je mettrai le billet à jour dès que possible.)

    Ce n'est pas la première fois que la marque base sa publicité sur l'association supposée forte du saucisson et de la franchitude. Cette série d'affiches semble même oublier que la Guyane est une terre française, l'associant de manière forte aux destinations étrangères du reste de la série : New York, exil fiscal, etc. Être français.e, pour Cochonou, c'est donc 1. manger du saucisson et 2. vivre en métropole.

    Et cette publicité de 1986 fait saigner mon cœur d'auvergnate avec ses clichés. Je vous jure que, quand j'avais un an, l'Auvergne était déjà une contrée moderne où on ne se réunit pas pour manger du saucisson industriel au bruit d'un accordéon poussif, le tout vêtu d'une biaude et d'un béret.

    Mais qu'en est-il des nombreux.ses Français.es qui ne mangent pas de cochon ?

    En tant que végétarienne, je ne mange pas de saucisson, puisqu'il faut tuer un animal pour le fabriquer.
    Ha mais pardon, je suis Française, moi, j'ai les yeux bleus, la peau claire et un nom bien traditionnel. Refuser le saucisson national est une excentricité que l'on peut me passer, même si la bien-pensance écolo commence à nous les chauffer, bordel. Et manger de la salade, c'est un truc de nanas anyway.

    En plus, les cochons, ils sont contents de se transformer en saucisson ! Regardez !

    Cochonou et le privilège du dominant

    Ha non ?
    Sûr ?
    Bon. (Attention, si vous comptez manger votre cote de porc de bon appétit, ne cliquez pas.)

    Bref. Les végétariens, c'est que des emmerdeurs, on le savait déjà. Le reste des gens normaux, ils mangent du saucisson.

    Quoi, les musulmans et les juifs ?
    Déjà, s'ils étaient Français, on dirait pas « les juifs et les musulmans » mais « les Français », non ? Est-ce qu'on parle « des chrétiens » ? Non, on dit « les Français.» (Les athées d'origine européenne, c'est comme s'ils étaient chrétiens, d'abord, parce qu'ils sont Français d'apparence. Et les bouddhistes on les emmerde.)
    Non ?
    Bon.
    OK, ils sont peut-être Français, mais ils ne sont pas normaux ! Un Français normal, il aime la viande, et encore plus le saucisson. C'est terroir, c'est tradition.

    Ça, mes ami.es, c'est le privilège du dominant : ne pas s'interroger sur les restrictions que le modèle « personne normale » comporte.
    La majorité des personnes de nationalité française mangent de la viande et, plus précisément, de saucisson ? Bin voilà. Plutôt que d'en rester à « le saucisson est un plat carné traditionnel de France (mais aussi d'Espagne et d'Italie) », non, par la magie du matraquage médiatique, on tombe tout de suite dans « saucisson = nationalité française. » Genre si t'essayes pas de passer en fraude un sauciflard à la douane tellement tu l'aimes, t'es pas français.
    Le problème de ces généralisations sauvages faites dans un sens a priori unique (saucisson -> Français), c'est qu'il est trop facile de les rendre à double sens (saucisson <-> Français).

    Je suis Française, et je ne mange pas de saucisson pour des raisons qui me regardent. Mais d'autres éléments me rattachent au modèle dominant, principalement la sonorité de mon nom et ma couleur de peau. 
    Si l'on m'offre du saucisson et que je refuse « parce que je n'en mange pas, » on me demandera aussitôt si je suis végétarienne (déjà testé).
    Maintenant, si je m'appelais Rachida ou Najet, on me dirait aussitôt (même pas questionné) « ha mais pardon, t'es musulmane.» (Vu faire devant une amie végétarienne d'origine marocaine qui avait refusé des bonbons à base de gélatine animale.)

    Le privilège du dominant, c'est de généraliser ses caractéristiques statistiques propres à l'ensemble de la population, en ignorant les variantes. Et plus il y a de différences, et plus le dominant refuse d'inclure les différents dans son groupe.
    Oh, il n'y a pas toujours volonté de nuire. Même rarement. Je doute que les publicitaires de chez Cochonou se soient levé un matin en se disant : « aujourd'hui, on va faire chier les Français qui ne mangent pas de saucisson en remettant leur nationalité en cause. »
    Mais il est prouvé scientifiquement que l'hégémonie des caractéristiques dominantes génère de l'insécurité auprès des non-dominant.es (par exemple, la période de Noël et les non chrétiens).

    Comment y remédier ? Certainement pas en bannissant le saucisson ou l'expression patriotique qu'il peut revêtir aux yeux de certains. Mais en accordant un espace d'expression libre aux non-mangeur.ses de saucisson. Et pas un espace policé où l'adhésion aux règles sociales des dominant.es est valorisé. Un espace de liberté, où il soit possible d'affirmer son appartenance à la société sans se faire dire « oui mais non poulette, si tu fais pas X tu ne peux pas appartenir à l'espace social Y. »

    Il est difficile de réfléchir à son privilège. Surtout parce que ce n'est pas un crime que d'être privilégié.e.
    Non, ce qui est criminel est de mépriser l'expression des valeurs et des opinions n'allant pas dans le sens du privilège.

    Et le remède est simple : de temps en temps, il faut fermer sa gueule et écouter les autres. Simple, mais on n'a pas le cul sorti des ronces.

     

    Edit du 19/01/14 :

    Mon pôpa m'a signalé cette vidéo de Justin Bridou, qui prend le contrepied exact de Cochonou. Le saucisson y est synonyme de partage, de convivialité et de rapprochement entre les peuples. Plus classe, non ?


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