• Il est mort, j'en ai la certitude.

    J'étais une petite P2 toute fraîche émoulue de sa P1, et trop, mais alors trop contente, heureuse et fière d'aller enfin à l'hôpital faire un stage de soins infirmiers pendant l'été. J'allais voir des patients en chair et en os !

    Le stage durait quatre semaines : la première d'ASH, la deuxième d'AS et les deux dernières de soins infirmiers proprement dits. C'était en dermato — entendez, beaucoup de pansements. Une fois externe, je n'ai pas eu à apprendre bêtement par cœur les descriptions des ulcères veineux, des érysipèles et stades d'escarres, je les avais bien toutes vues en vrai.
    (Mais rassurez-vous, mon incompétence pour tout le reste de la dermato est bel et bien abyssale. Heureusement que la technologie permet d'envoyer des MMS avec des photos de peau aux potesses de dermato, dis, c'est du psoriasis ou autre chose ?)

    Le service était de taille normale, me paraissait grand. J'écrivais mes relèves sur un petit carnet, en tirant un peu la langue, avec un super stylo quatre-couleurs au corps argenté. La masochiste cachée en moi était contente de se lever à quatre heures du matin pour aller travailler. La continuité des soins, je trouvais ça poétique. Noble, même. J'avais, quoi, dix-huit ans, tout juste voté à mes premières élections, jamais bien sortie de chez moi, pleine de bonne volonté, sauver le monde en allégeant les souffrances — jeune fille naïve pas tout à fait sortie de l'enfance.

    Comme tout le monde, j'ai commencé à sauver le monde en récurrant les chiottes. Habitant encore chez mes parents, c'était la première fois que j'avais vraiment à faire le ménage, et je jure passer aujourd'hui le balais chez moi comme une ASH quadragénaire, mi-brésilienne et aimant rire, me l'a appris la première semaine.

    Le service comportait deux secteurs. La cadre m'avait placée sur le deuxième secteur, pour ne pas que je sois au premier, expressément pour ne pas être confrontée à monsieur T. J'entendais parler de lui à chaque relève ; il menait la vie dure aux soignants, était plus qu'exigeant, parfois méchant, toujours désagréable...
    Il avait surtout un mélanome polymétastatique. Tout le monde m'a expliqué qu'il était en train de mourir, qu'il était chiant, que quand je voyais que c'était lui qui sonnait je devais appeler mon AS ou mon IDE et ne pas y aller ! Je n'étais pas assez aguerrie pour les affronter, lui et sa mort, et son caractère.

    Un jour, j'y suis allée pour aider l'AS à la toilette. Je suis rentrée dans cette chambre comme dans une église.
    C'était une chambre seule, bien sûr, encombrée d'un magma d'affaires comme il n'y en a que dans les chambres des « chroniques. » De gros sacs de voyage, des photos encadrées, un sac de toilette vomissant son contenu, toutes ses affaires... Mais c'est le lit qui me fascinait.
    Monsieur T était couché en chien de fusil, et maigre, maigre, comme jamais personne ne devrait, ne pourrait, l'être. Il tournait le dos à la porte. Il était quasi-nu, hormis une protection. Il bougeait toujours lentement ses bras et ses jambes décharnés. Une kyrielle de tubulures était branchée sur son thorax, raccordées à une chambre implantable saillant sous la peau. Ce jour-là, j'ai vu pour la première fois quelqu'un de vraiment malade. Il n'avait pas quarante ans.

    On m'a présentée, la nouvelle petite souris temporaire du service, à la tenue aussi blanche que les murs. J'ai souri et timidement dis bonjour.

    J'aurais voulu pouvoir faire quelque chose pour monsieur T. On m'a vaguement expliqué les chimiothérapies palliatives. J'ai compris que la maladie, c'était son corps contre lui-même. J'aimais bien monsieur T. Il était chiant, râleur, faisait exprès d'envoyer les infirmières courir à l'autre bout du service, et j'ai failli tourner de l'œil en assistant à son pansement d'escarre sacrée. Un trou de la taille d'une assiette à soupe, d'où sortaient, parfaitement disséquées, les vertèbres sacrées, juste couvertes d'un peu de fibrine. On devinait même les nerfs sciatiques, là, en bas, au fond du trou. L'odeur était infernale, malgré les pansements au charbon. On mettait des huiles essentielles sur du coton pour parfumer la chambre. Le résultat était écœurant dès l'entrée ; c'était la douceur fétide du pyocyanique avec la fadeur de la mandarine, mais ça sentait moins la mort.

    Et les dieux savent si la mort de monsieur T préoccupait l'équipe soignante. Un jour, quelqu'un s'est aperçu qu'il avait un daisho (avec un vrai katana qui coupe) dans le coffret sous la fenêtre. L'équipe s'est trouvée en émoi à la relève, jusqu'à ce que quelqu'un de plus cortiqué relève que, monsieur T étant grabataire, il ne risquait pas d'attraper le nécessaire à seppuku. Un autre jour, c'étaient les gélules d'ActiSkénan : on ne savait pas s'il les prenait bien ou ne les cachait pas quelque part à portée de main pour se suicider avec. Philosophe, la cadre a dit que, s'il arrivait à cacher au personnel assez de morphiniques pour mourir, il aurait bien gagné sa TS.

    La maladie de monsieur T me révoltait. L'impuissance de la médecine aussi. Cet homme était photographe, dans la force de l'âge, et en train de mourir. J'aurais pu avoir une crise de foi et décider de devenir oncologue. Je voulais l'aider, le guérir, mais je ne pouvais pas. Je voulais le prendre aux reins et le relever, mais ça, c'est dans les contes de fées. Alors à la place, j'ai répondu à toutes ses sonnettes. Les infirmières et les AS m'ont regardée faire, un sourcil levé, attendant que je revienne en pleurant — monsieur T aimait bien faire pleurer les élèves.

    Sauf que, voilà. J'aimais bien monsieur T, et il m'aimait bien. Il était assez léger pour que je puisse le recaler sans aide sur ses oreillers lorsqu'il glissait. J'étais maladroite comme un chiot, mais un chiot appliqué. Je lui ai sûrement fait mal, causé plus d'inconfort que les vrais soignants, qui ont appris à mobiliser quelqu'un qui a mal, mais il ne m'a jamais râlé après. Il m'impressionnait, me fascinait, et j'avais peur de lui faire mal en le touchant. Je m'excusais, et le regardais avec inquiétude — si jamais le trop de douleur arrivé par ma faute l'avait tué ? Mais il disait que non, il n'avait pas plus mal.

    Un jour, il a sonné pour dire qu'il avait envie de bonbons à l'anis. Le porte-monnaie était dans la table de nuit, si je pouvais descendre au kiosque lui en acheter une boîte ?
    J'y suis allée, petite créature en tenue blanche, ballerines blanches, queue de cheval bien tirée, les lunettes de myope et encore quelques boutons d'acné qui traînent. De ma petite voix polie et bien élevée d'apprentie hospitalière, j'ai demandé des anis de Flavigny, parfum naturel s'il vous plaît. On m'a donné une boîte ovale ; un couple de bergers de fantaisie y minaudaient sous un arbre, et je suis vite remontée dans la chambre.
    Monsieur T m'a remerciée et m'a demandé de lui ouvrir la boîte. Ses grands doigts bruns et décharnés ont attrapé une boule d'anis. Avant de la manger, il m'a priée de me servir si j'en voulais. Pour être gentille, j'ai pris un bonbon et je l'ai à mon tour bien remercié.
    En sortant de la chambre, j'ai jeté le bonbon — je détestais vraiment l'anis — et ça m'a déchiré le cœur. Ingrate, voilà, le monsieur va bientôt mourir, il te donne un bonbon, et tu n'es même pas capable de le manger. J'ai falli aller rechercher la boule d'anis au fond du sac. Je l'y vois encore. J'avais honte de ne pas aimer l'anis.

    Heureusement, le stage s'est fini. Tous les jours, en arrivant, je redoutais d'apprendre la mort de monsieur T. Heureusement, il n'est pas mort avant que je quitte le service. A mon dernier jour, je n'étais pas sur son secteur, et je me suis faufilée dans sa chambre pour lui dire au revoir pendant que personne ne regardait. Je me sentais presque coupable d'avoir sympathisé. Les cours de P1 de sciences humaines avaient eu beau jeu d'expliquer vaguement que l'empathie c'était bien et la sympathie c'était mal, la maladie et l'histoire de monsieur T m'avaient frappé en plein dans les tripes. Je l'aimais bien. Plus tard, j'ai appris à mes dépends que ces attitudes sont, à long terme, toxiques et pour les malades et pour les soignants. Ne pas s'attacher est la règle, la sanction le burn-out. Monsieur T était le premier. Il est sûrement mort peu de temps après la fin du stage. Je n'ai jamais appelé pour demander. C'était inévitable. Mieux valait ne pas savoir.

     

    Cinq ans plus tard, deux semaines avant la prise de poste d'interne, je me suis trouvée sur une aire d'autoroute. Je voulais un paquet de Kit-Kat avant la pause pipi réglementaire. A côté des chocolats se trouvait un petit présentoir avec des boîtes d'anis de Flavigny à tous les parfums. Sur une impulsion, j'en ai acheté une boîte, parfum naturel, moi qui ai toujours affirmé détester ça, et j'ai mangé le premier avec une pensée pour monsieur T, mon premier patient, et qui est mort.

    Il y a toujours une boîte de bonbons de Flavigny de ce parfum dans ma voiture. En fait, j'aime bien l'anis.


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  • Récemment, le Di-Antalvic, association de paracétamol et dextropropoxyphène, a été retiré. Motif : les demi-vies de chaque molécule étant différentes, il y avait un risque d'hépatite médicamenteuse au paracétamol.

    Aujourd'hui, on parle de retirer le brave tramadol, qui, à part flanquer la nausée à certains, n'a jamais fait de mal à personne. Bien au contraire, puisqu'il s'agit d'un antalgique. Le tramadol est commercialisé sous diverses appellations : Contramal, Topalgic... En association avec le paracétamol, c'est l'Ixprim.
    Mais les forums de Doctissimo « on » dit qu'il est addictif ! C'est mal, un médicament addictif ! Et même que 20minutes dit que c'est dérivé de l'opium ! Putain mais c'est dangereux, l'opium !

    Ouais. Alors.

    D'abord, qu'est-ce que c'est que les antalgiques (à part des médicaments contre la douleur).
    On les divise en trois paliers, palier I, palier II et palier III, selon l'intensité de l'action. Le palier I, c'est le paracétamol, le bon vieux Doliprane en 1 gramme toutes les 6 heures. Le palier III, ce sont les morphiniques : d'abord, bien sûr, la morphine elle-même sous toutes ses formes, orales et injectables, et ses proches cousins (je pense surtout aux patchs de fentanyl, qui ont changé la vie des douleurs cancéreuses). Ce qui est plus puissant que le paracétamol et moins puissant que les morphiniques est un palier II.
    Les paliers I sont en vente libre. Les paliers III nécessitent des ordonnances sécurisées et ont des durées de prescription limitée dans le temps, en raison du potentiel addictif majeur, pour essayer de prévenir les traffics. Les paliers II sont délivrés sur ordonnance simple.

    Prendre en charge la douleur veut dire multiplier les traitements. Multiplier, et pas additionner,  parce que les effets des molécules ne s'ajoutent pas, ils se combinent pour obtenir un effet supérieur à celui des deux molécules prises séparément. En chirurgie, ça veut dire souvent une anesthésie péridurale, une rachi-anesthésie ou un bloc loco-régional en plus des médicaments. En termes de médicaments, ça veut dire combiner les classes.

    Les prescriptions standard d'antalgiques en post-op sont souvent protocolisées (sinon par service, du moins par prescripteur). En fonction de la douleur « attendue », on va pouvoir avoir :
    - pas mal mal : palier I + palier III d'action longue en systématique, et palier II et palier III d'action rapide en si besoin.
    - pas trop mal : palier I + palier II en systématique, et palier III d'action rapide en si besoin
    A la sortie, on prescrit en général du palier I en systématique pendant quelques jours, avec un palier II si besoin.

    Pas besoin d'être grand druide pour voir que les antalgiques de palier II, dont le villipendé tramadol, sont le pivot du la prise en charge de la douleur : ils évitent de prescrire des morphiniques. Il ne faut pas rester avec la douleur, tout le monde est d'accord là-dessus, et les patients en premier. La douleur est nocive, elle ne vous gagnera pas le Paradis. Avoir mal, c'est mal. Mais souvent, le paracétamol ne suffit pas. Alors pourquoi ne pas donner de morphiniques à tout le monde ?
    Parce que les morphiniques ont des effets secondaires : désorientation, hallucinations, constipation, pour parler des plus fréquents. Ces effets secondaires dépendent bien sûr de la dose (plus elle sera élevée, et plus le risque d'effets secondaires est élevé), et leur intensité varie selon les personnes et la molécule. Donc si on peut diminuer les doses administrées, on aura moins d'effets secondaires, et l'absence de douleur ne sera pas achetée par, mettons, un fécalome. 
    Pour moins donner de morphiniques, il suffit de donner des antalgiques de palier II en plus du paracétamol.

    Mais vous allez dire attendez, elle ne parle pas de l'addiction ! La morphine ça rend accro ! C'est pas un effet secondaire, ça ?
    Non. Pas quand on a mal.

    Imaginez vous (oui, vous, en train de me lire). Plusieurs scénarios au choix :
    - on vient de vous opérer de quelque part, il y a des drains, des coutures, vous ne pouvez pas vous tourner sans avoir mal,
    - vous avez une maladie chronique douloureuse, invalidante, qui vous empêche de faire votre métier et votre vie,
    - vous avez un cancer de quelque part, avec des métastases osseuses hyper douloureuses.
    Si une gélule d'Acti-Skénan, un patch de fentanyl, une gélule d'Oxynorm ou de Sophidone, n'importe quel morphinique adapté à la situation, vous permet de ne plus avoir mal, de bouger, de vous lever, de vivre tranquille, vous la prendrez, non ? Entre un lit de souffrances et une balade dans le jardin, la différence peut être une prise de morphiniques. Quand vous aurez mal, vous prendrez des morphiniques, parce que vous en aurez besoin. Quand vous n'aurez plus mal, vous n'en prendrez plus. Si vous avez mal six jours, vous en prendrez six jours. Si c'est six mois, ce sera pareil, et vous ne serez pas accros. Quand il n'y a plus de douleurs, il n'y a plus de besoins de médicaments. Vous ne serez pas accro. Vous aurez simplement pris un médicament adapté à votre maladie, pendant la durée de la maladie.
    Si les morphiniques vous entraînent des effets secondaires, on essayera de diminuer les doses, de changer de molécule, et de traiter les symptomes des effets secondaires. Le risque d'effets indésirables est là, mais le bénéfice est majeur : ne pas avoir mal, au lieu de se tordre de douleur. Si pour ça faut prendre des laxatifs en plus, on en prendra. C'est la balance bénéfices/risques : pour ne pas nuire, il faut que les bénéfices attendus soient supérieurs aux risques escomptés.

    Ça, c'est pour les douleurs intenses et invalidantes imposant des morphiniques. Si vous avez juste mal mais pas trop, vous prendrez d'abord du Doliprane, mais ça ne suffira pas. La douleur de l'entorse vous empêchera de bouger, même d'aller travailler. Est-ce qu'il vous faudra prendre des morphiniques ?
    Une prise de morphiniques aura les mêmes effets indésirables que si votre douleur était intolérable, mais le bénéfice sera moindre, puisqu'on passera simplement « mal » à « pas mal » au lieu de « insupportable » à « vivable. » La balance bénéfices/risques est en défaveur de l'utilisation de morphiniques, d'autant plus que d'autres traitements existent et ne possèdent pas ces effets indésirables.
    Je ne vais pas faire rentrer des opérés chez eux avec une prescription de morphiniques s'ils n'en ont pas besoin. Je ne peux pas les laisser avec que du paracétamol non plus. On n'a déjà plus de dextropropoxyphène, ne nous retirez pas le tramadol !

    S'il n'y a plus de tramadol, plutôt que de la morphine orale d'action rapide, sur quoi se repliera-t-on ? Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS, soit tout ce qui se termine en -ène) ? En voilà des médicaments dangereux, en vente libre, fréquents responsables de séjours en réa, de chocs septiques, de reins flingués et de dialyses. Des médicaments avec de nombreuses contre-indications, à manier avec précaution, et dont tout le monde se gave librement au mépris de la balance bénéfices/risques. Faire passer tous les AINS sur prescription médicale seule permettrait déjà de limiter la iatrogénie, bien plus qu'une rare et illusoire addiction au tramadol. On sauverait plus de vies (et de reins) comme ça qu'on n'éviterait de camés potentiels.

    Oui, le tramadol est un dérivé du pavot, et c'est un lointain cousin des morphiniques, dont il partage certains effets indésirables. Ceux-ci sont pourtant bien moindres : moins fréquents, moins intenses, appropriés pour des douleurs moins fréquentes et moins intenses que celles requérant des morphiniques.

    Que voulez-vous, c'est un médicament, pas de l'homéopathie !

    Les taxanes sont dérivés de l'if. Les taxanes sont des poisons. Les taxanes sauvent des vies, même s'ils flanquent la gerbe et font dégringoler les globules blancs : ce sont des molécules de chimiothérapie. En termes de balance bénéfices/risques, les taxanes, comme toutes les chimiothérapies, sont parfois discutables, discutées dans leurs indications. Quand on n'a pas de cancer, prendre des taxanes est dangereux. Quand on en a un, ça peut vouloir dire voir grandir ses petits-enfants.

    La warfarine est dérivée du mélilot. C'est la mort-aux-rats, qui déclenche des hémorragies mortelles. C'est le chef de file des antivitamine K, qui évitent, entre autres, de mourir d'une embolie pulmonaire, d'un AVC massif, ou d'une valve aortique prothétique bouchée par un caillot. Quand on n'en a pas besoin, en prendre est un risque inutile. Quand on en a besoin, on en prend, et on surveille de près l'état de coagulation du sang, vu les risques : le dosage est étroit. Mais ça évite de mourir, principalement.

    Les médicaments agissent sur le corps, en bien et en mal. Quand ils sont prescrits pour une bonne indication, le bien est très largement supérieur au mal. Aujourd'hui, la médecine reste un art, mais devient une science. Science humaine, versatile, incertaine, mais science tout de même, capable d'apporter des réponses franches et éclairées à certaines questions. On connaît bien les molécules d'usage aussi courant que les antalgiques. On sait les manier. On, c'est-à-dire nous, médecins, mais aussi vous, patients. Si on vous dit quels effets secondaires doivent vous faire diminuer ou arrêter le traitement, vous n'êtes pas débiles, vous le ferez. Si on vous explique que quand vous sentez que ça va mieux vous pouvez espacer les prises jusqu'à arrêter le traitement, vous le ferez. Si on sait que ça soulagera votre douleur, c'est que ce sera efficace, et sans risques majeurs. Les risques mineurs, dans ce cas-là, sont négligeables. Vous ne deviendrez pas des junkies en huit jours, ni même en vingt. Il est de toute façon probable que vous soyez déjà accro à autre chose : clope, café, Granola, footing, les addictions sont présentes dans nos vies, qu'elles soient chimiques ou comportementales, surtout comportementales. Ce n'est pas le tramadol qui va vous changer en zombie avide de narcotiques, parce que vous en aurez pris parce que vous aviez mal.

    Prenez votre tramadol, ne restez pas avec ce lumbago. Au pire, ce soir, vous dormirez mieux. C'est une prescription : ne vous en gavez pas inutilement. Mais quand vous en avez besoin et qu'on vous en propose, ne le refusez pas, vous vous feriez du mal.


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  • — Tu te débrouilles bien, m'a dit un jour Chef-Chéri au bloc, comme si tu n'avais pas tes deux handicaps.
    — Gné ? ai-je demandé, un dissecteur encore à la main. 
    — Tu es une fille et tu es gauchère, a-t-il répondu en rigolant.
    Comme l'instrumentiste et moi avons tiré une drôle de tronche, il s'est rattrapé comme il a pu, parce que c'est un gentil Chef-Chéri avec juste un mauvais sens de l'humour, mais là n'est pas la question.

    La main gauche, ça ne me gêne pas, et personne ne me le fait remarquer, sauf  quand j'arrive pas à couper avec les ciseaux de la main gauche (mais je croyais que t'étais gauchère ! Mouarf :p), ce qui m'a valu quelques moments de solitude — et j'ai blâmé quelques paires de ciseaux à tort. De toutes façons, à cause du crantage des clamps des instruments, c'est plus simple d'opérer main droite. Au moins, on ne risque pas de tout arracher en rouvrant le clamp.

    Les ovaires, c'est une autre paire de manches. En termes de sexisme, je crois avoir fait le tour en deux ans des diverses versions disponibles.

    D'abord, il y a le galant homme qui t'ouvre toutes les portes et respecte à la perfection l'imbitable règle de préséance dans les escaliers. Il te ménage, te parle toujours avec le plus grand respect, s'intéresse à ta life... et ne t'apprend rien. Mais rien. Genre à ne pas laisser tes délicates mimines piquer un pneumopéritoine, et à mettre trois mois à te laisser enlever un naevus sans supervision. Le chevalier, c'est le champion du "attends je te montre" : le temps qu'il ait fini de te montrer, le geste est fini. Alors comme t'as pas pu faire, la fois suivante aussi tu attends qu'il te montre. Celle d'après aussi. Et encore après. Et après. Tu peux faire les pires conneries de la terre, il ne te dira jamais rien : on n'engueule pas une faible femme, jamais. Ta faiblesse excuse tes fautes ; on ne peut pas trop t'en demander, n'est-ce pas, c'est ta nature qui est limitée, mais c'est déjà bien de voir une jeune fille travailler.

    Si, par malheur, le galant homme est doublé d'un gros con bouffi d'orgueil, il te fera sentir que c'est bien pour une jeune fille de travailler, mais pas dans son service s'il vous plaît. La chirurgie, c'est pas pour les filles... Avez-vous pensé à faire un stage en réanimation, mademoiselle ? Je suis sûr que cela vous intéresserait davantage, et c'est un bon métier, pour une femme, anesthésiste. Puis le jour où tu t'habilles au bloc avec lui pour la première fois, le gros con te regarde des pieds à la tête, comme pour vérifier que c'est bien toi qui portes une casaque et des Gammex en taille 6 (soit trois tailles de moins que lui). Tu essayes un sourire en disant bonjour, et tu te demandes si c'est grave de quitter le champ quand il se tourne vers la panseuse pour demander, à voix haute et claire, qu'on lui envoie un interne mâle en premier aide. Il ne te laissera jamais t'habiller en premier aide en six mois de temps et te demandera, à l'occasion, si tu as choisi ta spécialité par attirance sexuelle envers tes chefs.
    Ce jour-là, tu regretteras d'avoir préféré valider ton stage au lieu de répondre « ah oui, bien sûr, et vous ? »
    C'est un regret qui me poursuivra toute ma vie.

    Après, le champion du monde peut aussi décider que puisque t'es là, faut bien te faire travailler. Ça se voit qu'il frémit d'horreur en te voyant dans le bloc, et lui non plus ne te laisse rien faire, bien sûr, faut pas déconner. Tes co-internes mâles ont le droit de faire des trucs au bloc, mais pas toi — on parle à niveau d'expérience équivalent. Le problème, c'est que, comme l'a dit Papy Freud, réprimer ses émotions c'est pas bon, et la bonne volonté se change assez rapidement en quelque chose de toxique. 

    Mais ça, c'est ceux qui sont bêtes et méchants. Le machiste de base peut aussi avoir bon fond. Il peut même avoir le sens de l'humour, et là ça se gâte. Un jour, j'ai failli craquer et quitter le champ opératoire, après trois heures ininterrompues de blagues sur le viol échangées entre chirurgien senior et anesthésiste. A l'entre-deux, j'ai juré à la panseuse qu'à la prochaine blague sexiste je me barrais.
    Les dieux ne m'ont pas mise à l'épreuve, parce que l'intervention suivante était du genre chantier de la mort où personne n'a le temps de parler.
    J'ai essayé d'expliquer pourquoi ça ne me faisait pas rire, et surtout pourquoi c'était malsain. C'était de la salive perdue. On m'a regardée comme une chienne de garde, et le débile mental d'anesthésiste m'a dit que ça me ferait peut-être du bien de me faire violer de temps en temps. Ça me détendrait. Je lui ai promis de lui faire bouffer ses couilles s'il essayait.

    J'ai la chance que mes vrais chefs — entendez les gens de mon service-maison — soient plus éclairés que la moyenne et que pas un seul ne soit sexiste. C'est eux d'ailleurs qui m'ont appris un mot d'un ancien chef de service, parti en retraite depuis des années. C'était à l'époque où les premières filles faisaient de la chirurgie ; on lui a demandé si ça ne le dérangeait pas ?
    — Dans mon service, a-t-il répondu, il n'y a ni hommes ni femmes, que des internes

    Le sexisme en chirurgie est bien vivant.

    Une interne fille se cabre quand le chef est tellement content de revoir une IBODE, de retour après un long arrêt maladie, qu'il lui dit en s'exclamant qu'il va la violer dans le vestiaire ? On lui explique qu'elle n'a pas le sens de l'humour et qu'elle est un peu con de ne pas comprendre que c'est une blague, enfin, voyons...
    On demanderait à un interne d'origine maghrébine combien de matériel il a volé à l'hôpital, puisque « les Arabes » sont « tous des voleurs », mais lol en fait c'était une blague, pourquoi tu ris pas, t'es con ou quoi, qu'il s'agirait d'une insulte punissable par la loi. On me demande avec combien de mes chefs j'ai couché, puisque « toutes les nanas sont des catins », et qu'il n'y a « que comme ça que vous arrivez à réussir », et il paraît anormal que je gueule. Non mais en fait c'est bon, c'était une blague.

    Heureusement, ce n'est pas la majorité des chefs qui est concernée. La majorité des chefs — hommes et femmes — traite tous les internes de manière identique. La plupart du temps, heureusement, la pédagogie sera la même. Je dois beaucoup au Chef-Chéri qui m'a conseillé de, je cite, me sortir les doigts du cul et de m'affirmer davantage face aux collègues. Il n'a pas été tendre, ni mauvais, et m'a fait prendre conscience du fait que, tant que je me considèrerai comme « pas normale » parce que quelques connards le croient, ce serait vrai.
    Certains jours, il est bizarre de passer d'un chef particulièrement misogyne à un autre qui te traite comme un être humain.

    J'ai déjà évité de me rendre au bloc avec certains chefs pour ne pas avoir à supporter, sans mot dire, des blagues insultantes et des remarques misogynes pendant une journée entière. J'ai déjà dû quasiment en venir aux mains avec un co-interne pour le faire taire après deux heures d'insultes méprisantes continues.

    Il est hors de question que cet état de chose continue. Il ne devrait plus exister depuis des années déjà.

    Mais une copine trouve normal qu'on lui explique que son potentiel poste de chef de clinique comprenne une partie « repassage du linge du chef de service. » Mais c'est choquant pour certains quand on relève ce sexisme latent : après tout, nous sommes tous payés pareil, non, logés à la même enseigne, non ?
    Non.

    Tant que certains s'émerveilleront de la présence de filles dans les blocs opératoires,
    Tant que d'autres trouveront anormal qu'elles y soient,
    Tant que les plaisanteries misogynes ou homophobes seront socialement acceptables à l'hôpital, et que les blagues androphobes choqueront, 
    Tant que les carrières universitaires seront déconseillées aux femmes par certains débiles,
    Tant qu'on trouvera normal qu'une fille prenne six mois de dispo pour s'occuper d'un enfant, et bizarre qu'un mec adapte sa maquette pour justement rester à côté de sa famille,
    Tant que les internes ne se feront pas réprimander et congratuler indépendamment de leur sexe, non, nous ne serons pas tous logés à la même enseigne.

    Nos métiers sont difficiles. Les horaires sont insupportables pour nombre de conjoints. Une vie familiale équilibrée relève du tour de force, et ce pour tout le monde. Pourquoi les carrières devraient-elles en être différemment affectées selon le sexe du médecin concerné ?

    Je suis une fille, et je suis gauchère. Quand j'ai décidé de faire de la chirurgie, je ne pensais pas que ma latéralisation serait le cadet des soucis d'une poignée de connards.


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  • Un de mes premiers cours de sémiologie clinique de P2 fut fait par un digne interniste, qui ouvrit les hostilités avec cette phrase fantastique :
    — L'important de la sémiologie, c'est que vous puissiez décrire précisément ce que vous voyez. Si vous, vous ne savez pas ce que veulent dire les signes cliniques de votre patient, il y aura toujours quelqu'un qui pourra vous répondre avec une bonne description. Et si vous connaissez bien la sémiologie, vous pourrez aussi reconnaître une maladie que vous n'avez jamais vu. 

    Il y a quelques temps, j'ai pu vérifier que c'était bien vrai.
    J'étais bien tranquille en train de travailler dans le dépotoir bureau des internes quand une infirmière du service est entrée. Elle cherchait mon co-interne de salle :
    — Mais peut-être que tu pourras faire, dit-elle avec désinvolture.
    — Qu'est-ce qui t'arrive ?
    — Madame GrêleCourt, elle est bizarre... Elle nous refait l'Exorciste.
    Et la désinvolture laissa place à un malaise certain.
    — What ?
    — Bin elle est toute raide dans son lit, elle parle une langue bizarre et elle a de l'écume aux lèvres. Je l'ai trouvée comme ça en rentrant dans la chambre pour le tour c'est pas ma faute j'te jure !
    — J'arrive. 
    Et là je me suis dit non c'est pas vrai, elle est pas en train de convulser, non ? Et comment je le saurai si c'est le cas, j'ai jamais vu de crise convulsive de ma vie ? 

    Elle avait trouvé madame GrêleCourt dans cet état-là en commençant son tour. Quand je suis rentrée dans la chambre, en effet, madame GrêleCourt était bizarre.
    Sa respiration était lourde, bruyante, rauque, comme celle d'un gamin qui fait le mousquetaire blessé ; elle avait les yeux révulsés, et quelques clonies secouaient encore sa jambe droite. Le lit était mouillé d'urine. Le temps que je l'examine rapidement, les clonies avaient cessé, laissant la place à une raideur plastique.
    Et là, mon prof de P2 aurait été fier de moi, parce que j'ai su que c'était une respiration stertoreuse, que madame GrêleCourt était bizarre à cause du déficit post-critique, et qu'il fallait un anesthésiste. J'ai dit :
    — Prépare une ampoule de Valium et ouvre le chariot d'urgence, je reviens.
    J'avais aperçu Chef-Chéri à l'entrée du bureau infirmier en venant, alors j'ai fait ce que fait tout interne bien discipliné : aller chercher son chef quand on se sent dépassé par les évènements. 

    Le chariot d'urgence, dans un service, est le truc dont on espère n'avoir jamais à se servir. Dessus, il y a de quoi défibriller. Sur le côté, une planche pour un massage cardiaque externe. A l'intérieur, il y a de quoi intuber, ainsi que les drogues de réanimation. Normalement, il y a de quoi commencer une réa en chambre.
    Ouvrir le chariot d'urgence revient à flanquer un coup de pied dans la ruche du service, à croire que les infirmières sont télépathes : deux minutes après, tout le monde est amassé devant la chambre.

    Le temps de prévenir Chef-Chéri et de revenir dans la chambre, madame GrêleCourt convulsait de nouveau, sans avoir repris connaissance. Un deuxième infirmier préparait le Valium pendant que sa collègue ouvrait le scellé du chariot d'urgence ; la perfusette a été vite branchée, et Chef-Chéri, comme Zorro, est arrivé. Plus cortiqué que moi, il a demandé de préparer aussi du Gardénal.

    En quelques instants, c'était devenu le bordel dans la chambre. Les infirmières partaient dans tous les sens, pour préparer les perfusions, sortir une canule de Guédel, un masque à haute concentration... Co-Interne s'est matérialisé dans la chambre. A deux, on a essayé de mettre madame GrêleCourt en PLS, mais va-t-en tourner quelqu'un qui convulse un peu et qui est raide comme la justice. Puis, par l'opération du saint-Esprit (à moins que ce ne soit par le téléphone de Chef-Chéri), un anesthésiste est arrivé. Grand, baraqué, et vieux expérimenté, c'était l'homme de la situation. Taillé en rugbyman qui se serait un peu laissé aller, il possédait un baryton tonitruant et ronchonneur, l'anxiolytique idéal — l'anesthésiste qui tonitruait à l'oreille des infirmières (et des internes). A son arrivée, de l'huile s'est répandue sur la mer agitée.

    On lui a monté le lit, sorti un laryngoscope et préparé une ampoule de Diprivan au cas où ("le truc blanc dans une grosse ampoule", a crié Chef-Chéri à l'infirmière qui ne le trouvait pas sur le chariot). Madame GrêleCourt était trop spastique pour quoi que ce soit, y compris une intubation à la sauvage, et le Chuchoteur, à la tête du lit, le laryngo à la main, l'a regardée d'un air pensif.
    — Si ça se trouve, elle est en train d'engager, a-t-il dit avec un accent rocailleux du sud-ouest.
    Silence. Co, Chef-Chéri et moi nous sommes regardés. Puis on a chacun dégainé notre téléphone, pour appeler simultanément la réa, le scanner et le neurologue d'astreinte. 
    — Demande aux réas s'ils veulent que je l'intube en chambre avant le scanner, a-t-il dit à Chef-Chéri. Toi, me dit-il, dis au scanner qu'il faut qu'ils se mettent en stan'debaïe et qu'on va peut-être leur descendre tout de suite.
    — Ça s'appelle comment, déjà, la respiration ? a vite chuchoté Co. Sterto quoi ? 

    La réa avait une chambre toute prête. Le scanner était en stand-by. Madame GrêleCourt reprenait une coloration normale (entendez, pas violette) et semblait respirer mieux. Décision fut prise de la pousser en réa de suite.

    Maintenant, il faut dire un truc. Chaque médecin est peut-être un demi-dieu, réincarnation d'Hippocrate et d'Imhotep, mais il faut bien dire un truc : on est nuls en brancardage. Mais super nuls. Quand je brancarde seule, s'il y a un mur, je le prends de plein fouet. Toujours. Où qu'il soit. A deux, ça va un peu mieux, on se contente d'arracher le papier-peint et d'écraser les imprudents qui s'approchent à moins de deux mètres. Je préviens les patients que j'ai pas mon permis brancard ; ça les fait rire, jusqu'au premier mur.
    Toujours est-il que là, on était quatre à pousser le lit (enfin trois, le Chuchotteur étant plus occupé à ventiler au masque qu'à fournir un effort de poussée).

    Bin disons qu'heureusement que madame GrêleCourt était encore en état de mal quand on est arrivés en réa, parce que les murs avaient, mais alors vachement, morflé.

     

    (Pour info, la conférence de consensus sur l'état de mal épileptique. Ils ne parlent pas du brancardage.)

    (Pour le happy end, sachez qu'elle a récupéré sans séquelles de son état de mal, et qu'on n'a jamais su non plus pourquoi elle avait convulsé en premier lieu)


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  • J'étais en D4, en stage en réanimation médicale, le service où tu as ton ticket d'entrée si ce que tu as est à la fois 1. bien grave et 2. super chelou. J'ai beaucoup aimé, malgré mon niveau abyssal en antibiothérapies.

    Ce que j'aimais aussi, c'était faire Sherlock Holmes sur les dossiers des patients entrés la nuit. Genre non seulement on sait pas ce qu'il a, mais on ne connaît pas ses antécédents, ni même, une fois, son identité. J'aimais bien retrouver le médecin traitant au hasard de l'annuaire : "ah, c'était telle brigade de pompiers, on va les appeler pour savoir où ils l'ont retrouvé inconscient dans la rue, et ensuite appeler les médecins traitants des alentours pour savoir s'ils le connaissent."

    Un jour, on connaissait le médecin traitant grâce à l'ordonnance apportée par la famille du patient. Ma mission : lui téléphoner pour avoir les antécédents. En D4, j'étais une petite chose timide, particulièrement au téléphone.
    — Ouiii bonjour excusez-moi de vous déranger, je vous appelle du service machin, je suis externe. Cette nuit, votre patient, monsieur Truc, est rentré chez nous en défaillance multi-viscérale. On n'a pas ses antécédents, je me demandais si...
    — Ouais, alors le CHU qui m'appelle, ça commence à bien faire, hein.
    — Je voulais pas vous déranger, monsieur... C'est juste qu'on sait rien de lui...
    — Non mais c'est que j'ai pas que ça à faire, moi ! Bon, alors lui, il est diabétique, hypertendu, coronaropathe, insuffisant rénal chronique, il vit chez sa mère, il s'est pété l'avant-bras il y a deux ans, et il a des séquelles de diplégie cérébrale infantile.
    J'ai noté tout ça avec application, en tirant la langue comme les bons élèves, et j'ai demandé avec ma petite voix d'externe timide :
    — Excusez-moi, c'est quoi, une diplégie cérébrale infantile ?
    — Quoi, vous savez pas ça ? répliqua le gentil médecin traitant du monsieur intubé. La vache, de mon temps, l'externat c'était un concours ! Et vous allez passer l'internat et vous savez pas ça ? C'est à votre programme ! Apprenez d'abord vos cours, vous poserez des questions après !
    Il m'a raccroché au nez.

    Pour ne pas passer pour une tanche, j'ai cherché sur internet. Quand j'ai été un peu plus renseignée, je suis retournée voir mon interne.

    Et quand j'ai eu besoin d'un ou deux vaccins, j'ai changé de médecin traitant. Après l'avoir eu au téléphone comme ça, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais plus trop envie qu'il me soigne.


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